Après pratiquement trois décennies d’existence, la croissance soutenue des ETF fascine et interpelle. Pour un gérant, comment expliquer un métier, marqué par un tel cycle de croissance, et qui viserait simplement à répliquer le plus fidèlement possible les performances d'un indice ? La simplicité réside souvent dans la sophistication…
Une recherche d’efficience
L’ETF est avant tout un instrument de démocratisation de l’investissement : avec des supports d’investissements ETF affichant des frais de gestion de 7 à 20 points de base pour les indices cœur de portefeuille, l’enjeu est d’aider les investisseurs à construire des portefeuilles actifs les plus adaptés à leurs besoins, qu’ils cherchent à constituer une épargne ou aligner le passif d’un fonds de pension. La valeur ajoutée est apportée par des experts en conseil du patrimoine, de l’assurance (et la prise en compte des contraintes règlementaires associées), du digital ou encore de la gestion d’actifs fondamentale, qui se concentrent sur la génération d’alpha par l’allocation, principale source de performance d’un portefeuille.
Pour l’émetteur d’ETF, cette recherche d’efficience implique d’aller plus loin que la simple réplication d’un indice. Par exemple, le gérant devra optimiser la réplication d’indices larges, de manière à ce que les coûts de transaction n’impactent pas significativement la performance nette de l’ETF vis-à-vis de son indice de référence. Sur un univers obligataire aggregate comprenant plus de 25 000 émissions, la valeur ajoutée de la gestion sera de reproduire le profil de risque et le rendement, avec un échantillon d’environ 8 000 émissions.
Mais poursuivre cet objectif de démocratisation des solutions d’épargne nécessite aussi, pour un émetteur d’ETF, de constamment évoluer dans une industrie financière en pleine transformation. Pour y parvenir, le décloisonnement des expertises au sein des équipes, qu’il s’agisse de gestion active ou passive, doit devenir la règle, comme c’est le cas chez BlackRock. Dès lors, les gérants ETF se retrouvent dans des perspectives d'évolution et dans un environnement sans barrières entre gestion active et indicielle, munis d’un panel d'instruments allant de l'obligataire au smart beta, en passant par des produits ESG. Les marchés des ETF, historiquement organisés autour des grands indices classiques, dits « vanilles », ont désormais fait place à un choix toujours plus large, avec des stratégies plus adaptées à un environnement de marché évolutif.
Un enrichissement de la gamme
Depuis leur création aux États-Unis, l’évolution du secteur et des classes d'actifs « investissables » via les ETF a naturellement été majeure. Les diverses crises que nous avons traversées ont accéléré de nombreux changements structurels, permettant de changer fondamentalement le rôle des gérants d’ETF. Prenons un exemple personnel : à mes débuts dans cette industrie en 2006, les banques de financement et investissement fournissaient une liquidité quasi illimitée, surtout sur le marché obligataire. Les règlementations bancaires successives ont eu raison de cet état de fait. Cette réduction d’apport de liquidité bancaire a été en partie compensée par les échanges d’ETF obligataires (1 552 milliards de dollars sous gestion à fin 2020, selon le BlackRock ETP Landscape) entres investisseurs finaux.
La première évolution est donc l’essor des ETF obligataires. Cette classe d’actifs a révolutionné l’investissement, offrant une transparence sur la formation des prix aux investisseurs les plus sophistiqués. En effet, une proportion de l’univers obligataire corporate ne s’échange pas quotidiennement et ne bénéfice donc pas de prix en temps réels. Les ETF sur ce segment servent de baromètre quant à une valorisation de la classe d’actifs. Les attributs de liquidité sont ici les raisons de la croissance. Dans cette quête de modernisation du marché financier, BlackRock s’est par exemple efforcé de constituer des équipes d’experts du marché de capitaux pour la plupart venus de banques d’investissement et de financement, afin de fluidifier les échanges et assurer un écosystème toujours plus performant. Pour former les intervenants de marché, de la gestion au trading, nous avons également étoffé nos ressources en intégrant des spécialistes obligataires.
La deuxième évolution a permis d’offrir l’accès à l’investissement smart beta, qui réplique des stratégies telles que value ou momentum
Les méga-données ont elles aussi ouvert de nouveaux horizons aux émetteurs, qui peuvent désormais construire des ETF sur des thématiques très précises, avec des vertus de transparence, des exigences de liquidité et de diversification. Par exemple, les entreprises peuvent désormais être classifiées au travers de 1 400 sous-secteurs en fonction des données disponibles, contre une répartition traditionnelle sur une dizaine d’industries (technologie, automobile, énergie, télécommunication, etc.). Ainsi, les thèmes structurants qui portent les transformations du monde tels que l’innovation dans la santé, la robotisation ou encore la cybersécurité sont disponibles en ETF.
ETF ESG : une innovation pour les besoins de demain
L’industrie de la gestion d’actifs a le devoir de faciliter le financement de la transition vers une économie durable. À ce titre, plusieurs raisons feront des ETF un vecteur permettant d’offrir la clarté nécessaire pour aider à construire des portefeuilles plus durables.
L'indexation permet tout d’abord à l’investisseur de rester unique. Il peut contrôler le type d'« investisseur durable » qu’il souhaite être. L'investissement durable n'est en effet pas une solution unique et signifie pour chacun des méthodes et finalités différentes. La granularité des gammes d'indices et la transparence qu'ils offrent quant aux méthodologies permettent de choisir l'approche la plus adaptée à chaque portefeuille.
Ces instruments permettent aussi aux investisseurs de conserver de la cohérence dans leur approche à l’échelle de l'ensemble d'un portefeuille. Les indices sont intrinsèquement basés sur des règles, de sorte que les filtres et l'intégration ESG qu'ils déploient sont reproductibles, quelle que soit la classe d'actifs ou l'exposition.
Être un investisseur « passif » n’empêche pas d’être un actionnaire actif. Au contraire, le recours à des indices durables stimule la normalisation du secteur, favorise la transparence et cherche à motiver un comportement plus responsable des entreprises. Les entreprises sont davantage à l’écoute d’investisseurs indiciels de long terme, qui reviendront perpétuellement sur les demandes d’avancées en matière de durabilité qui n’auraient pas été traitées.
Enfin, ces nouveaux instruments n’impliquent pas, pour l’investisseur, de faire des concessions sur la performance financière. Les indices durables ont même fait preuve de résilience dans les moments difficiles.
Ce sont parmi les nombreuses raisons pour lesquelles nous pensons que les investisseurs choisiront d'investir 1 000 milliards de dollars supplémentaires