Pouvez-vous rappeler quelles sont les activités du groupe ?
ENGIE est aujourd’hui centré sur trois grands métiers :
– le métier des « solutions clients », qui présente de fortes perspectives de croissance. Il couvre plusieurs expertises autour de deux concepts : tout d’abord, les offres qui permettent de réduire les consommations (efficacité énergétique des bâtiments, réseaux de chaud et de froid, performance des systèmes de transport publics, etc). Ensuite, une fois que nous avons aidé nos clients à consommer moins d’énergie, nous « verdissons » le plus possible cette énergie. Nous faisons cela à l’aide de la production sur site, du photovoltaïque, des micro-réseaux, etc. Ce métier représentait environ 20 % du résultat opérationnel courant du groupe en 2018.
– ENGIE est le premier producteur indépendant d’électricité dans le monde. Le groupe compte 102 gigawatts de capacité installée à fin juin 2019. Cette capacité se décompose en 26 % d’énergies renouvelables, qu’il s’agisse d’hydraulique, d’éolien, ou du solaire, 54 % de gaz et 6 % issus du nucléaire avec les 7 réacteurs nucléaires que nous exploitons en Belgique. Enfin, nous avons un reliquat de charbon à hauteur d’environ 6 % de notre capacité de production, mais rappelons que ce pourcentage était de 15 % en 2015 et nous allons continuer de le diminuer : fin décembre 2019, ce chiffre avait déjà baissé à 4 %. Ce métier représentait environ 30 % du résultat opérationnel courant du groupe en 2018 ;
– enfin, les infrastructures énergétiques, un métier bien connu en France. Il couvre le transport, la distribution et le stockage de gaz. Ce métier représentait environ 45 % du résultat opérationnel courant d’ENGIE à fin 2018.
Quels sont les objectifs fixés par le plan stratégique 2019-2021 annoncé en fin d’année dernière ?
Avant de parler des perspectives, rappelons qu’ENGIE, grâce au recentrage sur ces trois métiers, a été capable de retrouver en 2018 le chemin de la croissance. Alors qu’en 2015, avant le plan de transformation, nous étions en décroissance organique de -9 %, nous avons affiché 5 % de croissance organique au niveau de l’EBITDA. Nous avons également amélioré la rentabilité de nos capitaux employés puisque notre ROCE
Pour les perspectives, notre objectif est d’atteindre une croissance du résultat net part du groupe de 7 à 9 % en moyenne par an entre 2018 et 2021. Nous attendons une forte croissance dans les renouvelables et les solutions clients.
Le gaz reste un élément important de votre énergie mix : comment l’envisagez-vous dans votre stratégie ?
Le gaz reste absolument nécessaire pour parvenir à réaliser la transition zéro carbone. C’est la meilleure option pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables et il deviendra renouvelable à terme. Ce gaz décarboné apporte des propriétés uniques qui en font l’associé naturel des énergies renouvelables électriques : il se stocke facilement et n’est pas intermittent. Il permet d’éviter d’augmenter la pointe de consommation électrique en hiver qu’on ne sait pas satisfaire par de l’énergie décarbonée.
Comment déclinez-vous la production de gaz, entre gaz naturel et gaz vert ?
ENGIE ne produit pas de gaz naturel. Nous avons cédé en 2018 notre activité de production et d’exploration d’hydrocarbures. À l’inverse, ENGIE est un acteur très engagé dans le verdissement du gaz (biogaz, biométhane, hydrogène vert).
Ce sont par exemple 800 millions d’euros que nous mobiliserons dans les prochaines années pour développer les gaz verts en France.
Qu’attendez-vous de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2028 en cours d’élaboration par le gouvernement ? Isabelle Kocher avait exprimé des craintes de voir la PPE très ou trop centrée sur l’électricité au détriment du gaz ?
Nous saluons un certain nombre d’avancées du projet de Programmation Pluriannuelle de l’Energie rendu public le 20 janvier par le Ministère de la Transition écologique et solidaire.
Le groupe se félicite par exemple de l’importance donnée à l’efficacité énergétique, aux énergies solaire et éolienne ainsi que de l’accent mis sur le développement d’une filière d’hydrogène vert. ENGIE reste toutefois vigilant sur les trajectoires prévues pour le biométhane.
ENGIE souhaite renforcer une activité d’investissement dans les infrastructures de production d’énergie, principalement renouvelable : pouvez-vous détailler cette stratégie ? Comment sera-t-elle financée ?
ENGIE a développé au fil des années une grande expertise dans la structuration et le financement de projets. Nous avons également une connaissance assez fine des investisseurs. Le groupe a donc décidé de faire de l’agrégation de financement une part essentielle de ses solutions clients. Cela nous permet d’une part d’optimiser le coût du capital et donc d’être plus compétitif sur nos projets, et d’autre part de réduire l’intensité capitalistique des projets. Prenons l’exemple du renouvelable. Dans ce métier, ENGIE est présent sur l’ensemble de la chaîne de valeur : la conception, l’ingénierie, la construction, l’exploitation, la maintenance, etc. Nous sommes devenus en quelques années le 2e développeur européen d’énergies renouvelables. Nous avons un portefeuille de projets très important et leur financement fera largement appel au modèle DBSO (Develop, Build, Share, Operate) : ENGIE met en œuvre toutes ses capacités d’ingénierie pour concevoir, financer et construire des capacités de production d’énergie renouvelable. Une fois ces capacités construites, ENGIE cède partiellement sa participation et conserve l’exploitation et la maintenance de l’actif. Ce modèle permet d’amplifier l’impact du potentiel de développement solaire et éolien dans de nombreux pays. Très concrètement, nous avons annoncé que nous développerions 9 GW supplémentaires d’énergies renouvelables entre 2019 et 2021. Ces capacités supplémentaires nécessitent un investissement brut d’environ 9 milliards d’euros, qui grâce au modèle DBSO, ne mobiliseront qu’un montant limité à environ 2,5 milliards d’euros au niveau d’ENGIE.
À qui allez-vous vendre des participations dans ces projets ?
Il existe aujourd’hui des investisseurs financiers qui sont prêts à investir dans les actifs renouvelables. Par exemple, plus de 50 % des actifs solaires européens sont détenus par ce type d’investisseurs. Nous avons d’ailleurs annoncé il y a quelques jours la signature d’un partenariat stratégique avec Edelweiss Infrastructure Yield Plus Fund (EIYP) pour l’énergie solaire en Inde. ENGIE vendra notamment à EIYP une participation de 74 % dans 12 actifs solaires totalisant 813 MWc de capacités installées.
Procédez-vous de la même façon pour le gaz en termes de financement ?
Nous avons acquis en 2019 la société TAG (Transportadora Associada de Gas), un opérateur brésilien qui détient 4 500 kilomètres de gazoducs que nous avons racheté avec la Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ) à hauteur de 90 % à Petrobras pour un montant de 8,6 milliards de dollars. ENGIE détient en direct ou par le biais d’ENGIE Brasil Energia un peu plus de 49 % de TAG. Cette acquisition a été structurée avec un ratio dette/capitaux propres de 70/30.
En matière de financement, nous avons parlé infrastructures, énergies renouvelables, mais pas encore parlé de solutions clients…
Dans les solutions clients, nous avons des activités dites assets light, qui sont peu gourmandes en capital mais en revanche « human intensive ». ENGIE compte environ 160 000 salariés dont plus de 110 000 spécialisés dans les solutions clients. A l’inverse, pour les solutions dites asset-based, qui reposent sur des actifs et nécessitent des investissements parfois conséquents, le modèle DBSO est également appliqué.
En 2017, nous avons remporté avec Axium Infrastructure, une société de gestion de placement, un contrat de partenariat public-privé de plus de 1 milliard d’euros sur 50 ans pour assurer la gestion durable de l’énergie de l’Université d’Etat de l’Ohio, l’un des plus grands campus universitaires des Etats-Unis avec 485 bâtiments.
Qui sont les actionnaires d’ENGIE ? Quelles sont leurs attentes ?
Nous avons trois grandes typologies d’actionnaires : les investisseurs institutionnels qui représentent environ 60 % du capital, l’Etat français qui en détient 24 %, et les actionnaires individuels et salariés qui détiennent environ 10 %, le restant appartenant notamment à CNP et CDP. A l’image de Blackrock, les actionnaires veulent s’engager dans des entreprises responsables. L’investissement ISR se développe. Les investisseurs ont bien sûr également des attentes en termes de croissance, de rentabilité, de rendement, de performance du cours de bourse, etc.
Quelle est la stratégie d’ENGIE en matière de Green Bonds ?
Nous sommes parmi les trois plus importants émetteurs corporate de Green Bonds au monde. Notre première émission a été placée en 2014 ; au total, nous avons émis 6 Green Bonds pour un total qui approche les 9 milliards d’euros. C’est un levier important qui permet d’une part de financer la transition zéro carbone de nos clients et d’autre part de répondre à une forte attente des investisseurs. Ils répondent à un cahier des charges extrêmement précis basé sur une série de critères d’éligibilité environnementaux, sociaux et sociétaux déterminés avec l’agence de notation extra-financière Vigeo Eiris.
Les actionnaires et les investisseurs peuvent-ils inciter les entreprises à accélérer leur transition énergétique ?
Ils ont un rôle à jouer bien sûr notamment en privilégiant les entreprises qui optent pour une croissance rentable et durable. Une « prime à la vertu » en quelque sorte.