Les Initial Coin Offerings (ICO) ou « tokens sale » ou « tokens generating events » peuvent être décrits comme des moyens de lever des fonds effectués à travers une technologie de registre distribué (Distributed Ledger Technology – DLT) donnant lieu à une émission de jetons (tokens) en échange de cryptomonnaies. Ces jetons digitaux sont des actifs numériques émis contre une cryptomonnaie préexistante à un prix fixé par une entreprise pour se financer, puis potentiellement échangeables sur un marché secondaire (sur des plates-formes telles que Kraken et Poloniex). Contrairement aux titres financiers classiques, les jetons sont très variés et n’accordent pas tous les mêmes droits (droits de vote, part du capital voire aucun avantage particulier…). L’essor de la technologie de registre distribué basée sur le
L'organisation d’un ICO
Un
- la nature du projet (présentation technique) ;
- les fonds nécessaires à l’achèvement du projet (idéalement déposés sur un compte sous séquestre) ;
- les membres à l’initiative du projet ;
- le type et la quantité de jetons que les porteurs de projet conserveront pour eux-mêmes ;
- les objectifs à atteindre (produit et entité légale portant l’ICO) ;
- les types d’actifs ou de règlements acceptés ;
- la durée de la campagne de l’ICO ;
- les personnes apportant un encadrement juridique, technique et financier au projet ;
- une évaluation des risques et les juridictions compétentes ;
- une information post-ICO auprès des souscripteurs de manière régulière, y compris sur les plates-formes d’échange sur lesquelles un second marché s’est créé pour les tokens émis.
Histoire d’une nouvelle forme de levées de fonds
Les start-up qui utilisent cette nouvelle stratégie pour lever des fonds se passent de tout intermédiaire et donc suivent un modèle se rapprochant plus du crowdfunding que d’un modèle d’introduction en bourse, révolu, mal vu et délaissé par la génération 2.0.
Le premier ICO a eu lieu en juillet 2013 : il s’agit de Mastercoin (MSC) qui a levé 5 000 bitcoins (soit 13 millions de dollars). En 2014 l’ICO qui a créé l’EthereumTokens (l’Ether) a recueilli 18 millions de dollars. C’est probablement cet ICO qui a fait connaître au public cette nouvelle méthode de vente de tokens, qui reste encore réservée à une communauté d’initiés. Mais en 2016, et surtout en 2017, le nombre et le volume de fonds collectés explosent. Ainsi les dix plus importants ICO en 2016 ont levé pour un montant dépassant les 72 millions de dollars, et en 2017, 1,36 milliard (source
En France, le premier ICO est
L’engouement que l’on constate pour les ICO arrive dans un contexte économique particulier. D’une part, ces nouvelles start-up spécialisées dans la technologie de registres distribués observent un tarissement de leurs sources de financement, d’autre part, à cause des taux bas. En effet, les investisseurs en quête d’actifs risqués se sont tournés vers les cryptomonnaies, intéressantes de par leur volatilité. En outre, le financement pour les souscripteurs est simple : dès qu’ils ont un porte-monnaie en cryptomonnaie, il suffit qu’ils se connectent sur internet au site dédié à l’ICO. Notons que la méconnaissance de la technologie blockchain facilite l’investissement dans les projets financés par ICO et l’absence de réglementation contraignante encourage les projets blockchain à privilégier ce mode de levée de fonds. D’où la nécessité d’une réglementation.
Régulation possible et nécessaire des ICO
En face de cette création exponentielle de projets, des réponses quasi instantanées des souscripteurs et des montants en jeu, les États se sont positionnés pour mettre en garde les souscripteurs mais aussi les développeurs, soit en rappelant les lois existant, soit en précisant les règles du jeu, soit en interdisant de telles opérations. Un statut légal des ICO semble indispensable.
Le 25 juillet 2017, la SEC aux États-Unis a précisé le statut des ICO (nécessité de s’enregistrer et de suivre un certain nombre de règles si celles-ci peuvent être assimilées à des securities) ; en complément le LabCFTC de la
Le 13 novembre 2017, l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a publié deux déclarations concernant les ICO :
- la première rappelle aux souscripteurs que « ces opérations de financement sont non régulées, volatiles, opaques, non éprouvées sur le plan technologique et qu’il s’agit de placements à haut risque » ;
- la seconde s’adresse aux entreprises, leur rappelant que quand « les jetons sont assimilables à des instruments financiers, ces entreprises doivent se conformer aux règles applicables ». Dans ce cas, les ICO devraient se conformer aux directives applicables aux investissements financiers (Prospectus, MiFID, AML…), ce qui implique alors de connaître l’identité des souscripteurs. Ce point est important, car on peut penser qu’il va à l’encontre d’une certaine philosophie liée à ces levées de fonds, mais les mentalités commencent à changer.
Quelle que soit la réglementation qui sera adoptée par l’AMF : un régime d’autorisation préalable à toutes les ICO s’adressant au public en France, ou un régime d’autorisation optionnel, les informations régissant ces opérations doivent être nombreuses, claires, en évolution permanente.
