Gestion d'actifs

Fonds thématiques : ne vous laissez pas conter d'histoires…

Créé le

12.04.2019

-

Mis à jour le

29.04.2019

Les fonds thématiques cherchent à bénéficier de tendances à la mode comme la robotisation, le développement de l’intelligence artificielle, le mode de vie des millenials ou encore la cybersécurité. Mais ces belles histoires sont loin d’en faire de bons investissements.

Des histoires simples à la logique narrative implacable jouent sur nos émotions et peuvent nous conduire à des décisions irrationnelles en matière d’investissement. Les exemples historiques ne manquent pas.

Au XVIIIe siècle, la Compagnie de la mer du Sud en Angleterre avait attiré les investisseurs voulant profiter du boom du commerce des métaux précieux. Les dirigeants de la société avaient alors promis monts et merveilles, mettant en avant les droits de commerce exclusifs avec l’Amérique du Sud accordés à leur compagnie par le gouvernement britannique. Le récit était imparable mais les risques sous-estimés. Le prix des actions s’envola au-delà de toute considération économique avant de s’écrouler, laissant les investisseurs avec une fraction de leur investissement initial.

La spéculation sur les bulbes de tulipes au XVIe siècle trouve également sa source dans une histoire séduisante : les bulbes ne sont vendus que deux mois de l’année et, en tant que fleur rare de plus en plus prisée des notables de l’époque, sa valeur ne peut qu’augmenter. On connaît la suite de l’histoire…

Plus proche de nous, la frénésie qui s’était emparée des valeurs du secteur technologique à la fin des années 1990 a également mal tourné pour les investisseurs. Bon nombre de sociétés de gestion ont cherché à tirer profit de l’engouement populaire pour les valeurs « internet » en lançant des fonds dédiés à cette thématique. Au pic de la bulle, en 2000, on comptait une cinquantaine de fonds « internet » dans le monde. Une dizaine seulement subsistait 15 ans plus tard, en 2015. La technologie existe toujours et s’est formidablement développée, mais les fonds, eux, ont succombé.

Les fonds thématiques d’aujourd’hui

Les fonds et Exchange Traded Funds (ETF) thématiques que l’on trouve sur le marché aujourd’hui s’appuient également sur des histoires facilement compréhensibles et en apparence crédibles qui en appellent à nos émotions : développement de l’intelligence artificielle, digitalisation de l’économie, robotique, vieillissement de la population, cybersécurité… Mais au-delà de l’histoire que racontent ces fonds et de la promesse de surperformance qui les sous-tend, ils présentent de nombreux risques qui sont souvent sous-estimés par les investisseurs.

L’un des défauts de ces produits est d’investir sur des marchés de niche et d’offrir une faible diversification sectorielle. Parfois, il s’agit de fonds sectoriels déguisés avec les risques qui y sont associés. Par exemple, la plupart des fonds thématiques liés au secteur de la technologie affichent des forts biais vers les actions de croissance avec un fort « momentum ». Les facteurs de style fonctionnant de façon cyclique, ces fonds peuvent connaître de longues périodes de sous-performance. Ceci les rend difficile à utiliser par les investisseurs qui auront tendance à les acheter et à les vendre aux pires moments. Ce qui nous amène à une autre faiblesse de ce type de fonds. Les fonds thématiques ont généralement une faible espérance de vie, bien souvent plus courte que le temps nécessaire pour bénéficier, éventuellement, de la tendance sous-jacente. Dès que le thème est passé de mode et n’est plus en mesure d’attirer les souscriptions, les sociétés de gestion décident de changer la stratégie d’investissement de ces produits, ou tout simplement de les liquider – à l’instar des fonds « internet » au début des années 2000. En Europe, presque 80 % des ETF thématiques lancés avant 2012 ont été fermés depuis [1] .

Les fonds et ETF thématiques sont également plus chers que les fonds traditionnels. Par exemple, pour les ETF thématiques, les frais de gestion moyens en Europe s’établissaient à 0,59 % à fin septembre 2018, contre 0,38 % pour l’ensemble des ETF. Ils sont même plus chers que leurs homologues sectoriels (0,35 %). Les frais élevés ne sont jamais une bonne nouvelle pour les investisseurs.

Mais les fonds thématiques ont un autre problème plus sérieux. L’histoire racontée aux investisseurs sous-entend qu’il n’y a qu’un seul « pari » à prendre : il suffit d’identifier correctement une tendance de fond de l’économie (par exemple, la robotisation) pour générer une bonne performance boursière. En réalité, l’investisseur fait trois paris distincts :

  • le premier pari est que le thème choisi soit effectivement gagnant sur le long terme ;
  • le deuxième pari est que les sociétés sélectionnées dans le portefeuille du fonds bénéficient pleinement de la croissance du thème ;
  • le troisième pari est que la croissance de ces sociétés va se traduire par une meilleure performance boursière que le marché.
Ce dernier pari est sans le doute le moins évident. Pour que la croissance se traduise concrètement en surperformance boursière, il faut que les attentes du marché intégrées dans le prix actuel soient dépassées. Par exemple, un investisseur qui choisit un fonds dédié à la robotique mise sur le potentiel disruptif de cette technologie, mais également sur le fait que le marché n’a pas déjà reconnu ce potentiel, à savoir qu’il est n’est pas intégré dans les prix de marché actuels. Un rapide coup d’œil aux fonds « robotique » du marché permet d’en douter. Parmi la trentaine de fonds recensés sur ce thème dans la base de données Morningstar, la croissance des bénéfices attendus à cinq ans des sociétés en portefeuille est à peine inférieure à l’ensemble du secteur technologique mais pour des multiples de bénéfices bien supérieurs. Ces titres sont donc exposés à une correction de leurs cours, si jamais les attentes du marché ne sont pas réalisées. S’il est relativement facile de trouver des valeurs en croissance, c’est autrement compliqué d’en trouver dont la croissance est sous-valorisée.

Conclusion

Les obstacles sont donc nombreux pour que l’investisseur arrive in fine à bénéficier de la surperformance promise par les promoteurs des fonds thématiques, sans compter que ces fonds n’ont souvent pas d’objectif de performance pertinent et facilement mesurable qui permette d’apprécier leur valeur ajoutée. Dans la plupart des cas, on ne peut que recommander de rester à l’écart de ce type de fonds. Pour ceux qui ne peuvent résister au chant des sirènes, une alternative plus raisonnable est de choisir un fonds diversifié de qualité où c’est le gérant qui va choisir les thèmes à privilégier, la façon de les exploiter et, surtout, à quel moment le faire.

 

1 Voir l'étude Morningstar, « Picking Your Dream Theme », Kenneth Lamont, octobre 2018.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº832
Notes :
1 Voir l'étude Morningstar, « Picking Your Dream Theme », Kenneth Lamont, octobre 2018.