Alors que les financiers n’ont eu pendant longtemps le choix qu’entre investissements classiques à rentabilité maximisée et actions philanthropiques, l’impact investing est un nouveau produit qui permet d’allier un retour financier et un retour social sur investissement. Les entreprises qui constituent les portefeuilles d’investissement sont appelées entreprises sociales. Ce sont des organisations dont la finalité sociale, sociétale et/ou environnementale est atteinte grâce à un modèle économique viable, ce qui exclut de facto tous les organismes qui vivent uniquement grâce au don ou à la subvention publique.
Ni philanthropie, ni Investissement socialement responsable
L’impact investing se différencie donc clairement de la philanthropie qui, basée sur une logique de don, n’offre aucun retour financier mais uniquement un retour social. Il ne s’agit pas non plus de produits d’Investissement socialement responsable (ISR). S’ils ont en commun une volonté de prise en compte des aspects sociaux et environnementaux des activités commerciales, l’ISR se contente de limiter les externalités négatives des entreprises en mettant en place des pratiques responsables, et ce dans le cadre d’une recherche prioritaire du profit. Certes, ces produits vont dans le sens de la prise en compte des externalités, mais ils ne visent pas à résoudre les grandes problématiques sociales et environnementales de nos sociétés. Les entreprises financées par l’impact investing ont quant à elles pour finalité la poursuite d’une mission sociale. Elles cherchent à obtenir, parallèlement à une rentabilité économique, un résultat environnemental ou social significatif, positif et mesurable. La distinction entre impact investing et ISR est essentielle. L’ISR consiste généralement à investir dans des sociétés cotées. Une entreprise comme BP peut faire partie des fonds ISR, malgré son impact environnemental globalement négatif, car elle se conforme à des actions
Un compartiment de la finance solidaire
Dans le contexte français, l’impact investing est la partie lucrative de ce que nous appelons « finance solidaire ». Les épargnants ont en effet le choix de placer leur argent sur trois types de produits financiers dits « solidaires » :
- les produits de partage (dont une partie des bénéfices est reversée à des organisations d’intérêt général) ;
- les parts sociales d’une entreprise sociale ou d’une entreprise spécialisée dans le financement et l’accompagnement d’activités solidaires ;
- la souscription à un fonds d’épargne solidaire (SICAV/ FCP ou FCPES).
L’impact investing est une classe d’actifs qui devient prospère et connaît une croissance sans précédent. Le
Le succès des premiers fonds d’impact investing a démontré leur viabilité. Les investisseurs, qui réalisent tout le potentiel de ce secteur, se tournent massivement vers celui-ci, appuyés par l’ensemble des prescripteurs de l’économie mondiale. Le GIIN constate ainsi une augmentation de 4 % par mois dans le recensement des fonds dédiés à l’impact investing. Le World Economic Forum, en partenariat avec le Boston Consulting Group, a par ailleurs publié
Ces réussites créent un appétit grandissant des investisseurs institutionnels, family offices et autres gestionnaires d’actifs pour ces produits à double retour sur investissement. L’
Entreprises sociales : des structures spécifiques
Afin de répondre aux besoins du marché et de favoriser sa structuration, le législateur s’est rapidement emparé du sujet. À titre d’exemple, la Commission européenne vient de lancer la Social Business Initiative (SBI) qui vise à offrir un cadre réglementaire spécifique et adapté aux entreprises sociales et aux fonds qui leur sont dédiés. Dans le monde anglo-saxon, le Royaume-Uni a vu depuis 2005 des milliers de sociétés s’enregistrer sous le statut spécifique de
Le marché de l’impact investing doit être caractérisé avec attention. Il ne peut être classé parmi les classes d’actifs traditionnels. Il s’en distingue par un couple rentabilité/risque différent pour le véhicule d’investissement et par des compétences en gestion spécifiques, des structures juridiques particulières et des mesures d’impact social propres aux entreprises sociales.
La première et principale caractéristique définissant l’impact investing est le patient capital, soit un investissement à long terme, car la valeur sociale et économique ne peut être créée sur une courte période. Investir sur le long terme permet d’accompagner la croissance des entreprises sociales et d’atteindre ainsi une rentabilité raisonnable sans renoncer à l’impact social. Cet investissement sur le long terme propose par ailleurs un couple risque-rentabilité intéressant pour les investisseurs. L’impact investing offre en effet des résultats long terme plus stables que le private equity classique, dont les performances peuvent être très volatiles. La capitalisation boursière des fonds de private equity cotés ne connaît par exemple pas de croissance stable : elle s’établit à 37 milliards d’euros en 2004, progresse jusqu'à 86 milliards en 2007, pour chuter à 21 milliards en 2008 et 38 en
Investissement contra-cyclique
La seconde caractéristique essentielle du secteur est sa contra-cyclicité. La crise économique a révélé une résistance inattendue des activités des entreprises sociales : celles-ci ont globalement mieux résisté que les entreprises classiques et se sont révélées comme des acteurs absolument incontournables pour répondre à l’accroissement des besoins sociaux liés à la crise. Les entreprises sociales sont contra-cycliques par nature, non seulement parce qu’elles s’adressent à des besoins primaires, des problématiques qui s’accroissent en temps de crise, mais aussi parce qu'elles évoluent dans des réseaux locaux fermés, dépendant moins de l’économie mondiale et de ses chocs. L’exemple de la dynamique de l’emploi est révélateur de la bonne santé de l’entrepreneuriat social. En 2010, alors que le secteur privé voit ses effectifs croître de 1,8 %, le secteur de l’économie sociale et solidaire a connu une croissance des effectifs de
En France, les réussites d’entreprises sociales se multiplient. Parmi celles-ci figure le groupe Vitamine T, acteur de l’
Pourtant, peu de ces structures sont connues des investisseurs ou de l’opinion publique. Cela témoigne d’un manque de reconnaissance du secteur de l’entrepreneuriat social comme secteur économique performant à part entière. Ce manque de visibilité du secteur de l’entrepreneuriat social auprès des financeurs classiques et des épargnants s’explique notamment par la coordination insuffisante des acteurs de l’entrepreneuriat social dans leurs échanges avec les financeurs privés, par l’absence d’infrastructures de marché, mais aussi par la faible appropriation du sujet de l’impact investing par les pouvoirs publics.