En quoi l’accès aux marchés de capitaux européens est-il un enjeu majeur pour l’Union européenne ?
Le financement européen repose encore trop fortement sur les banques. À titre d’exemple, l’économie américaine est financée à 70 % par les marchés alors qu’en Europe cette part s’élève à seulement 30 %. Les banques européennes font face à des contraintes réglementaires importantes en particulier sur leur bilan qui les empêchent de répondre totalement au besoin de financement des entreprises. En effet, si elles sont en mesure de répondre au besoin de financement des plus petites entreprises, en particulier des start-up, elles ont plus de difficultés à répondre aux besoins des « scale-up », entreprises en fort développement mais de taille déjà un peu plus importante. Il est donc indispensable pour ces dernières de pouvoir se tourner vers les marchés, mais pas nécessairement vers les marchés européens. Or nous devons être en mesure de financer nos entrepreneurs et de les garder sur le territoire de l’Union européenne afin qu’ils puissent contribuer à la croissance économique et au plein-emploi européen.
Quelles sont les raisons qui expliquent la faiblesse des financements par les marchés en Europe ?
Les financements de marché en Europe restent encore sous-développés car les investisseurs de détail ainsi que les investisseurs de long terme, ne sont pas assez présents ou le sont dans une proportion limitée. À titre d’exemple, on sait que les pays du nord de l'Europe sont en excès de liquidité, alors que les besoins de financement sont principalement situés au sud. Or, on constate qu’il est difficile pour ces capitaux de circuler d’une zone à l’autre. En effet, au-delà des barrières culturelles et de langues, de nombreuses entreprises qui ont besoin de fonds ne parviennent pas à atteindre ces poches de liquidité, parce qu’elles ne sont pas connues des investisseurs. L’absence d’analyse financière peut également constituer un facteur explicatif de ce déséquilibre.
Pourquoi les investisseurs sont-ils peu présents et comment leur faciliter l’accès aux marchés ?
Les raisons sont nombreuses et un ensemble de facteurs sont défavorables à l’investissement en particulier cross border :
- les investisseurs qui investissent à l’étranger se voient soumis à une double taxation, dans leur pays d’origine et dans le pays d’investissement (voir, dans ce même numéro, l'article de Christian Noyer) ;
- le droit de la faillite n’est pas encore véritablement harmonisé en Europe, ce qui inquiète les investisseurs qui craignent de perdre leurs fonds en cas de difficultés, surtout s’agissant des « scale up », entreprises en développement et donc encore assez risquées ;
- les aspects liés à l’information de l’investisseur soulèvent également des difficultés. L’investisseur reçoit une documentation extrêmement fournie : le test d’adéquation (suitability) ou celui de correspondance du marché cible (appropriateness) en fonction du service qui lui est fourni, la documentation contractuelle, le document relatif aux coûts et charges ; ensuite, en fonction du produit, l’investisseur reçoit un document d’information différent (KID) selon le produit acheté (fonds UCIT ou dérivé PRIIPs), sans oublier des tests supplémentaires notamment au titre de RGPD. Toutes les informations nécessaires pour faire un choix éclairé doivent, bien sûr, être communiqués aux investisseurs. Les avantages et les risques de leurs transactions doivent évidemment leur être exposés clairement avant qu’ils ne prennent une décision. Mais aujourd’hui, la quantité d’informations requises au titre des réglementations comme MIFID et PRIIPS – entre autres –, peut avoir des effets contre-productifs : soit l’investisseur ne lit pas cette documentation trop abondante, soit elle le décourage d’investir. L’investisseur doit être informé, mais pas découragé d’investir. Il faut créer un environnement de confiance pour les investisseurs. Il est donc indispensable que les législateurs et les régulateurs travaillent à une mise en cohérence de ces exigences d’informations. Enfin, l’information des investisseurs et la capacité à la synthétiser et à la comprendre relèvent aussi d’un enjeu plus large d’éducation financière.
Justement, quelle action faut-il mener en matière d’éducation financière ?
Si cette dimension d’éducation financière n’entre pas spécifiquement dans le champ d’intervention des institutions européennes, elles peuvent faire preuve de leadership en la matière, en soulignant d’avantage son importance. L’éducation financière requiert plutôt une action transverse, qui implique les ministères de l’Éducation, de l’Économie et des Finances, ainsi que le secteur bancaire et financier lui-même. L’idée serait d’insérer un module d’éducation financière à différentes étapes du cursus scolaire, au niveau européen : on peut citer à cet égard l’initiative de la Fédération bancaire française, « Un banquier dans ma classe », mais cela peut intervenir aussi à d’autres niveaux. C’est un point sur lequel les Pouvoirs Publics et les autorités sont également mobilisés : ainsi, au printemps 2019, la Banque de France a ouvert à Paris la Cité de l’économie, qui propose au grand public de découvrir les concepts et mécanismes de l’économie, de la finance et de la monnaie.
L’éducation financière est un enjeu d’autant plus important que le digital va faciliter l’accessibilité aux informations. Or avoir accès à l’information est une chose, savoir comment l’utiliser en est une autre.
Améliorer l’éducation financière éviterait aussi aux particuliers de se tourner vers des produits particulièrement risqués, comme les CFD (« contrats pour différences »), très surveillés par l’ESMA, ou des placements opportunistes vantés sur internet, l’or, le vin, les bitcoins, qui alimentent souvent la liste noire de l’AMF.
L'« European money week » contribue-t-elle à cette éducation ?
Cet événement annuel est repris par nos adhérents au niveau national. Il s’inscrit dans une initiative plus large, qui est la « Global money week », organisée dans 174 pays par l’OCDE.
Le principal événement de cette semaine est le European Money Quizz où nous faisons venir à Bruxelles près de 150 adolescents des 28 États membres de l’Union européenne, pour un concours qui dure trois jours. Cela permet de créer un peu d’émulation et de tester leurs connaissances sur les notions de budget, de gestion financière. Au total, ce sont près de 100 000 jeunes qui sont approchés d’une façon ou d’une autre dans le processus de sélection pour ce concours.