Ressources humaines

« La gestion pour compte de tiers génère 83 000 emplois en France »

Créé le

23.11.2011

-

Mis à jour le

30.11.2011

Les travaux menés par l’AFG montrent qu’en 10 ans, les emplois dans la gestion pour compte de tiers en France ont augmenté d’environ 38 %. Même si c'est à un rythme moindre, cette tendance à la hausse devrait se poursuivre dans les prochaines années, en dépit des aléas et défis auxquelles fait face cette industrie. Les métiers de la gestion deviennent de plus en plus qualifiés et spécialisés.

Quelles sont les grandes tendances dues aux évolutions structurelles et conjoncturelles de l'emploi dans la gestion d'actifs ?

Tout dépend si l’on parle des SGP ou de la gestion pour compte de tiers dans son ensemble (voir Encadré 1). Ces 10 dernières années, le nombre d’emplois directs dans les SGP n’a pas augmenté de manière proportionnelle à la hausse de l’activité (taux de croissance moyenne des actifs), et ce en dépit de la croissance rapide du nombre de SGP actives sur le marché français (600 unités aujourd’hui, contre 350 début 2000). Ceci pour au moins deux raisons : d’une part du fait des économies d’échelle que connaît ce métier ; d’autre part en raison d’une tendance structurelle à l’externalisation croissante de certaines fonctions par les SGP vers d’autres acteurs spécialisés, les SGP se concentrant sur les activités cœur du métier (voir ​Encadré 2). En revanche, si l’on considère l’effectif employé dans la gestion pour compte de tiers dans son ensemble (SGP et écosystème réunis), son nombre a fortement augmenté pendant cette période. Nous estimons cette progression à environ 38 % sur 10 ans, soit un passage de 60 000 équivalents-emplois en 2000, à 83 000 aujourd’hui. La crise en cours devrait avoir pour effet de  freiner quelque peu cette croissance. On en voit déjà les premiers signes.

Cette hausse globale d’effectifs, liée au niveau d’activité de la gestion, va-t-elle continuer dans les prochaines années ?

Pour juger de cette évolution à moyen-long terme, un constat simple s’impose. En France, les ménages, principaux épargnants au niveau macroéconomique possèdent des patrimoines financiers de l’ordre de 3 500 milliards d’euros (175 % du PIB), et leur patrimoine global est estimé à 10 000 milliards d’euros. Bon an mal an, ces patrimoines croissent en moyenne à un rythme annuel proche de 3-4 %. Ainsi, les besoins des épargnants en matière de gestion de leurs patrimoines, dans une optique de long terme, de même que les besoins de financement des entreprises sur les marchés, rendent plus que probable, et surtout nécessaire, le développement de la gestion pour compte de tiers. Au niveau mondial, selon le dernier rapport du FMI sur la stabilité financière, depuis 15 ans, les fonds d’investissement s’avèrent être la catégorie d’investisseurs institutionnels les plus dynamiques en termes de croissance du volume d’actifs sous gestion, ceux-ci ayant été multipliés par 4 pendant cette période.

Dans un contexte mondialisé, cette épargne pourrait néanmoins se délocaliser aisément. À cet égard, parmi les facteurs pouvant poser problème, il faut souligner, outre son niveau, l’instabilité de la fiscalité de l’épargne, de même qu’une pression réglementaire excessive pouvant se traduire par des mesures allant à l’encontre de l’équité concurrentielle, et de ce fait défavorables aux produits de gestion français. Ainsi, les perspectives de l’emploi dans la gestion en France dépendent-elles largement de la capacité de cette industrie à continuer à développer et à exporter son savoir-faire afin de capter une partie croissante de l'épargne mondiale, tout ceci à condition bien entendu, de disposer d'un cadre institutionnel et économique stable et compétitif.

Comment s'évalue le poids de la gestion d'actifs en termes d'emploi en France par rapport à d'autres pays ?

Nous n’avons pas connaissance d’enquêtes similaires à la nôtre dans d’autres pays européens. Pour autant, d’après les rares données disponibles, globales la plupart du temps, nous savons qu’il existe une certaine proportionnalité entre la taille des marchés, leur nature et le nombre d’effectifs employés dans les SGP et dans l’écosystème. De même, dans les pays où la gestion est réalisée in-house, le poids du front-office et de la commercialisation est prépondérant ; c’est le cas des principales places de gestion en Europe : France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie… En revanche, sur les places de domiciliation de fonds telles le Luxembourg et l’Irlande, on observe tout naturellement un surpoids des fonctions administratives et du back-office. Ainsi, au Luxembourg, les activités liées à l’administration des fonds figurent en première ligne dans leur estimation de la contribution de la gestion à l’emploi. Pour autant, quel que soit le modèle, la tendance est aujourd’hui à la concentration et à l’externalisation de certaines fonctions.

