La FinTech française : brillante mais pénalisée

Créé le

03.09.2015

-

Mis à jour le

11.09.2015

La FinTech française est à la fois foisonnante (elle couvre déjà tous les secteurs des services financiers), innovante (elle invente beaucoup de nouveaux services et modèles), performante (déjà des champions internationaux) et toutefois pénalisée par rapport à ses concurrentes étrangères.

Elle est certes confrontée aux mêmes contraintes que ses consœurs étrangères, mais en subit deux autres spécifiques et fondamentales : la fiscalité et le financement.

On ne développera pas ici le thème du poids, de la complexité et de la variabilité de notre fiscalité, mal endémique français et appui inespéré fourni aux concurrents étrangers ; seulement de son aspect largement rétif à l’entrepreneuriat en général et aux startups en particulier : lancer une startup, c’est encourir un risque (largement supérieur à une chance sur deux) d’échec et donc de perte totale de sa mise de fonds (et de son temps). Si l’on accepte de courir un tel risque, c’est avec à l’esprit un espoir de réussite et de gain à la hauteur du risque. Or notre fiscalité, infiniment plus lourde que celle des marchés concurrents, décourage les entrepreneurs : son poids est le même, que le contribuable soit un rentier ou un entrepreneur audacieux ayant tout misé et travaillé d’arrache-pied pour son projet, souvent sans rémunération pendant des années.

Les investisseurs internationaux reprochent fréquemment à nos startups de se lancer en France. Cela doit changer.

Le handicap de financement est relatif : il concerne surtout la levée de fonds d’amorçage. S’il est, en France, plutôt aisé de trouver du capital de premier lancement (petits montants, dit « love money ») auprès d’investisseurs individuels (Business Angels) du fait même des déductions ISF, ainsi que des capitaux post-point mort (« capital développement ») c’est au milieu que se situe la zone de danger mortel. En effet, les fonds dits « d’amorçage » et de lancement (« Early Stage ») sont encore peu nombreux, de sorte que la majorité des financements se trouve encore à Londres.

Il faut signaler que beaucoup de belles avancées visant à améliorer l’environnement des start-up ont été initiées en France (financements publics, incubation, déductions fiscales, statut de Jeune Entreprise Innovante, Crédit Impôt-Recherche, réglementation, volonté des Pouvoirs Publics incontestable, PEA-PME, etc.), mais beaucoup reste à faire pour rattraper Londres ou la Silicon Valley (40 000 Français y travaillent, principalement pour des entreprises américaines).

Une filière d’avenir à maintenir en France

De fait, la FinTech française s’expatrie. Beaucoup trop même. Il faut dire qu’elle est délocalisable ; d’où le risque de « double peine » : départ de nos meilleurs espoirs et arrivée massive des concurrents étrangers en France. La FinTech française crée des champions, des emplois qualifiés, des services nouveaux et innovants et met une pression utile sur l'industrie au bénéfice du consommateur. Elle se structure (création de France FinTech), car elle est significative, avec des besoins spécifiques, des ambitions légitimes ; elle fonctionne en réseau, en grappe, en communauté.

La France dispose d’atouts essentiels : infrastructures, formation, grands champions financiers, etc. ; Paris est arrivé en tête du classement des capitales internationales pour le capital intellectuel et l’innovation (étude PWC « Cities of Opportunity 6 », mai 2014), devant Londres, San-Francisco et Berlin. Ses FinTech elles-mêmes constituent un atout et une opportunité. La France est traditionnellement reconnue en finance et en technologie-mathématiques ; elle est donc légitime dans la conjugaison de ces deux savoir-faire. Elle peut soit occuper ce créneau, fabriquer des champions nationaux, soit laisser des concurrents étrangers occuper notre marché et les autres. Le seul choix interdit est l’inertie car, nolens volens, la FinTech prospérera.

Filière d’excellence en devenir, elle contribuera sans aucun doute au développement de notre économie et du rayonnement de la France et mérite qu’on la considère et l’accompagne.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº339