Gestion d'actifs

Fonds thématiques : une fausse bonne idée

Créé le

16.04.2020

Les fonds thématiques capturent l’imagination des investisseurs – et leurs actifs –, mais la prudence reste de mise.

 

Les fonds thématiques jouissent d’une popularité sans précédent en Europe : leurs encours ont triplé au cours des trois dernières années pour atteindre près de 105 milliards de dollars fin 2019 (voir Graphique 1). Il s’agit en très grande majorité de fonds gérés activement, même si la part des fonds passifs et ETF y progresse légèrement (de 4 % il y a 3 ans à 9 % actuellement).

Une offre pléthorique de plus en plus complexe

Ces fonds cherchent à bénéficier de tendances à la mode, comme la robotisation, le développement de l’intelligence artificielle, ou encore la légalisation attendue du cannabis. Autant de thématiques que les sociétés de gestion s’empressent de qualifier de « tendances séculaires », censées fournir un moteur de croissance pérenne et transcender les cycles économiques traditionnels. Ils s’appuient sur des histoires facilement compréhensibles et en apparence crédibles qui en appellent à nos émotions. Mais ces belles histoires sont loin d’en faire de bons investissements [1] . Dans les faits, ces fonds sont souvent investis sur des marchés de niche, offrent une piètre diversification sectorielle, et ne sont pas appropriés à une utilisation en cœur de portefeuille.

Un panorama de l’offre de fonds thématiques révèle les « histoires » les plus populaires auprès des investisseurs actuellement. À l’échelle globale, c’est le thème de la robotique et de l’automatisation qui concentre la plus forte proportion d’actifs. Suivent les fonds centrés sur la gestion des ressources naturelles. Ce groupe comprend notamment les fonds « water » qui investissent dans les entreprises spécialisées dans le traitement ou l’acheminement de l’eau potable, faisant le pari que la pénurie d’eau propre à l’échelle mondiale est une bonne source de rendements futurs. Sur la troisième place du podium, on retrouve des fonds spécialisés sur la « connectivité », en particulier l’essor des objets connectés ou les services urbains « intelligents » (Smart Cities). Difficile au final pour l’investisseur de faire son choix entre ces thématiques de plus en plus granulaires et, en apparence, toutes séduisantes.

Une espérance de vie faible et des performances en général décevantes

L’autre grand écueil des fonds thématique est leur espérance de vie courte, souvent bien plus courte que le temps nécessaire pour bénéficier, éventuellement, de la tendance sous-jacente. Historiquement, les périodes où l’on recense le plus de lancements de nouveaux fonds thématiques coïncident avec une forte hausse des marchés : en particulier le pic de la bulle internet à la toute fin des années 1990, ainsi que la période 2014-2019. Mais dès que le thème est passé de mode et n’est plus en mesure d’attirer les souscriptions, les sociétés de gestion n’hésitent pas à changer la stratégie d’investissement de ces produits, ou tout simplement de les liquider – à l’instar des fonds « internet » au début des années 2000.

À l’échelle globale, seuls 45 % des fonds thématiques lancés avant 2010 existent encore aujourd’hui. Et parmi ceux qui ont survécu, à peine 26 % ont réussi à surperformer l’indice MSCI World sur 10 ans à fin 2019. La probabilité pour un investisseur de choisir un fonds thématique susceptible à la fois de survivre sur une décennie et de battre la moyenne du marché est donc bien faible, de l’ordre de 11 %. Dans la grande majorité des cas, les investisseurs auraient été bien mieux servis sur le long terme en achetant un fonds d’actions internationales classique, diversifié sur l’ensemble des secteurs (y compris les plus traditionnels).

Il faut aussi garder à l’esprit que les fonds thématiques investissent pour la plupart dans des entreprises dont les multiples de bénéfices sont bien supérieurs à la moyenne du marché. Parmi les fonds thématiques recensés par Morningstar, 68 % ont un biais « croissance » marqué. Ces titres sont donc exposés à une correction de leurs cours si jamais les attentes du marché ne sont pas réalisées. S’il est relativement facile de trouver des valeurs en croissance, c’est autrement compliqué d’en trouver dont la croissance est sous-valorisée. Pour ce qui est des fonds thématiques liés au secteur de la technologie, ils affichent en particulier un biais vers les actions de croissance avec un fort « momentum ». Les facteurs de style fonctionnant de façon cyclique, ces fonds peuvent connaître de longues périodes de sous-performance. Ceci les rend difficile à utiliser par les investisseurs qui auront tendance à les acheter et à les vendre aux pires moments.

Autre mauvaise nouvelle pour les investisseurs, les fonds et ETF thématiques sont également plus chers que les fonds traditionnels. Par exemple pour les ETF thématiques, les frais de gestion moyens en Europe s’établissaient à 0,52 % à fin décembre 2019 contre 0,32 % pour leurs homologues classiques (non thématiques). Ces frais sont un frein sérieux à leur potentiel de surperformance sur le long terme. Le constat est similaire pour les fonds gérés activement.

Conclusion

Les obstacles sont donc nombreux pour que l’investisseur arrive in fine à bénéficier de la surperformance promise par les promoteurs des fonds thématiques. Sans compter que ces fonds n’ont souvent pas d’objectif de performance pertinent et facilement mesurable qui permette d’apprécier leur valeur ajoutée. Dans la plupart des cas, on ne peut que recommander de rester à l’écart de ce type de fonds. Pour ceux qui ne peuvent résister au chant des sirènes, une alternative plus raisonnable est de choisir un fonds diversifié de qualité où c’est le gérant qui va choisir les thèmes à privilégier, la façon de les exploiter et surtout à quels moments.

 

1 Voir également Mathieu Caquineau, « Fonds thématiques : ne vous laissez pas raconter des histoires. », Revue Banque n° 832, p. 88.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº844
Notes :
1 Voir également Mathieu Caquineau, « Fonds thématiques : ne vous laissez pas raconter des histoires. », Revue Banque n° 832, p. 88.