Le paysage lié aux paiements est en constante évolution en 2018 : paiement mobile ou avec des objets connectés, nouvelles réglementations… Quelles sont les tendances qui intéressent particulièrement le GIE ?
Sur le court terme, nous avons deux innovations dont nous voulons accentuer le déploiement, ou l’introduction sur le marché. Pour les paiements de proximité, il y a effectivement le paiement sans contact et le paiement par mobile qui est un nouvel usage du paiement sans contact. Mais c’est un usage qui démarre et qu’il va falloir progressivement déployer et installer. Pour le e-commerce, nous souhaitons mettre en place avant la fin de l’année une nouvelle plate-forme de sécurisation, notamment pour être prêt dès septembre 2019 pour la nouvelle régulation sur l’authentification forte des paiements sur internet.
Le plafond des achats par carte a été augmenté en sans contact …
Tout à fait. Lorsque le sans contact a été lancé, le plafond était à 20 € pour les paiements par carte, et il est passé à 30 €. Aujourd’hui, tous les commerçants, tous les terminaux ont été reconfigurés pour accepter les paiements sans contact jusqu’à 30 € et les cartes doivent évoluer progressivement. En janvier, on estimait que 30 % des cartes disposaient de cette nouvelle limite. Dès cet été, ce pourcentage sera à plus de 50 %. En janvier, 2 % des paiements sans contact déjà étaient réalisés entre 20 et 30 €. Notre priorité pour 2018 est de poursuivre la massification du sans contact et de franchir les deux milliards de transactions. Ça signifie notamment intensifier le déploiement côté commerçant. Aujourd’hui, 40 % des commerçants sont équipés. Nous considérons que c’est encore insuffisant donc il faut accentuer ces déploiements. Or nous ne sommes pas en relation directe avec les commerçants, mais avec leurs fédérations. Nous allons organiser des actions communes avec des fédérations comme celles du petit commerce, des buralistes, du grand commerce...
Justement, vous parlez de la fédération des buralistes, qui diffusent les cartes Nickel ; or les cartes Nickel ne sont pas sans contact…
Certes, mais les cartes Nickel ne sont pas des cartes CB. Finalement, les buralistes constituent un secteur où les paiements sont de petits montants, parfaitement éligibles au sans contact, et qui est encore insuffisamment équipé. Nous devons convaincre ces enseignes et ces secteurs de l’adopter. Et nous devons développer les nouveaux usages, le premier étant effectivement le paiement mobile. Le paiement mobile en France, c’est principalement PayLib et Apple Pay. Le rôle de Cartes bancaires est d’accompagner le déploiement de cet usage.
Il y a eu aussi récemment des annonces de paiement avec les montres connectées…
Tout à fait, il y a les wearables, un ensemble de petites niches où la technologie permet de mettre une puce de paiement dans n’importe quel objet plus ou moins connecté. Parfois l’objet n’est d’ailleurs même pas connecté, c’est-à-dire qu’il n’est pas lié à votre smartphone ; ça peut être une simple montre, un bracelet ou une paire de lunettes. Au-delà de la capacité technologique, il faut que ces nouveaux objets, connectés ou non, trouvent leur marché. L’imagination marketing est là pour pousser ces nouveaux usages. Mais cela restera quand même des marchés de niche. Les nouveaux usages de sans contact un peu significatifs en 2018 seront par exemple le paiement sans contact sur les autoroutes. Vinci a déjà équipé plusieurs autoroutes du sud de la Franceet l’implantation se poursuit. Les autoroutes, en termes de volumes de transaction, sont l’un des plus gros commerçants de France. Un autre usage commence à voir un début de matérialité : il concerne les paiements au valideur ou « open paiement ». Il s’agit d’utiliser votre carte directement pour payer votre titre de transport sur la borne d’accès. Vous pouvez le faire dès maintenant à Dijon et dans quelques mois à Bordeaux. Aujourd’hui, chaque ville qui réfléchit à la modernisation de sa billétique s’intéresse à cette technologie pour les usagers occasionnels. En nouveaux usages, un premier pilote a été lancé, il y a deux ans, dans un camping du sud de la France avec Spar. Il est possible de précommander ses courses sur une borne interactive et de payer, ou payer un acompte avec sa carte sans contact directement sur celle-ci et d’être livré au camping. Le sans contact peut aussi servir pour des dons. Des bornes de ce type ont été utilisées pour encourager les dons pour la rénovation d’édifices touristiques ou religieux, ou faire la quête à la messe ou dans les rues, où les gens n’ont pas toujours de monnaie sur eux.
Vous parliez aussi d’une nouvelle méthode de sécurisation du e-commerce. De quoi s’agit-il ?
Nous développons une nouvelle plate-forme autour de 3 D Secure 2.0. Celle-ci a deux objectifs principaux : améliorer le taux de transformation des transactions e-commerce et poursuivre la réduction de la fraude. Cette plate-forme a aussi un deuxième défi à relever : être adaptée à tous les cas d’usage du e-commerce. Or nous avons identifié pas moins de 15 parcours de paiements de e-commerçants différents. La plate-forme est en cours de développement, les premières expérimentations vont intervenir cet été pour un déploiement qui commencera au 4e trimestre 2018, pour que tout soit prêt en septembre 2019. Elle s’appuie sur le protocole spécifié l’an dernier par EMVCo.
Pour le long terme, comment travaille le GIE et en quoi consiste le Lab CB ?
Le Lab a été lancé en janvier 2017. Nous voulions un outil pour anticiper les innovations. Or, dans le paiement, il y a deux bonnes raisons d’évoluer : accompagner l’évolution du commerce et des nouveaux parcours clients, et améliorer la sécurité pour contrecarrer l’imagination ou l’ingéniosité des fraudeurs. Aujourd’hui, le Lab va accompagner la digitalisation tous azimuts du commerce et les nouvelles manières d’acheter, par exemple via des messageries instantanées. Mais le GIE Cartes bancaires est une PME au cœur d’un écosystème extrêmement riche : les banques, le commerce, les industriels de la monétique, et les start-up. Avant d’avoir le Lab, nous les voyions peu et pas de manière très structurée. Nous avons désormais la volonté de les impliquer, au travers d’organisation de challenges comme celui-ci organisé pour la deuxième année consécutive à
Comme le paiement biométrique ?
Oui. C’est finalement la version 2.0 de la carte à cryptogramme dynamique lancée il y a quelques années. Cette carte 1.0 avait simplement un cryptogramme qui changeait de manière dynamique en fonction d’une horloge interne. Dans la prochaine version, la carte avec empreinte biométrique sera mariée avec le cryptogramme dynamique ; vous validez vos paiements en vérifiant votre empreinte biométrique directement sur le support de la carte. Nous avons fait des prototypes avec Idemia et Gemalto l’an dernier et nous envisageons de faire des pilotes cette année, où l’empreinte digitale remplace le code PIN. Si ces pilotes se passent bien et si les banques sont intéressées, en 2019 ou au-delà, nous serons en mesure de proposer un nouveau produit.