Les banques sont aujourd’hui appelées à ouvrir leurs systèmes d’information et partager une partie des données de leurs clients. Quels sont les enjeux de l’open banking pour le groupe Crédit Agricole ?
L’open banking est un pilier essentiel pour le Crédit Agricole pour construire la banque de demain et proposer une banque universelle de proximité augmentée. Nous évoluons aujourd’hui dans un monde beaucoup plus ouvert, en conséquence de quoi les entreprises – et a fortiori les banques – doivent de plus en plus intégrer des innovations provenant de l’extérieur.
En mettant en lien les banques avec un large écosystème de services financiers, l’open banking nous apparaît comme une formidable opportunité. Cela nous permettra de mieux personnaliser nos services, afin de coller parfaitement aux attentes et aux besoins du consommateur. L’enjeu est donc d’offrir un service à plus forte valeur ajoutée pour nos clients.
Comment l’open banking s’intègre-t-il dans l’écosystème du Groupe ?
L’open banking a trouvé assez naturellement sa place dans notre écosystème. Nous avons été la première banque à ouvrir notre système d’information via des interfaces d’application programmatives (Application Programming Interface – API), offrant ainsi la possibilité à des tiers de développer des services innovants pour nos clients. Dès 2012, nous avons lancé CA Store qui nous permet de présenter un grand nombre de ces API. L’année dernière, le Crédit Agricole a poursuivi dans cette direction en créant La Fabrique by CA, qui s’appuie notamment sur le programme d’open API interne pour proposer de nouveaux services. Grâce à ce nouveau dispositif ouvert sur le monde extérieur, le groupe a maintenant la capacité de mêler des ressources tant internes qu’externes pour travailler sur ses projets stratégiques avec des entrepreneurs. Enfin, nous avons également fait évoluer nos infrastructures technologiques afin de pouvoir développer, sécuriser et exploiter les données.
Nous industrialisons cette approche et travaillons à la mise en place d’un certain nombre de nouvelles API. Nous sommes en train d’initier plusieurs chantiers dans les métiers de la banque au quotidien, en particulier en gestion patrimoniale pour tous. Avec les Caisses régionales de Crédit Agricole, nous finalisons également un site web qui permettra de mettre en cohérence nos différents sites (ceux des Caisses régionales, le site vitrine, les interfaces métiers spécialisés, etc.) avec l’ambition de proposer des parcours fonctionnels fluides et une interface relationnelle qui s'adapte aux besoins de chaque client. En parallèle, nous veillons à enrichir et simplifier notre application Ma banque.
Ces travaux d’industrialisation sont déjà largement engagés. Nous développons désormais uniquement avec des API utilisées comme règles de fonctionnement prioritaire pour toutes les intégrations des fonctionnalités métiers. Ce faisant, nous disposons aujourd’hui d’un socle digital et de processus autorisant des déploiements en quelques heures là où il fallait plusieurs mois précédemment.
L’open banking crée des nouvelles perspectives pour les banques traditionnelles et l’ensemble des acteurs financiers, mais comment conjuguer innovation et conformité, avec l’entrée en vigueur, en 2018, de la directive européenne sur les services de paiement (DSP2) et du règlement général sur la protection des données (RGPD) ?
Bien évidemment, ouvrir nos systèmes d’information ne se fait pas sans soulever de difficultés. De nombreux paramètres sont à prendre en compte. La sécurité de la donnée et la conformité comptent parmi ces incontournables.
Notre posture est claire : nous privilégions un usage éthique des données, en posant comme principes la transparence, la loyauté et l’utilité. Nous avons d’ailleurs publié une Charte de protection des données début 2017 dans laquelle nous réaffirmons notre engagement à ne pas vendre les données de nos clients.
Il s’agit de proposer une approche sécurisée et intelligente de la gestion des données de nos clients. Nous développons pour cela une démarche que l’on pourrait qualifier de « compliance native ». Elle part d’un postulat simple : plus les problématiques de sécurité et de conformité sont intégrées en amont de la réflexion, moins l’innovation s’en trouvera entravée. Nous appliquons cette démarche à l’ensemble de nos parcours de souscription : en favorisant des contrôles automatisés, en développant la RPA (Robotic Process Automation), en évitant les demandes de données personnelles non obligatoires ou encore en donnant les moyens à nos clients de faire eux-mêmes leur choix.
Concrètement comment mettez-vous en œuvre l’open banking ?
Cela tient en un mot : pragmatisme. Nous n’avons pas de conviction forte sur ce qui fonctionne ou pas, aussi lançons-nous beaucoup d’expérimentations. Nous commençons non par des POC (Proof of Concept) théoriques, mais par des expérimentations avec de vrais clients. Cela nous permet de nous enrichir de leurs retours. Si cela fonctionne, nous déployons à plus grande échelle. Par exemple, c’est sur ce principe que le Crédit Agricole teste actuellement la technologie blockchain avec la FinTech californienne Ripple pour les virements transfrontaliers et qu’il travaille avec AssoConnect et MenboGo, pour des services enrichis pour les associations.
L’open banking repose tout de même sur un business model nouveau pour les banques. N’y a-t-il pas un risque, pour vous, de perdre la main sur l’ensemble de la chaîne de valeur ? Quelle est votre stratégie en matière de relation client ?
Le modèle économique est en effet assez innovant. Mais plus que jamais, dans un monde où certains jouent aux apprentis sorciers avec les données et l’intelligence artificielle, nous devons donner du sens à nos actions dans ce domaine. La question est donc bien moins de savoir qui aura la main sur l’ensemble de la chaîne de valeur que d’appréhender comment cette nouvelle technologie pourra réellement profiter aux clients.
La banque doit accompagner les moments clés de la vie du client. Elle est un maillon de son parcours de consommation. Nous sommes donc convaincus qu’il nous faut donc être liés aux différents acteurs de l’écosystème pour pouvoir intervenir au moment où le client a besoin de nos services. En nous demandant comment enrichir notre proposition de valeur ou comment nous intégrer dans celle d’un tiers, notre prisme reste l’utilité au client. C’est en apportant cette valeur ajoutée que les clients sauront reconnaître le Crédit Agricole comme un tiers de confiance fidèle à leurs côtés. C’est seulement ainsi que nous nous imposerons dans la chaîne de valeur.