Interview de Bernard de Longevialle, Managing Director, et Thierry Grunspan, Director, Standard & Poor's Paris
Standard & Poor’s s’est réjoui des récents travaux du Comité de Bâle, pourquoi ?
Notre ratio RAC est un « outil maison », développé lors de l’élaboration de Bâle II, afin de pouvoir continuer d’analyser la capitalisation des banques sur une base comparable. Cette approche s’avère aujourd’hui anticiper sur ce que Bâle III est en train de mettre en place, par exemple par une définition des fonds propres comme devant être de meilleure qualité ou par une augmentation des fonds propres requis au titre des activités de marché.
Nous avions le sentiment que les exigences réglementaires sous-estimaient jusqu’ici les fonds propres nécessaires pour faire face aux risques induits par les activités de marché. Avec les nouvelles exigences de Bâle III, les risques pondérés à ce titre seront multipliés par 3 et, au total, convergeront vers les risques pondérés du RAC.
Il existe de fortes divergences aujourd’hui dans le niveau des fonds propres des banques. De manière générale, le niveau de fonds propres reste un facteur neutre ou négatif pour les niveaux de notes actuels. Si on écarte le coussin contracyclique, la photographie actuelle montre que les banques devront disposer de 7 % de fonds propres de common equity, sans produits hybrides. Le niveau actuel est plutôt de 6 %, ce qui signifie qu’un grand nombre d’établissements vont devoir accumuler suffisamment de profits non distribués pour être fin prêts d’ici 2013.
Quel est l’intérêt de la méthodologie de notation des banques que vous êtes en train d’implémenter ?
Dans la manière dont nous fixons notre « ancre », nous sommes en position d’ajuster le risque économique de manière préventive, en réaction à ce que nous percevons être des bulles d’activité, sans attendre qu’une crise arrive. En France, en cas de déséquilibre, le score passerait de 1 à 2 (peu risqué) sur une échelle de 10, ce qui peut paraître peu significatif. Mais nous serions en position d’abaisser les notes avant que la crise n’éclate face à une situation de déséquilibre. Précédemment, la tendance était d’estimer qu’un point fort équilibrait un point faible. Aujourd’hui, nous tendons à faire peser davantage les faiblesses que les forces. Ainsi, une banque qui aurait une belle stratégie, une bonne position de marché, sera néanmoins pénalisée si sa structure de refinancement est déséquilibrée.
N’est-ce pas un peu sévère ?
C’est l’un des enseignements des années que nous venons de traverser : les banques sont très sensibles à la confiance, elles sont dépendantes des marchés et de la stabilité des dépôts. Elles doivent être exemptes de faiblesses qui mènent à une perte même partielle de confiance. Ainsi, dans nos nouveaux critères, un élément positif peut faire progresser la note de 2 plots, alors qu’un élément négatif peut l’impacter de 5 points en négatif.
Quelles autres innovations apportez-vous dans la nouvelle méthodologie ?
Nous sommes très à l’écoute des décisions en cours dans le plan de résolution de crise. À l’avenir, il est possible que le principe du « too big to fail » soit battu en brèche. Nous devons nous préparer à ce qu’une banque puisse être démantelée sans contagion au système financier.
Notre méthodologie se veut ajustable, puisque nous créditons les établissements systémiques d’une note intrinsèque (Stand Alone Credit Profile) avant de leur attribuer un ou plusieurs plots supplémentaires selon le support éventuel des États. C’est donc un critère adaptable aux règles que les régulateurs retiendront en définitive.
En conclusion, le durcissement des fonds propres va dans le bon sens mais derrière ce principe fort, il faut aller plus loin et entrer dans les détails : la plupart des instruments subordonnés que les banques émettent aujourd’hui ne sont pas conformes aux exigences de demain. Celles-ci vont donc devoir renouveler dans les années qui viennent pour plusieurs centaines de milliards d’euros d’émission de titres subordonnés. La question se pose : comment vont se comporter les investisseurs à cet égard ?