Finance éthique, finance responsable, finance verte, finance solidaire, ou encore finance durable, autant de termes et notions qui ont lieu d’être pour qualifier la finance utile à l’économie et à la société. Il y a encore peu la finance responsable était cantonnée à la finance éthique et solidaire. Parmi les véhicules de cette finance dite responsable, on évoque, comme l’indique Michel Roux
Trois types de finance responsables
À l’aune de la crise financière de 2008, des réflexions ont été menées pour réencastrer cette finance au sens du sociologue Karl Polanyi. Alors que les technologies de l’information et de la communication amenaient progressivement à une disruption de certains modèles économiques, il est permis aujourd’hui de penser que performance financière et impact sociétal et environnemental ne sont plus antinomiques. Plus encore, des modèles participatifs et collaboratifs émergent dans toutes les sphères. Le crowdfunding – finance participative en français, est devenu réalité et entre bel et bien dans cette finance responsable. Il a émergé au début des années 2000 en mettant en relation les citoyens et les porteurs de projets via une plateforme Internet, amenant alors une nouvelle forme de désintermédiation. Le phénomène s’est inscrit dans un rapprochement entre la finance participative et la finance collaborative : les internautes sont en lien direct avec les projets à financer sur un territoire donné : « la plateforme [leur] sert d’instrument de production de proximités, c’est-à-dire : de support de mise en relation entre l’individu et l’objet de son action dédiée ». (Glémain et Cuénoud
La citoyenneté se retrouve au cœur de ces trois types de finance, mais de façon naturellement différente puisque les finalités le sont également elles-mêmes. Les formes d’implications et d’engagement citoyens sont alors présentées ci-après pour en saisir leurs enjeux et intérêts au sein des organisations de la finance responsable (voir Tableau 1). Les implications citoyennes dans ces trois principales composantes susnommées de la finance responsable prennent des formes différentes tout autant que l’expression des citoyens prend des formes susceptibles de s’hybrider dans leur opérationnalité : lesdits citoyens sont partie prenante de l’organisation dans certains cas, ou s’impliquent directement dans la gouvernance de l’organisation dans d’autres cas.
Cas n° 1 de la finance éthique : les citoyens sont une des parties prenantes
La mise en place de politiques RSE – Responsabilité Sociale de l’Entreprise, vues sous le prisme des Objectifs du développement durable (ODD) définis par l’ONU, conduit les citoyens à se constituer comme l’une des parties prenantes des entreprises. De facto, certaines entreprises seront à l’initiative de création de comités consultatifs de coopération, voire de co-construction, pour des projets particuliers. Aussi l’exemple du nécessaire changement climatique induit un changement de comportement de certains actionnaires qui, comme le note Novethic
Ce type de démarche permet de renforcer les indicateurs extra-financiers émis dans le cadre de la finance éthique pour justifier (ou non) des effets d’exclusions (filtre négatif) ou d’inclusions (filtre positif) de ces mêmes organisations. Les ODD séduisent en effet de plus en plus d’investisseurs institutionnels internationaux, amenant la création de fonds d’impact basés sur les ODD
Dans cette perspective de finance éthique, le citoyen est pris en considération dans ses attentes sociétales en tant que partie prenante, mais n’est pour autant pas force de proposition ou de modification stricto sensu de la stratégie globale de l’entreprise.
Cas n° 2 de la finance solidaire : les citoyens s’immiscent directement dans la gouvernance des entreprises
Les citoyens s’impliquent dans la gouvernance des entreprises, essentiellement issues du secteur de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), via des formes diverses (administrateurs dans les associations, délégués-sociétaires dans les mutuelles ou encore dirigeants-coopérateurs dans les coopératives). On parle alors de démocratie représentative pour ces formes de représentations citoyennes. La sociologue Lamoureux
Nonobstant, ces formes de représentations citoyennes peuvent manquer de réactivité : tous les citoyens ne peuvent s’exprimer et il est difficile d’illustrer au quotidien tous les enjeux de l’organisation (contraintes de temps, de compétences, de connaissances…). Le plus souvent, les épargnants sont davantage orientés vers les fonds solidaires que vers l’investissement, et donc l’engagement en direct. Aussi, « la finance solidaire relie les épargnants qui cherchent à donner du sens à leur argent à des entreprises et associations à forte utilité sociale et environnementale, qu’ils financeront via la souscription de produits d’épargne solidaire »
Cas n° 3 de la finance participative : l’implication directe du citoyen dans son rôle de financeur
On appelle financement participatif ou, en anglais, crowdfunding « un échange de fonds entre individus en dehors des circuits financiers institutionnels. L’appel de fonds se fait [alors] à partir de la description d'un projet précis (artistique, humanitaire, entrepreneurial…), au moyen d'une plate-forme en ligne permettant de recueillir de nombreux apports de petits montants. Le financement peut prendre la forme d'un don, d'un prêt avec ou sans intérêts, ou encore d'un investissement en capital »
Mais il reste encore à confirmer que le « faire faire plus » est possible et réel. Si la finance participative permet de financer par les citoyens des projets à plus forte valeur ajoutée sociétale, les éléments portant sur l’implication réelle de ces mêmes citoyens au sein des plateformes participatives doivent être davantage développés. Les conditions générales d’utilisation des plateformes se déresponsabilisent parfois des problèmes qui pourraient intervenir entre citoyens et porteurs de projet, notamment sur les contreparties annoncées. En France, très peu de plateformes ont associé cette « foule de citoyens » dans leur gouvernance, afin de conforter leur légitimité représentative de la société civile.
Plus de démocratie directe
Les pratiques actuelles d’implications citoyennes des organisations de la finance responsable correspondent plus à une démocratie représentative qu’à une démocratie directe. La foule de citoyens peut dépasser le simple financement redistribué à des causes sociétales (si larges soient-elles), en apportant son intelligence collective et son avis. Le bouleversement en cours de la société, où les dynamiques collaboratives essaiment dans tous les sens, vient poser clairement la question « du fait collaboratif » aux organisations de la finance responsable en France. L’implication citoyenne y est clairement débattue. Les mutations organisationnelles de la finance responsable pour plus de « démocratie directe » sont en cours…