La première grande crise de la titrisation commencée en 2007 se concentre depuis quelques mois sur la question de la qualité de la dette souveraine et voit donc à nouveau les banques dans l’œil du cyclone. À cela s’ajoutent des perspectives économiques peu encourageantes sur la zone euro, renforçant la méfiance des investisseurs qui se détournent des produits d’épargne risqués pour privilégier la liquidité et la sécurité, à travers l’investissement dans les produits garantis. Ce constat est-il vrai dans tous les pays européensà nouveau ?
Le Royaume-Uni en pointe…
À la lecture des publications de la société Lipper FMI (voir Schéma 1) sur les encours et les souscriptions en produits de gestion collective sur le premier semestre 2011, la situation n’est pas la même dans toute l’Europe. Globalement, il semblerait que les pays d’Europe du Nord, et tout particulièrement le Royaume-Uni, voient progresser leurs encours sur les produits long-terme (durée de placement recommandée au-delà de 3 ans).
Même si l’exercice de comparaison est difficile en raison des caractéristiques administratives, fiscales et réglementaires propres à chaque pays, on peut tenter de repérer des éléments pouvant expliquer les performances de chacun. Les comportements des investisseurs institutionnels sont plus homogènes sur la zone euro du fait d’une réglementation qui reflète les décisions communes aux différentes instances européennes. On est donc conduit à penser que les différences dans les résultats tiennent pour une grande part aux évolutions du marché des particuliers, dont les choix sont déterminés principalement par les conditions locales.
…mais pas de produits privilégiés
Du coté de l’offre de produits, on constate que plus de la moitié des fonds proposés sont de droit luxembourgeois. En répondant à la norme UCIT III, ils sont donc potentiellement distribuables dans l’ensemble de l’Europe. La performance comparée des gestions nationales sur ces véhicules ne montre pas d’avantage particulier dans tel ou tel pays. Au-delà des arbitrages possibles sur les devises qui peuvent avantager momentanément certaines gestions en dehors de la zone euro (livre ou franc suisse), on ne retrouve pas de position dominante comparable à celle que l’on observe dans le secteur de l’automobile entre les Allemands et les autres européens.
Frilosité des investisseurs européens du Sud
Du coté de la demande, l’analyse la plus couramment avancée par les observateurs est la frilosité des Européens du Sud vis-à-vis des investissements à risque. Serait-ce l'héritage d’une vision de l’État protecteur ? Un attachement excessif à une gestion collective plutôt qu’une responsabilité individuelle face aux risques de la vie et aux enjeux économiques ? Même si cet argument est fondé, se contenter de penser que le client final détiendrait la seule responsabilité de la moindre performance des gestions du Sud paraît un peu court. Et si tout simplement, on ne savait pas convaincre l’investisseur final ? Autrement dit, nous pouvons nous interroger sur la qualité et la performance des modes de distribution des produits de placements aux particuliers.
La faiblesse des outils d’observation.
Il n’existe pas de statistiques sur les encours détenus par type de public, et par mode de distribution. Un produit financier n’indique pas le public à qui il s’adresse. Même si la politique de tarification des frais de gestion donne une bonne indication de la cible visée, il faudrait retraiter les données chez le dépositaire pour mesurer avec précision quelle part de marché revient aux investisseurs en tant que personnes physiques, institutionnels, et du poids des différents modes de distribution.
Le rapport Delmas-Marsalet sur la commercialisation des produits financiers daté de 2005 montre que 82 % des flux d’OPCVM sont commercialisés par les réseaux bancaires intégrés, 9 % pour les sociétés d’assurances, ce qui laisse environ 9 à 10 % pour la part de la vente réalisée par des indépendants. À l’inverse, en Angleterre en 2010, plus de 90 % de la distribution des fonds d’investissement sont réalisés par les intermédiaires nommés IFA (Independant Financial Advisor, équivalent du statut CIF en France) et leurs plates-formes.
Deux modèles se font face :
- le modèle français, fondé sur une forte assimilation entre la promotion et la distribution ;
- le modèle anglais, avec une promotion et une distribution bien séparées.
À l’instar des IFA, les CGPi montrent en France également une certaine habilité à proposer des investissements « long only ». Au sein des contrats en assurance vie, ils arrivent à faire monter la part des UC à 40 %, contre seulement 15 % pour les banquiers privés et 10 % chez les assureurs. À fin septembre 2011, la collecte nette en UC dans les contrats d’assurance vie est de fait positive pour les CGPi.
Forces et faiblesses des modes de distribution français
Dans une étude récente, le bureau d’études APREDIA évalue les forces et les faiblesses des modes de distribution en France (voir Schémas 2 à 5). Il en ressort que par rapport aux banquiers et aux assureurs, les conseillers indépendants offrent une palette plus large de fournisseurs, qu'ils sont plus présents auprès de leurs clients et que la relation est plus pérenne. En revanche, ils pâtissent d’une faible notoriété et subissent le poids des contraintes administratives et réglementaires lourdes.
En 2005, le rapport Delmas-Marsalet pointait les insuffisances d’information sur les produits et la nécessité de fournir des indicateurs « simples » pour informer l’investisseur des risques inhérents à l’investissement boursier. Depuis cette date, le prospectus simplifié est devenu le «
Un modèle fondé sur le sens de la relation
La percée des indépendants n’en est que plus remarquable. En 15-20 ans, ils ont capté une part de marché et sont les seuls intervenants à afficher une croissance en pleine crise. Leur modèle, fondé sur le sens de la relation et la proximité, tend d’ailleurs à être imité par les banquiers et par les assureurs qui communiquent de plus en plus sur ces thèmes.
L’intérêt économique de réorienter les flux d’épargne liquide vers l’investissement est évident. Pour cela, il faudra miser sur l’accompagnement et le conseil qui sont les valeurs fortes des indépendants. Il serait peut-être temps de regarder la vérité en face. La situation florissante du marché anglais nous y incite.