Quels sont les atouts de la Place française en matière de gestion ?

En gestion financière de fonds d’investissement, la France est numéro 2 mondial par les actifs gérés, après les États-Unis. Nous avons un modèle qui a fait ses preuves, riche de 600 sociétés de gestion de natures et de tailles très différentes : il existe une diversité qui rend possible une innovation permanente des techniques de gestion et des produits. De plus, ce marché n’est pas fermé sur lui-même : près de 20 % du marché est détenu par des acteurs étrangers, des grands noms de la finance comme Generali, Allianz, etc.

Enfin, certains types de gestion ont fait leur preuve, comme la gestion monétaire, très développée en France comme aux États-Unis. Le marché obligataire français jouit également d’une excellente réputation. Les boutiques de gestion actions sont bien cotées dans les classements européens, sans oublier les gestions plus techniques dans lesquelles la France s’est singularisée, comme la gestion structurée. Il existe une « marque » de gestion française.

Quels sont les métiers les plus en vue aujourd’hui ?

Les métiers du front et middle-office éveillent un grand intérêt, surtout chez les jeunes diplômés. En matière de middle-office, ce qui change aujourd’hui, c’est l'intensité ou bien la manière d'exercer ces métiers, que ce soit en raison des pressions réglementaires ou de l’exacerbation de la concurrence. Concernant les fonctions de contrôle interne et la conformité, si ces deux métiers existaient déjà, les crises de la dernière décennie les ont mis sur le devant de la scène (voir Encadré 3).

D’autres métiers devraient également continuer de se développer, par exemple ceux qui sont liés à la mesure et à l’attribution des performances, ou à la gestion actif/passif, avec notamment le renforcement du rôle des actuaires spécialisés dans ce domaine. On constate également l’émergence, liée à de nouvelles tendances dans la gestion, d’analystes extra-financiers, qui prennent en compte les éléments liés au développement durable ou à la gestion socialement responsable.

Quelles sont les formations initiales les plus adaptées pour travailler dans ce secteur ?

Tout dépend du type de fonction que l’on souhaite exercer, mais de manière générale, les recrutements dans les SGP elles-mêmes concernent de plus en plus – c’est ce qui ressort de l’enquête AFG – les profils de bac+5 et au-delà. Le spectre est large : il s’agit de diplômés issus de grandes écoles d’ingénieurs, d’écoles de commerce ou bien des universitaires sortis des filières de gestion, statistiques et bien entendu sciences économiques, si possible avec des connaissances en analyse quantitative et économétrie. Les profils scientifiques et d’ingénieur sont bien recherchés, notamment pour la modélisation et la gestion des risques. Les métiers liés aux gestions alternatives, gérants de hedge funds, de même que ceux spécialisés dans le capital investissement recrutent plus particulièrement dans ces filières.

Les distributeurs, c’est-à-dire les conseillers des réseaux bancaires ou d'assurance, mais aussi les conseillers patrimoniaux indépendants ou les conseillers des réseaux, vous semblent-ils suffisamment formés aux produits de la gestion d'actifs ?

Des efforts de formation extrêmement importants ont été réalisés ces dernières années. En effet, pour répondre aux besoins de formation des professionnels de la gestion, l’AFG a lancé il y a 10 ans le PRAM (Programme Asset Management). Plus récemment, en association avec le CFPB [1] , a été mis en place l’examen menant à la certification, qui est obligatoire pour tous les acteurs concernés par la distribution et la commercialisation de produits financiers.

Cette démarche de formation professionnelle continue est une bonne façon de faire bouger les lignes et d’entamer un processus de formalisation des cursus notamment pour les différents métiers de la gestion, comme cela existe déjà pour d’autres professions où des diplômes spécifiques sont requis pour pouvoir exercer : expertise comptable, l’actuariat, etc.

1 Centre de formation de la profession bancaire.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº742
Notes :
1 Centre de formation de la profession bancaire.