Harmonisation du traitement des OST : la Place de Paris se mobilise

Créé le

04.10.2013

-

Mis à jour le

30.10.2013

De nombreux travaux sont en cours pour l’harmonisation européenne du traitement des opérations sur titres. La France a fait de cet objectif un projet de Place. Elle doit avancer vite, car cette standardisation est un prérequis indispensable à d’autres réformes, notamment la mise en œuvre à l’été 2015 de Target 2 Securities (T2S), plate-forme européenne commune de règlement/livraison.

Les opérations sur titres (OST ) [1] désignent les événements qui interviennent dans la vie d’un titre depuis sa création jusqu’à sa radiation. Opérations financières, ce sont aussi des opérations techniques en termes de post-marché, où elles sont au centre d’un processus industriel complexe. Par ce moyen, les sociétés émettrices informent leurs actionnaires, les intermédiaires financiers et plus généralement le marché sur les décisions qu’elles prennent concernant leurs titres.

Les OST, une composante fondamentale du post-marché.

Les OST sont nombreuses et variées. La grande majorité d’entre elles porte sur des volumes réduits, mais quelques-unes, initiées par des grands émetteurs, peuvent concerner un très grand nombre d’investisseurs. Elles peuvent être divisées en deux groupes :

  • les opérations obligatoires (ou fermes), à l’occasion desquelles un produit est remis à un investisseur (paiement de dividende) qui n’affecte pas le titre. Ce sont les opérations les plus simples. Elles sont dites « de distribution ». Elles n’appellent pas de réponse de la part de l’investisseur ;
  • les opérations facultatives (ou conditionnelles) avec choix donné au porteur entre plusieurs options possibles. Elles sont plus complexes, et peuvent se traduire par la « réorganisation » du titre (OPA-OPE…).
Outre les émetteurs qui sont les donneurs d’ordres, le traitement des OST met en présence plusieurs acteurs : les entreprises de marché (Bourse, dépositaire central), les rediffuseurs d’informations au marché, et les banques, lesquelles interviennent doublement :

  • comme prestataires de services aux émetteurs : elles participent au montage de l’OST pour le compte des sociétés ;
  • comme teneurs de comptes conservateurs : elles transmettent un avis d’opération sur titres à leurs clients investisseurs.
Un code de bonnes pratiques des centralisateurs d’opérations financières a été réalisé par l’AFTI avec le concours de l’ ANSA [2] et du CFONB [3] .

Des barrières Giovannini…

La question de l’harmonisation européenne du traitement des OST s’est posée en 2001. En novembre de cette année, le premier rapport Giovannini [4] identifiait une quinzaine de barrières faisant obstacle au traitement des droits acquis sur les marchés européens. Cet apport de l’industrie financière européenne sera décisif pour l’identification et l’aménagement des différentes pratiques nationales en vue de leur harmonisation.

En 2003, le second rapport Giovannini recommandait le démantèlement des quinze barrières dans un délai de quatre ans. Ces barrières sont de trois ordres : juridique, fiscal et opérationnel. La barrière 3 s’applique aux OST. Elle remet en question l’hétérogénéité des standards nationaux et la très grande difficulté à rendre les OST nationales compatibles avec les flux transfrontières, alors même que dans chaque pays, les OST font l’objet de traitements de qualité. Par voie de conséquence, des écarts de coûts très importants sont constatés entre les traitements domestiques et transfrontières, ces derniers étant considérablement plus élevés. La Commission européenne a rappelé l’importance qu’elle attache à la levée de cette barrière qui est l’une des priorités du plan d’action pour les services financiers en Europe.

Par ailleurs, on constate le besoin d’harmonisation des régimes. Dans les différents États de l’Union, on doit reconnaître à l’investisseur final la capacité d’exercer des droits à peu près identiques.

…au développement de standards européens harmonisés

La Place de Paris s’est attachée, dès le début des années 2000, à engager des travaux préparatoires en harmonisant les règles de transfert de propriété en 2006, en lançant la record date [5] pour le vote en assemblée générale en 2007, et en commandant des études sur l’harmonisation des dates des OST de distribution et de réorganisation.

Différentes institutions ont travaillé sur le projet d’harmonisation sous l’autorité de la Commission européenne, qui a privilégié à la fois la standardisation industrielle et le recours aux mesures législatives : groupe Cesame, Legal Certainty Group, Market Implementation Group (MIG), Corporate Actions Joint Working Group (CAJWG)…

Les standards ont été développés par un groupe d’experts de l’industrie ( CAJWG [6] ). Ils sont mis en œuvre au niveau national sous la conduite des différents MIG. Les aménagements prévus par rapport aux pratiques actuelles pour rendre celles-ci compatibles au plan européen concernent pour l’essentiel le domaine opérationnel. Ils portent en effet sur les annonces d’OST, la réduction des délais, l’emploi de la messagerie SWIFT et la standardisation ISO (15022) pour les formats de messages.

Le projet de Place français

La France se prépare à faire évoluer son modèle de traitement des OST, en coordination avec ses partenaires européens. Cette évolution se situe dans un contexte plus large, composé d’autres réformes telles que le passage du règlement/livraison des titres à T+2, prévu pour l’automne 2014, et surtout, la mise en œuvre à l’été 2015 de la première vague Target 2 Securities (T2S), plate-forme commune de règlement/livraison en Europe. Or, la standardisation du traitement des OST est un prérequis indispensable pour T2S.

Il est apparu indispensable de conduire l’harmonisation des OST sous forme de projet de Place :

  • pour garantir aux émetteurs que l’ensemble des banques disposeront des mêmes outils aux mêmes échéances pour traiter leurs opérations sur titres ;
  • et parce que nous sommes dans un calendrier contraint (voir supra) qui exige une grande discipline.
Le calendrier de migration a été enclenché début 2013, et il devrait s’achever au printemps 2015, avec une première échéance importante le 18 novembre 2013 avec l’automatisation des annonces d’OST. Le planning volontariste qui a été arrêté permettra à la France de parvenir à un niveau de conformité très élevé par rapport aux standards européens dès mars 2015 [7] . Cette migration sera accompagnée d’un effort particulier sur la formation des personnels du post-marché dans les banques.



1 Traduction anglaise d’OST : Corporate action. 2 Association nationale des sociétés par actions. 3 Communication Adhérents du 4 juin 2010 du Comité Français d'Organisation et de Normalisation Bancaires. 4 Un groupe d’experts européens des marchés financiers a été réuni en 1996 sous l’autorité d’Alberto Giovannini pour identifier les insuffisances des marchés financiers européens et proposer des solutions pratiques propres à faciliter l’intégration financière en Europe. Il a été dissous en 2010. 5 Date à laquelle sont constatés les stocks sur les comptes titres des détenteurs. 6 Corporate Actions Joint Working Group. 7 Une présentation détaillée de ce planning est prévue dans un article à venir dans le prochain numéro de Revue Banque.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765
Notes :
1 Traduction anglaise d’OST : Corporate action.
2 Association nationale des sociétés par actions.
3 Communication Adhérents du 4 juin 2010 du Comité Français d'Organisation et de Normalisation Bancaires.
4 Un groupe d’experts européens des marchés financiers a été réuni en 1996 sous l’autorité d’Alberto Giovannini pour identifier les insuffisances des marchés financiers européens et proposer des solutions pratiques propres à faciliter l’intégration financière en Europe. Il a été dissous en 2010.
5 Date à laquelle sont constatés les stocks sur les comptes titres des détenteurs.
6 Corporate Actions Joint Working Group.
7 Une présentation détaillée de ce planning est prévue dans un article à venir dans le prochain numéro de Revue Banque.