Approche éthique, philosophique et réglementaire de l’ICO
Un ICO permet de fédérer une communauté : les souscripteurs sont les utilisateurs et les clients du réseau. Les ICO structurent une communauté de personnes possédant des cryptomonnaies et leur donnent l’opportunité d’investir ces montants. Vu l’engouement actuel pour ces monnaies, il existe un énorme potentiel pour capter ces monnaies et l’on va voir apparaître de plus en plus d’ICO. D’ici 2 à 3 ans, des centaines de tokens existeront, que sera leur survie (certains feront faillite) ? Y aura-t-il la possibilité de rejoindre ces communautés après leur lancement ? Quel sera le droit d’entrée ? Qui décidera ?
Notons par ailleurs que ce marché repose sur des tendances spéculatives, parfois irrationnelles liées à la nature même des monnaies en question, qui par ailleurs sont connues pour être hautement volatiles. Il est noté aussi que certaines start-up réalisant des ICO semblent surtout intéressées par l’idée de battre « un nouveau record ». Ce qui peut entretenir cette idée de bulle spéculative. Enfin, les gains annoncés peuvent être énormes, ce qui augmente le côté risqué de l’appel d’offres pour lequel aucune étude de risque n’est en général proposée.
Si nous nous concentrons sur les risques associés aux ICO, nous pouvons retenir les risques suivants pour les souscripteurs :
- ils n’ont aucune garantie en échange de l’achat de jetons lors de l’ICO ;
- ils n’ont aucune garantie de pouvoir échanger ces cryptomonnaies en devises traditionnelles. En particulier une faible liquidité de certains jetons expose le souscripteur à une chute brutale de la valeur de ses
investissements ;[8] - comment éviter la manipulation des marchés ?
- les risques d’arnaque existent alors qu’aucun filtre réglementaire n’existe : dans un environnement décentralisé, les fonds perdus à cause d’entités frauduleuses ne peuvent jamais être récupérés. Il n’y a pas de recours en cas de litiges car nombre d'ICO, qui fonctionnent via la technologie entièrement décentralisée blockchain, « ne relèvent pas du champ d'applications des lois et régulations européennes ». L’émetteur, après avoir vendu ses jetons peut immédiatement revendre les cryptomonnaies récupérées et abandonner le projet ;
- le projet peut être interrompu par les autorités s’il ne satisfait pas les lois existantes ou le cadre défini par la régulation ;
- la probabilité de faillite est importante, synonyme de perte de valeur des jetons sur le marché secondaire ;
- il existe des risques d’abus de marché, de délits d’initié, de financement de la criminalité ou du terrorisme ;
- en fonction de sa structuration, un ICO peut être soumis à différentes réglementations financières. Beaucoup de ces levées de fonds ne sont toutefois assujetties à aucune réglementation et ne font ainsi pour l'instant l'objet d'aucun contrôle, ainsi tout participant à un ICO doit dès lors savoir que l'opération en question est susceptible de n'obéir à aucune règle et que le consommateur n'est nullement protégé ;
- il existe un risque lié à la sécurité de la plate-forme ;
- quelle est l'interchangeabilité des tokens ?
- risques de blanchiment d’argent ou de fraude (si l’anonymat est la règle pour les souscripteurs) ;
- l’actionnariat est très dispersé ;
- la grande volatilité des cryptomonnaie peut être préjudiciable pour la mise en œuvre du projet ;
- quelles seront les règles en termes de fiscalité dans le futur ?
En conclusion
On peut voir les ICO comme une opportunité pour la communauté des personnes possédant des cryptomonnaies d'investir ces monnaies. Cela entretient la création de communautés restreintes aux monnaies digitales et liées à leur devenir. Ainsi chacun reste dans son monde « digital » dont un des effets secondaires est de vouloir que ces monnaies prennent de plus en plus de valeur. Les risques sont énormes pour le souscripteur et non négligeables pour l’émetteur. La mise en place d’un visa européen allégé pour les ICO pourrait être un moyen important pour informer le souscripteur. C’est pourquoi la consultation de l’AMF est importante et qu’il apparaît aussi utile que les autres pays s’associent pour uniformiser les règles, rendant ces levées de fonds en conformité avec une législation, ou tout le moins en suivant les bonnes pratiques dont quelques règles de base ont été rappelées précédemment. Définir des règles permettant d’encadrer ces levées de fonds devrait permettre à terme d’attirer les projets les plus robustes.
Même en présence d’un cadre réglementaire, qui ne devrait plus tarder, le souscripteur doit analyser en détail les informations fournies par le White Paper, vérifier si l’ICO a reçu un visa de l’AMF ou européen, vérifier s’il existe une garantie en échange de l’achat des jetons lors de l’ICO, et noter qu’il n’existe de toute façon aucun filtre réglementaire pour effectuer une vente de jetons numériques.
Achevé de rédiger le 15 décembre 2017.