Depuis la grande crise financière, le montant des actifs gérés à travers le monde par l’industrie de l’asset management a été multiplié par plus de 2,5 et a dépassé fin 2020 – en dépit de la crise sanitaire – le seuil symbolique des 100 000 milliards de dollars
Cette croissance du secteur de la gestion d’actifs n’est toutefois pas sans embûches. Comme l’ensemble du secteur financier, l’asset management est pénalisé par l’environnement de taux bas, qui met sous pression l’ensemble des rendements obligataires. La gestion pour le compte d’investisseurs institutionnels (assureurs, fonds de pension…) est particulièrement fragilisée par ce contexte. D’autant que parallèlement, les gestionnaires d’actifs doivent faire face à des dépenses croissantes. La pression réglementaire s’est en particulier accrue, notamment depuis MIF 2, entraînant une hausse des investissements en matière de conformité. Dans les années à venir, de nouveaux chantiers conséquents attendent les asset managers, qu’il s’agisse de la digitalisation ou de la généralisation de l’investissement responsable (lire Revue Banque n° 857, juin 2021). Enfin, l’environnement concurrentiel s’est singulièrement durci durant la dernière décennie, avec l’explosion de la gestion passive, connue pour ses coûts très compétitifs. En Europe, le marché des ETF vient ainsi de franchir en avril la barre des 1 000 milliards d’euros sous gestion, contre moins de 150 milliards en 2011.
Les gérants d’actifs sont donc progressivement amenés à faire évoluer leur stratégie. Plusieurs voies sont poursuivies, parfois simultanément. La quête d’une taille critique pousse les opérations de croissance externe (rachat de Lyxor par Amundi, rapprochement entre Ostrum et La Banque Postale AM pour les grands exemples français) mais aussi le développement hors des frontières, à commencer par l’Europe. L’Union des marchés des capitaux, que le régulateur européen essaie actuellement d’approfondir, pourrait les y aider. Côté clientèle, le marché des épargnants particuliers est également vu par les sociétés de gestion comme un relais de croissance, dans un contexte de perte de vitesse de l’assurance vie en euros. Enfin, les acteurs n’hésitent pas à diversifier leur offre : développement de la gamme d’ETF, renforcement des fonds thématiques, promotion de la gestion pilotée… Sans compter le rapide essor de la gestion d’actifs dits « alternatifs » issus de l’univers non coté. Certaines sociétés de gestion cherchent même à s’aventurer sur un nouveau métier, celui de la prestation de services informatiques. BlackRock avait ouvert la voie avec sa solution Aladdin, mais Amundi ou encore Ostrum sont en train de faire de même. La décennie à venir s’annonce donc encore riche en chamboulements pour l’industrie de la gestion d’actifs.