Gestion d’actifs : soulevez le capot des fonds de fonds !

Créé le

15.03.2018

-

Mis à jour le

03.04.2018

Les fonds de fonds permettent en principe d’accéder aux meilleurs gérants sur chaque classe d’actifs. En réalité, leurs résultats sont souvent décevants.

On compte aujourd’hui plus de 1 600 fonds de fonds disponibles à la vente en Europe. La plupart d’entre eux sont des produits multi-classes d’actifs, c’est-à-dire qu’ils investissent à la fois sur les actions, les obligations et parfois sur des classes d’actifs plus spécialisées, comme les matières premières. En principe, la promesse de ce type de produit est alléchante : le gérant d’un fonds de fonds peut consacrer la majeure partie de son temps au pilotage de la répartition entre les différentes classes d’actifs, les différents marchés et régions géographiques. Il – ou elle – n’a pas besoin de connaître en détail chaque univers d’investissement ni de recruter et superviser une armée d’analystes : en achetant des fonds, il délègue en externe la gestion de chacune de ces poches à des équipes de gestion spécialisées, par exemple la meilleure équipe d’experts en petites capitalisations japonaises, le meilleur fonds de grandes valeurs européennes, voire l’ETF le plus compétitif sur le marché des actions américaines.

Des performances médiocres, freinées par des frais excessifs

Si cette construction de portefeuille présente des avantages théoriques évidents, elle se heurte bien souvent à un obstacle de taille. En investissant dans un fonds de fonds, l’investisseur paye à la fois des frais de gestion directs (qui rémunèrent le travail du gérant du fonds de fonds, les tâches administratives, etc.) et les frais indirects des fonds sous-jacents. Bien souvent, la facture est salée : sur un peu plus de 1 200 fonds de fonds répertoriés par Morningstar dans les différentes catégories d’allocation en euros, 480 affichent des frais courants annuels de plus de 2 %, et certains vont même au-delà de 5 %, des niveaux qui sont bien supérieurs à ceux (déjà élevés) facturés par les fonds d’allocation classiques. De plus, environ 300 de ces fonds de fonds affichent également des commissions de performance, allant de 2 % à 30 % de la surperformance contre l’indice de référence, qui alourdissent d’autant plus la facture. Avec de tels handicaps, on constate sans surprise que la majorité des fonds de fonds d’allocation sous-performent très largement des indices de marché pertinents sur le long terme.

La gestion passive peu utilisée par les gérants de fonds de fonds

Face à ce constat, les gérants de fonds de fonds ont deux moyens à leur disposition pour accroître leur compétitivité : se tourner vers la gestion passive à travers les fonds indiciels ou les ETF, bien moins onéreux, ou restreindre leur liste de sous-jacents aux fonds gérés en interne, qui sont exonérés de frais de gestion. On constate que très peu d’entre eux choisissent aujourd’hui la première option : parmi les 100 plus gros fonds de fonds disponibles à la vente en Europe, seuls 4 d’entre eux utilisent une approche pleinement passive, et à peine 14 fonds investissent plus de 30 % de leurs actifs sur des ETF. Parmi les ETF les plus populaires auprès des gérants de fonds de fonds, on retrouve sans surprise deux véhicules répliquant la performance de l’indice S&P 500, car le marché des actions américaines, très efficient, offre peu d’opportunités d’ajouter de la valeur par une gestion active. Il est plus surprenant de voir les ETF d’obligations émergentes dans cette liste, compte tenu de la moindre liquidité de cette classe d’actifs. Ils bénéficient néanmoins d’un avantage compétitif de taille à travers des frais très bon marché, qui font la différence par rapport à la moyenne des gérants actifs. Dans l’ensemble, néanmoins, la gestion passive reste minoritaire dans les portefeuilles des fonds de fonds.

Les fonds de fonds « maison »

À défaut de se tourner vers la gestion passive, la plupart des gérants de fonds de fonds préfèrent choisir des supports internes pour bénéficier d’une exonération des frais de gestion. Sur les 100 plus gros fonds de fonds d’allocation disponibles à la vente en Europe, on constate ainsi que près d’un tiers investissent plus de la moitié de leurs actifs sur des fonds « maison », gérés par la même société de gestion, tandis qu’un deuxième tiers utilise une approche mixte, investissant à la fois sur des fonds gérés en interne et des fonds externes. Les gérants de fonds de fonds se retrouvent là face à un arbitrage délicat : essayer de dénicher en externe les meilleurs spécialistes sur chaque classe d’actifs, avec un coût supplémentaire pour l’investisseur, ou se contenter des expertises disponibles en interne, sans frais, mais au prix d’une qualité de gestion et donc de performances parfois moins convaincantes.

Dans les deux cas, le résultat final n’est pas réellement à l’avantage de l’investisseur. Une étude menée par Morningstar sur les fonds d’allocation britanniques [1] a permis d’estimer que les fonds de fonds non contraints (i.e. qui peuvent choisir des supports externes) génèrent en moyenne 60 points de base de performance supplémentaire par an, grâce à la sélection des sous-jacents, mais cette valeur ajoutée est entièrement absorbée par les frais plus élevés dont s’acquitte l’investisseur. Au final, sur les 5 dernières années, la performance après frais a été quasiment identique pour les fonds non contraints et pour les fonds « maison » (et légèrement inférieure à celle des fonds investis en direct sur les actions et les obligations).

Les fonds d’allocation gérés activement peinent à convaincre

Certains fonds de fonds « maison » sont certes gérés par des sociétés de gestion sérieuses, disposant de larges ressources en interne, et ont fait leurs preuves sur le long terme – à l’image des fonds profilés NN Patrimonial Defensive, Patrimonial Balanced, et Patrimonial Aggressive, notés « Bronze » par les analystes Morningstar, mais, à de rares exceptions près, pour un investisseur à la recherche d’un produit d’allocation, les fonds de fonds actifs peinent à convaincre. Au-delà du choix épineux des sous-jacents, ces fonds, comme tous les produits d’allocation gérés activement, font courir à l’investisseur le risque du « market timing », c'est-à-dire le risque de rater la hausse du marché actions si le gérant ne l’a pas anticipée ou, inversement, de subir de plein fouet les baisses si le gérant n’a pas réduit son exposition au bon moment. Sur le long terme, on constate ainsi que les fonds d’allocation gérés activement ont été nettement moins performants qu’une approche purement passive consistant à combiner un ETF actions et un ETF obligataire dans des proportions constantes reflétant le niveau de risque souhaité par l’investisseur.

 

1 Morningstar Manager Research, « Does it Pay Off for Multimanager Funds to Invest with External Managers? », déc. 2017.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº819
Notes :
1 Morningstar Manager Research, « Does it Pay Off for Multimanager Funds to Invest with External Managers? », déc. 2017.