La banque de détail reste aujourd’hui encore une affaire domestique. Jusqu’à présent, cette activité n’a pas pu se développer globalement à l’échelon européen. Pratiquement aucune offre transfrontalière directe de services bancaires n’existe sans passer par des agences locales. Le principal obstacle reste la diversité des cadres juridiques : la protection des consommateurs, le surendettement, le droit civil, fiscal et la protection des données varient considérablement d’un pays à l’autre. Dans cette perspective, le législateur européen a pris un certain nombre de directives visant à construire une offre harmonisée de services et de produits trans-européens. C’est notamment le cas des services de paiement.
Cependant, les réglementations occasionnent non seulement des coûts supplémentaires, mais elles mettent également les sources de revenus traditionnelles sous pression, comme c’est le cas par exemple des commissions interbancaires sur les cartes, dont le maintien est actuellement en délibération dans les instances européennes. Pourtant, la carte de débit est un produit « d’appel » très important pour la clientèle de particuliers. Elle représente pour eux le principal moyen d’accès à leurs comptes associé à un certain nombre de services. Conserver ce courant d’affaires, voire le développer, est un enjeu majeur pour les banques.
Consolider ses revenus
La différenciation des produits est la première étape pour consolider les revenus issus des cartes. C’est par exemple le cas du cashback et des distributeurs de billets associant d’autres services. Le cashback permet aux clients de se procurer des espèces à l’occasion d’un achat auprès d’un commerçant. Il constitue aussi une incitation pour le porteur de carte de se servir plus fréquemment de sa carte et pour des montants plus élevés. Concernant les DAB, Shell a lancé en 2009, en coopération avec la Deutsche Postbank, son service « bedienter Geldautomat » pour équiper ses stations-service. Les « bediente Geldautomaten » sont des DAB spéciaux connectés aux systèmes de caisse, alimentés par le personnel et permettant d'encaisser la somme due pour le carburant, mais aussi, le cas échéant, de remettre au même client de l'argent en espècfes. Cela augmente significativement la sécurité.
La sécurité est un autre aspect majeur de l’utilisation et du modèle économique des nouveaux instruments de paiement. Aussi les banques tentent-elles de développer des actions de prévention (comme la mise en place du système 3D secure) ou de gestion des risques (comme la fixation de limites) ou le dépistage précoce de l’utilisation de cartes frauduleuses avant leur utilisation à l’étranger.
Les conséquences liées à l’innovation
Autre tendance de fonds, la technologie est omniprésente dans les métiers bancaires. Le développement des services Internet ou des technologies mobiles bouleversent en profondeur et à un rythme extrêmement rapide les enjeux du secteur. Les nouvelles technologies offrent des opportunités de développer des modèles commerciaux originaux ou de réaliser des économies de coûts opératoires. Un exemple en la matière est le cloud computing qui pourrait permettre aux banques de solliciter auprès des tiers prestataires de services des ressources IT proportionnelles à leurs besoins et de ne payer que les coûts correspondants. Les formes de cloud computing permettent de gérer des applications très diverses, par exemple en matières de services de paiement ou de banque à distance.
Cependant, les nouvelles technologies peuvent également induire des risques supplémentaires, car les produits bancaires sont concurrencés en dehors des réseaux traditionnels. Les paiements via Internet ont ouvert de nouveaux marchés occupés par des prestataires de services de paiement spécialisés. Certes, les banques bénéficient aujourd’hui de la croissance du e-commerce, dont les flux de paiement sont traités dans leurs infrastructures. Le e-commerce a cependant des exigences supplémentaires sur les conditions de paiement : ainsi, les offres des prestataires de services de paiement en ligne sont conçues pour le commerce électronique et incluent la garantie de paiement immédiate pour le commerçant, ou la garantie de remboursement pour les clients si la livraison n’est pas exécutée ou en cas de marchandise défectueuse. Les possibilités de remboursement et leur rapidité ont dans ce contexte une grande importance.
Comment réagir ?
Face à ces nouveaux développements, les banques ont différentes options. Elles peuvent se limiter au seul rôle d’exécution de paiements : cela ne leur demande aucun investissement supplémentaire, mais ne leur procurera aucune croissance de leurs revenus. Elles peuvent aussi se positionner comme un intermédiaire entre le client et le commerçant pour proposer, au-delà du seul paiement, des services supplémentaires répondant à leurs besoins. Il leur faudra alors évaluer les revenus potentiels induits rapportés aux investissements nécessaires.
Pour les moyens de paiement comme dans l’ensemble des métiers de la banque de détail, les banques sont confrontées à des choix stratégiques. Pour en sortir gagnantes, elles devront (re)mettre au banc d’essai leurs modèles et processus commerciaux.