La gestion d’actifs post-Covid : quelle place pour l’ESG/ISR ?

Créé le

02.10.2020

La crise mondiale actuelle véhiculée par la Covid-19 devrait mener à faire plus rapidement coïncider économie efficace et utilité sociale, en renforçant de nombreuses initiatives qui existaient déjà, comme par exemple les fonds ESG ou le Label ISR. Le rôle des gestionnaires d’actifs sera central pour ajuster, dans cette perspective, les emplois aux ressources.

Il n’y a pas véritablement un monde d’avant et un monde d’après. Nous vivons un monde en pleine mutation qui doit réussir ses transitions. La période si particulière que nous avons traversé et traversons encore est visiblement un incroyable accélérateur – comme toutes les crises – des transformations à l’œuvre avant-Covid.

Ces transformations, quelles sont-elles ? Trois transitions sont à l'œuvre :

– environnementale et climatique => énergétique (E) ;

– démographique (S) ;

– numérique (Transverse).

Ce sont des tendances structurelles qui orientent les consommateurs et, depuis déjà de nombreuses années, les investissements à travers le monde. La traduction de l’accélération conjoncturelle des tendances structurelles permet d’ailleurs de noter les parcours hallucinants d’Amazon (+400 milliards de dollars de Market Cap +32 % YTD), Apple (2 000 milliards de Market Cap +12 % YTD) ou Tesla (+108 milliards de Market Cap +40 % YTD). Les divergences étaient largement entamées avant l'apparition de la Covid.

Focus sur l’ESG et l’ISR

Ainsi, les financiers prennent en compte ces facteurs dans les choix d’investissements depuis de nombreuses années déjà ; c’est tout le développement de l’ISR (années 1990-début 2000), et de l’ESG depuis 10 ans, des fonds thématiques puis des fonds d’impact désormais. Au fur et à mesure que la recherche s’étoffe, que les données sont disponibles et précises, les investisseurs et les gestionnaires d’actifs les intègrent pour nourrir leur réflexion et leurs décisions. Les statistiques annuelles de l’IR (Investissement responsable) révèlent que les encours ISR (investissement socialement responsable) ont progressé de 32 % sur un an. À fin 2019, ce sont 1 860 milliards d’euros d’encours ESG en France répartis en 546 milliards en ISR (dont 201 milliards d’encours labellisés – label ISR) et 1 315 milliards d’euros dans les autres approches ESG.

Certains acteurs vont donc plus loin en mettant en œuvre une finance d’impact. Il s’agit de permettre aux investisseurs et aux particuliers de créer un impact positif au travers de leurs investissements sur les thématiques de l’environnement, du social/sociétal et de la gouvernance. L’objectif pour ces acteurs étant de faire le lien entre le E et le S. Le réchauffement climatique par exemple a un impact social si l’on considère le flux migratoire très important à venir (1 milliard d’individus en Asie sera touché).

L’importance de l’équilibre E, S et G

La crise sanitaire, la crise économique et potentiellement financière sont des accélérateurs conjoncturels. Elles sont aussi un révélateur des transitions pour le grand public et les politiques qui sont en permanence sensibilisés au seul E de l’ESG (environnement et climat).

L’AFG soutient depuis longtemps la thèse selon laquelle pour gagner la bataille du E (climat, environnement, biodiversité), il faut mener aussi celles du S (démographie, numérique, éducation) et du G (gouvernance équilibrée et ouverte). L’équilibre entre le E, le S et le G est non seulement essentiel, mais il est aussi gage de pérennité.

Ainsi, le monde entier est désormais saisi de l’importance et des liens directs entre les sujets de santé, les chocs générationnels et donc les sujets démographiques mais aussi de l’importance de maîtriser le numérique pour maintenir ou même améliorer la productivité. Nécessaire, car dans un monde endetté et vieillissant, la valeur ajoutée pour la santé publique se dégrade du fait du remboursement des dettes et du paiement des pensions.

Évolution réglementaire

De nombreuses initiatives émergent et l’ESG s’inscrit dans le cadre réglementaire français (Nouveau référentiel du label ISR ; Doctrine AMF) et européen (de nombreuses réglementations sont en cours d’élaboration : Taxonomie ; Ecolabel ; NFRD).

