Les investisseurs ont tout intérêt à s’allier avec des gérants d’actifs qui prennent leurs intérêts à cœur. Ces sociétés de gestion sont focalisées sur les résultats de long terme de leurs produits, font preuve de responsabilité dans le lancement de nouveaux fonds, pratiquent des frais de gestion raisonnables et possèdent une solide culture d’investissement qui les aide à attirer et à retenir les talents. C’est aussi vrai en ce qui concerne la gestion passive. Notre recherche montre que les gérants passifs qui mettent en œuvre des pratiques vertueuses obtiennent de meilleurs résultats pour les investisseurs sur le long terme.
Un marché très concentré et concurrentiel
À l’instar du marché américain, l’industrie de la gestion passive en Europe est très concentrée. Les dix plus gros fournisseurs de fonds indiciels en Europe (v. Tableau 1) gèrent près de 80 % des encours des fonds et ETF passifs vendus en Europe. Leur part de marché est restée relativement stable ces dix dernières années. Les plus gros acteurs de ce marché continuent, année après année, à attirer la majorité des flux vers la gestion passive. La société BlackRock, notamment à travers sa division iShares, détient à elle seule environ un tiers des encours totaux des fonds indiciels et ETF vendus en Europe (31 % à fin décembre 2019).
Le marché est par ailleurs très concurrentiel et connaît une vraie guerre des prix. Globalement, tous les acteurs importants de la gestion passive en Europe ont baissé les frais de leurs fonds et ETF ces dernières années et ce sur toutes les classes d’actifs confondues, d’environ 10 points de base
Frais de gestion : le nerf de la guerre
La taille des encours sous gestion constitue un avantage compétitif critique pour proposer des frais moins élevés. En théorie, plus les actifs sous gestion sont importants, plus la société de gestion peut – et devrait – faire bénéficier aux investisseurs des économies d’échelle à travers la réduction des frais de gestion et un meilleur partage des revenus générés par le prêt de titres.
En pratique, les gérants d’actifs ne sont pas tous aussi enclins à le faire. Vanguard reste un modèle en la matière. La société étant détenue par les porteurs de parts des fonds, les économies d’échelle sont automatiquement passées aux investisseurs. La société est l’un des fournisseurs les moins chers aux États-Unis, où elle domine le marché de la gestion passive, et en Europe où son développement a été fulgurant. BlackRock/iShares, en revanche, affiche des frais pour sa gestion passive qui ne sont pas nécessairement parmi les plus compétitifs, malgré sa taille colossale sur le marché européen. Concernant le partage des revenus liés au prêt de titres, les pratiques sont plus ou moins homogènes parmi les plus gros acteurs du marché à l’exception de Vanguard, qui se distingue là aussi par une politique très favorable aux investisseurs.
Lancement de nouveaux produits
La politique de lancement de nouveaux produits des sociétés de gestion indique aussi leur degré de prise en compte des intérêts des investisseurs. Les sociétés qui lancent fréquemment de nouveaux fonds et qui en ferment aussi souvent tendent à montrer que leur priorité est, plutôt de se soucier de la pertinence à long terme de leurs produits, de générer des revenus rapides. Les fonds indiciels lancés sur des marchés de niche ou pour bénéficier du dernier thème en vogue sont rarement de bons choix de long terme pour les investisseurs qui ont tendance à les acheter et à les vendre aux pires moments. Ces fonds sont généralement plus chers et ont par ailleurs une faible espérance de vie, bien souvent plus courte que le temps nécessaire pour bénéficier, éventuellement, de la tendance sous-jacente. En Europe, 80 % des ETF thématiques lancés avant 2012 ont été fermés depuis. Les investisseurs ont donc intérêt à se montrer vigilants envers les sociétés de gestion qui leur proposent constamment de nouveaux produits.
Efficacité de la gestion & Investissement responsable
Au-delà de la politique de frais et de la qualité de l’offre de fonds, les meilleurs partenaires en matière de gestion passive se distinguent par leurs investissements réguliers dans leurs équipes et dans leurs infrastructures technologiques afin d’offrir la meilleure réplication indicielle possible. Les plus gros acteurs de la gestion passive ont fait les investisseurs nécessaires pour être compétitifs en la matière. Par exemple, iShares bénéficie des larges ressources du groupe BlackRock, notamment en termes de trading. Vanguard possède également une infrastructure humaine et technologique de premier plan pour la gestion de ses portefeuilles. Les sociétés avec des actifs moins importants ont également fait les investissements nécessaires, notamment Amundi, Xtrackers et Lyxor qui ont transformé une partie de leur ETF à réplication synthétique (reproduction de la performance de l’indice à l’aide de produits dérivés) vers une réplication physique pour satisfaire la préférence grandissante des investisseurs pour cette dernière.
Compte tenu du poids grandissant de la gestion passive dans les portefeuilles des investisseurs à travers le monde, les plus gros acteurs mondiaux tels que BlackRock, Vanguard et State Street figurent souvent parmi les premiers actionnaires des grandes sociétés cotées. Ils possèdent à ce titre une capacité d’influence importante, notamment sur les questions environnementales, sociétales et de gouvernance