Banque de financement et d’investissement

Financements structurés : vers la transformation des modèles opérationnels

Créé le

14.10.2010

-

Mis à jour le

06.01.2011

Le renforcement annoncé des obligations réglementaires et la nécessité d’améliorer sans cesse leur productivité amènent les banques de​ financement et d’investissement à mettre en place des plans de transformation opérationnelle, en particulier dans le domaine des​ financements structurés.

Dans une économie mondiale qui peine à se relancer après trois années de tourmente, les banques de financement et d’investissement (BFI) poursuivent leurs efforts d'adaptation. Sous l'angle métier, cela se traduit par des recentrages stratégiques sur le cœur d’activité ainsi que des rééquilibrages géographiques en vue de développer de nouveaux relais de croissance et assurer une rentabilité plus stable vis-à-vis des actionnaires.

Sécuriser les processus de gestion

En termes opérationnels, ces orientations ont été déclinées en programmes de transformation visant à poursuivre et renforcer la sécurisation des processus de gestion, l'amélioration de la productivité, la mise en conformité du système d'information avec les standards de l'industrie.

Le domaine des financements structurés s'inscrit pleinement dans cette tendance, avec des niveaux d'investissement dédiés aux fonctions support en progression notable depuis ces deux dernières années. À l'instar des activités de marché, les financements structurés se sont engagés dans une démarche plus marquée de standardisation et d’industrialisation de leurs processus de gestion, afin d'optimiser et de mutualiser leurs moyens, au niveau local, mais également dans une logique de lignes de support mondiales, organisées autour de grandes régions géographiques ( AMER, EMEA, APAC [1] ).

Pour soutenir ce nouveau modèle d'organisation, les BFI se sont, pour la plupart, engagées dans le remplacement de leurs systèmes informatiques locaux au profit d'une solution unique pour l'ensemble de leurs implantations. Et force est de constater qu’en la matière, le fabricant de logiciels Misys a pris une longueur d’avance en Europe avec sa solution Loan IQ.

Au-delà de ces transformations, il est également intéressant de signaler l’émergence d’offres de service pour compte de tiers, notamment celle de Bank Of New York Mellon. Portées à l’origine par l’arrivée sur le marché des crédits syndiqués des acteurs du buy side – ces derniers ne disposant pas des moyens de gestion appropriés pour suivre leurs portefeuilles –, ces offres s’étendent aujourd’hui au monde des banques qui pourraient y voir, à terme, une alternative à une gestion interne de tout ou partie de leurs processus de back-office.

Normaliser les échanges interbancaires

Pour autant, ces évolutions n'auraient pas été complètes si elles n'avaient pris en considération les problématiques d'échanges entre les acteurs, notamment entre l'agent des facilités et le syndicat des prêteurs. En effet, les processus d'échanges interbancaires n'avaient jusqu'alors pas fait l'objet de beaucoup de normalisation.

La croissance du marché des crédits syndiqués entre 2005 et 2007 (encadré 1) et l'arrivée des acteurs du buy side via les CDO [2] et les CLO ont engendré sur le plan opérationnel un nombre important de suspens de règlement et d’incidents de trésorerie, ainsi que des retards de paiement significatifs (parfois plusieurs semaines) tant sur le marché primaire que secondaire. Pour l’essentiel, cette situation trouve ses causes dans l'usage majoritaire de fax et documents papier dans les échanges entre acteurs (des millions de fax échangés chaque mois), et l'absence de références communes entre les contreparties pour réconcilier leurs opérations.

Moderniser les infrastructures de marché

Consciente de la situation, la Loan Market Association (LMA) [4] a lancé une initiative de modernisation des infrastructures de marché. Son objectif est de :

  • sécuriser le traitement des opérations, et donc réduire les risques opérationnels et les pertes financières induites ;
  • améliorer la transparence et la liquidité du marché ;
  • réduire les délais de règlement (passer de 20 à 30 jours en moyenne à 10).
Les solutions du marché, comme celles de DTCC (Loan/SERV) ou d’Euroclear Bank (LoanReach), permettent d’améliorer l'automatisation des échanges entre acteurs par l'usage de documents électroniques standardisés en remplacement des fax, de disposer d'une référence commune pour les produits et les participants du marché, de réconcilier les positions entre agent et participants et d’effectuer l’appariement des transactions des marchés primaire et secondaire ( encadré 2).

Gérer un pic d’activité

Si la crise, et la baisse des volumes qu’elle a engendrée, a rendu moins urgente la mise en œuvre de ces mesures, il n’en demeure pas moins que toutes les transactions importantes bouclées entre 2005 et 2007 vont arriver en phase de refinancement entre 2011 et 2012. À l’époque, ces opérations, en grande partie des leveraged buy-outs (LBO), avaient été conclues avec des syndicats de prêteurs de taille très importante, pouvant régulièrement dépasser les 200 participants. De fait, en fonction du niveau de renouvellement des lignes de crédit attendu, les impacts opérationnels seront plus ou moins importants. Même si l’ensemble des acteurs a gagné en maturité sur le plan opérationnel depuis 2005, le risque de surchauffe dans les middle et back-offices reste non négligeable du fait des modes d’échanges encore pratiqués à l’heure actuelle.

Par ailleurs, avec la perspective de l’entrée en application de Bâle III, et du resserrement plus important de la définition des fonds propres qu’elle implique, les banques pourraient être incitées à ne pas garder leurs créances et à les distribuer sur le marché secondaire.

L’ensemble des acteurs (emprunteurs, prêteurs, investisseurs) tireraient ainsi bénéfice de cette industrialisation des échanges, contribuant à rendre le marché plus transparent et plus liquide.

En s’appuyant sur une infrastructure plus efficiente, le marché des crédits pourrait faire figure de nouveau relais de croissance du  marché de la dette en général.

1 Americas, Europe/Middle East/Africa, Asia/Pacific. 2 CDO : Collateralised Debt Obligation ; titres de dette émis par un structure ad hoc, souvent véhicule de titrisation, qui achète et détient des obligations émises par des entreprises et des banques (on parle alors de Collateralised bond obligation) ou des prêts bancaires (on parle alors de Collateralised loan obligation). Source : Vernimmen. 3 4 Loan Market Association : créée en 1996 et basée à Londres, l’association des professionnels de la syndication de crédits rassemble plus de 420 membres. Ses activités s’étendent de l’Europe au Moyen-Orient.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº729
Notes :
1 Americas, Europe/Middle East/Africa, Asia/Pacific.
2 CDO : Collateralised Debt Obligation ; titres de dette émis par un structure ad hoc, souvent véhicule de titrisation, qui achète et détient des obligations émises par des entreprises et des banques (on parle alors de Collateralised bond obligation) ou des prêts bancaires (on parle alors de Collateralised loan obligation). Source : Vernimmen.
3
4 Loan Market Association : créée en 1996 et basée à Londres, l’association des professionnels de la syndication de crédits rassemble plus de 420 membres. Ses activités s’étendent de l’Europe au Moyen-Orient.