Dans une économie mondiale qui peine à se relancer après trois années de tourmente, les banques de financement et d’investissement (BFI) poursuivent leurs efforts d'adaptation. Sous l'angle métier, cela se traduit par des recentrages stratégiques sur le cœur d’activité ainsi que des rééquilibrages géographiques en vue de développer de nouveaux relais de croissance et assurer une rentabilité plus stable vis-à-vis des actionnaires.
Sécuriser les processus de gestion
En termes opérationnels, ces orientations ont été déclinées en programmes de transformation visant à poursuivre et renforcer la sécurisation des processus de gestion, l'amélioration de la productivité, la mise en conformité du système d'information avec les standards de l'industrie.
Le domaine des financements structurés s'inscrit pleinement dans cette tendance, avec des niveaux d'investissement dédiés aux fonctions support en progression notable depuis ces deux dernières années. À l'instar des activités de marché, les financements structurés se sont engagés dans une démarche plus marquée de standardisation et d’industrialisation de leurs processus de gestion, afin d'optimiser et de mutualiser leurs moyens, au niveau local, mais également dans une logique de lignes de support mondiales, organisées autour de grandes régions géographiques (
Pour soutenir ce nouveau modèle d'organisation, les BFI se sont, pour la plupart, engagées dans le remplacement de leurs systèmes informatiques locaux au profit d'une solution unique pour l'ensemble de leurs implantations. Et force est de constater qu’en la matière, le fabricant de logiciels Misys a pris une longueur d’avance en Europe avec sa solution Loan IQ.
Au-delà de ces transformations, il est également intéressant de signaler l’émergence d’offres de service pour compte de tiers, notamment celle de Bank Of New York Mellon. Portées à l’origine par l’arrivée sur le marché des crédits syndiqués des acteurs du buy side – ces derniers ne disposant pas des moyens de gestion appropriés pour suivre leurs portefeuilles –, ces offres s’étendent aujourd’hui au monde des banques qui pourraient y voir, à terme, une alternative à une gestion interne de tout ou partie de leurs processus de back-office.
Normaliser les échanges interbancaires
Pour autant, ces évolutions n'auraient pas été complètes si elles n'avaient pris en considération les problématiques d'échanges entre les acteurs, notamment entre l'agent des facilités et le syndicat des prêteurs. En effet, les processus d'échanges interbancaires n'avaient jusqu'alors pas fait l'objet de beaucoup de normalisation.
La croissance du marché des crédits syndiqués entre 2005 et 2007 (encadré 1) et l'arrivée des acteurs du buy side via les
Moderniser les infrastructures de marché
Consciente de la situation, la Loan Market Association
- sécuriser le traitement des opérations, et donc réduire les risques opérationnels et les pertes financières induites ;
- améliorer la transparence et la liquidité du marché ;
- réduire les délais de règlement (passer de 20 à 30 jours en moyenne à 10).
Gérer un pic d’activité
Si la crise, et la baisse des volumes qu’elle a engendrée, a rendu moins urgente la mise en œuvre de ces mesures, il n’en demeure pas moins que toutes les transactions importantes bouclées entre 2005 et 2007 vont arriver en phase de refinancement entre 2011 et 2012. À l’époque, ces opérations, en grande partie des leveraged buy-outs (LBO), avaient été conclues avec des syndicats de prêteurs de taille très importante, pouvant régulièrement dépasser les 200 participants. De fait, en fonction du niveau de renouvellement des lignes de crédit attendu, les impacts opérationnels seront plus ou moins importants. Même si l’ensemble des acteurs a gagné en maturité sur le plan opérationnel depuis 2005, le risque de surchauffe dans les middle et back-offices reste non négligeable du fait des modes d’échanges encore pratiqués à l’heure actuelle.
Par ailleurs, avec la perspective de l’entrée en application de Bâle III, et du resserrement plus important de la définition des fonds propres qu’elle implique, les banques pourraient être incitées à ne pas garder leurs créances et à les distribuer sur le marché secondaire.
L’ensemble des acteurs (emprunteurs, prêteurs, investisseurs) tireraient ainsi bénéfice de cette industrialisation des échanges, contribuant à rendre le marché plus transparent et plus liquide.
En s’appuyant sur une infrastructure plus efficiente, le marché des crédits pourrait faire figure de nouveau relais de croissance du marché de la dette en général.