Le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance a ainsi publié fin juillet le nouveau référentiel du label ISR (Investissement Socialement Responsable). Ce Label est un label d’État, le premier à avoir été institué en Europe. Lancé en novembre 2016 par le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, il offre aux épargnants une meilleure visibilité sur les fonds ISR. L’obtention du Label par les sociétés de gestion est subordonnée au respect de la conformité des produits à un référentiel exigeant et précis, garantissant que leur gestion s’appuie sur des méthodologies solides avec un engagement de transparence fort et une information de qualité. Il a déjà été attribué à plus de 500 fonds, ce qui correspond à plus de 200 milliards d’euros d’encours sous gestion au 24 juillet 2020. Ce nouveau référentiel renforce les exigences du label. Il oblige désormais les fonds à apporter des éléments de preuve sur la qualité durable de leurs investissements en montrant qu’ils sont à tout moment meilleurs que leur univers d’investissement sur au moins deux indicateurs ESG (comme par exemple l’empreinte carbone du portefeuille). Autre nouveauté, il oblige désormais les fonds labellisés à traduire leur stratégie ISR dans leurs actions d’engagement auprès des émetteurs, notamment dans leur politique de vote en assemblée générale. On peut d’ailleurs l’étendre aux corporate bonds. Le nouveau cahier des charges pourra aussi s’appliquer aux mandats de type institutionnel qui deviennent eux aussi éligibles au label ISR ! Chez Ostrum AM, 100 % de nos fonds ouverts seront labellisés ISR (Ostrum et LBPAM) ou Mandats ISR. De plus, le nouveau référentiel intègre les fonds immobiliers qui ont désormais leur label ISR.

Les entreprises et la RSE

Par ailleurs, si les stratégies d’investissement donc les offres d’épargne intègrent désormais ces dimensions, un nouveau facteur est lui aussi transformant : le comportement des entreprises. Je ne parlerai que des entreprises financières et des sociétés de gestion que j’observe et connais. Les entreprises s’impliquent vraiment : on remarque qu’il y a de plus en plus de continuité entre leur politique RSE et les offres d’épargne/d’investissement qu’elles proposent. Cette cohérence est nécessaire, vertueuse car elle permet d’aller plus loin, plus vite, elle est d’ailleurs attendue et demandée par les épargnants/investisseurs, les collaborateurs et la société dans son ensemble. Chez Ostrum AM, nous nous appuyons sur quatre piliers indispensables au développement de cette stratégie et en réponse à la demande croissante de sens de la part des clients : agir en investisseur responsable, construire une relation durable avec nos clients, placer nos collaborateurs au cœur et développer notre impact positif sur la société.

Conclusion

La crise mondiale actuelle véhiculée par la Covid-19 est un incroyable accélérateur de prise de conscience. Elle devrait mener à faire plus rapidement coïncider économie efficace et utilité sociale. L’accélération de la transition économique, sociale et écologique paraît donc plus que jamais essentielle. De nombreuses initiatives ont fleuri ces derniers mois. Et le monde de demain peut et doit s’appuyer sur de nombreuses initiatives qui existaient déjà, comme par exemple les fonds ESG ou le Label ISR.

Le rôle des gestionnaires d’actifs est central (emploi/ressources). Nous avons l’opportunité de réconcilier le temps financier avec le temps économique.

Pour autant, des points demeurent à traiter :

– le temps politique n’est pas le temps des entreprises et des appareils productifs ;

– pour avancer, les SGP ont besoin de données harmonisées, standardisées et auditées.

Afin de renforcer l’efficacité des fonds ESG et face à la croissance et à la multiplicité des données ESG publiées par les entreprises, les sociétés de gestion doivent disposer d’une liste d’indicateurs extra-financiers répondant à un double objectif : définir les informations extra-financières nécessaires et dialoguer avec les entreprises pour construire un cadre des publications en phase avec les exigences de la réglementation. Aujourd’hui nous sommes encore trop dépendants des agences américaines. L’AFG a identifié une dizaine d’indicateurs trans-sectoriels par pilier (environnement, social/capital humain, sociétal et gouvernance), indispensables pour évaluer les entreprises de toute taille. Ont aussi été identifiés d’autres thèmes sur lesquels les investisseurs ont besoin de transparence et qui permettent d’engager le dialogue avec l’entreprise (liste « Indicateurs de transparence »). Enfin, l’AFG a identifié des sujets à traiter conjointement entre entreprises et investisseurs. Une première version du guide « Indicateurs extra-financiers indispensables pour évaluer une entreprise » a été présentée aux entreprises en juillet 2020. Ce dialogue a conduit à une évolution des indicateurs indispensables et de transparence pour la publication d’une nouvelle version mise à jour tout début septembre.

À retrouver dans la revue
Revue Banque NºUEAM2020