Financement des entreprises : « les investissements productifs de capacité sont moins nombreux »

Créé le

17.10.2013

-

Mis à jour le

31.10.2013

Alors que la Caisse d’Épargne Rhône-Alpes est toujours en phase de conquête sur le marché des personnes morales (entreprises, grandes associations, organismes de logement social), elle vient de modifier son organisation interne, afin de mieux satisfaire les besoins de cette clientèle. L’occasion de faire le point sur les financements consentis et les effets de la crise économique sur les entreprises de la région…

Quel état des lieux faites-vous du financement des entreprises dans votre région ?

La Caisse d’Épargne Rhône-Alpes travaille sur cinq départements parmi les plus dynamiques de la région Rhône-Alpes : l’Isère, la Savoie, la Haute-Savoie, l’Ain et le Rhône. C’est une région économiquement diversifiée avec une base industrielle forte, un esprit entrepreneurial exceptionnel et un écosystème autour de l’innovation particulièrement développé. On trouve des entreprises emblématiques, soit parce qu’elles sont au cœur des nouvelles technologies, soit parce qu’elles ont su se développer par l’innovation, l’exportation ou l’implantation sur les marchés étrangers. C’est une région qui bénéficie d’un tissu très vivant, composé à la fois d’entreprises familiales et de filiales de groupes importants.

Comment intervenez-vous sur ce secteur ?

En tant que banque coopérative, nous sommes très impliqués dans la vie de la région, par l’intermédiaire de notre réseau de 300 agences et 5 centres d’affaires et par notre politique active de financement des acteurs économiques de la région. Sur le segment spécifique des entreprises, notre clientèle est constituée d’ETI, de PME et de filiales de grands groupes. Les Caisses d’Épargne se sont récemment développées sur le segment des entreprises : si         nous avons démarré notre activité en participant à des syndications, nous nous positionnons aujourd’hui comme une banque d’entreprises à part entière, avec une stratégie claire d’être dans le premier cercle des banquiers d’entreprises. Nous répondons à la totalité des besoins des entreprises par la mise à disposition d’une palette de produits et de services (flux, international, affacturage, crédit-bail, produits salariaux…). Nous avons développé une activité de conseil à destination du chef d’entreprise, en haut de bilan, gestion de fortune ou fusions acquisitions. Enfin, un département Financements structurés basé à Lyon complète ce dispositif. En 2012, nous avons octroyé près de 315 millions d’euros aux entreprises et plus de 1 667 millions d’euros à l’ensemble des personnes morales.

La crise influe-t-elle dans les besoins de financement des corporates, par exemple sur les montants ou la nature des crédits ?

Globalement, les investissements productifs de capacité sont moins nombreux que les renouvellements d’actifs. Ainsi, sur le segment des LBO, nous sommes souvent sollicités, mais ceux-ci ne contribuent pas directement à la capacité productive de la région. Des solutions alternatives de financement tel l’affacturage, le crédit-bail… vont continuer de se développer de façon très satisfaisante.

Avez-vous constaté une montée des risques corporate ?

Globalement, les trésoreries sont plus tendues, compte tenu de la faiblesse de l’activité et des limites de l’ajustement des structures. Mais nous n’avons pas connu une forte montée des risques sur le marché entreprises ce qui s’explique par le dynamisme de la région et la qualité du tissu industriel. Dans ce domaine également, il convient de noter que les risques sur les PME se sont accrus de façon plus importante que sur les ETI et sur les filiales de grands groupes.

Les contraintes réglementaires (Bâle III, CRD 4) pèsent-elles sur votre capacité à faire du crédit ?

Bien sûr, nous les intégrons dans notre stratégie de développement commercial. Elles nous conduisent à raisonner avec nos clients en termes de relation globale équilibrée tant pour la banque que pour le client. Nous observons que le nouveau contexte réglementaire contribue à des ajustements de stratégie et allonge les processus de décisions de syndication.

Les entreprises sont-elles incitées à aller se financer sur les marchés plutôt que par crédit bancaire ?

Nous constatons qu’il y a une réflexion pour mettre à disposition des ETI ou des PME les techniques de financements alternatives utilisées actuellement par les grands groupes (marché financier…) ; nous participons à ces réflexions avec des acteurs tels que les CCI, l’association Lyon Place tertiaire et financière…

La BPI est-elle active dans votre région ?

Nous considérons que notre région a déjà un « esprit BPI », les agents économiques privés et publics agissent traditionnellement de concert. Nous avons beaucoup de dossiers avec OSEO, la CDC, les banques privées, les fonds d’investissement… L’écosystème financier de la région nous paraît efficace et bien dimensionné. La BPI permettra de lui donner une visibilité supplémentaire.

Concernant plus particulièrement la Caisse d’ Épargne Rhône Alpes, pourquoi avoir récemment réorganisé votre pôle de financement des entreprises ?

Notre stratégie de vouloir appartenir au premier cercle des banquiers de l’entreprise nous a poussés à réorganiser notre direction du marché entreprises avec l’objectif d’une meilleure segmentation de la clientèle et d’une plus grande proximité avec les agents économiques du territoire. Ainsi nous avons créé un centre d’affaires grandes entreprises basé à Lyon et une direction des centres d’affaires PME sur tout le territoire, basé à Grenoble.

Par ailleurs, nous avons mis en place un Centre d’expertise offres et solutions où sont logés les experts commerciaux produits qui viennent en appui des chargés d’affaires, et où travaillent une trentaine de chargés d’affaires entreprises et une douzaine d’experts commerciaux.

Afin de compléter ce dispositif, nous allons lancer une banque d’affaires Caisse d’Épargne Rhône Alpes qui regroupera les expertises à disposition du chef d’entreprises (conseil LBO fusions-acquisitions, gestion de fortune) afin de développer les synergies entre les réseaux et les métiers et d’accroître notre visibilité sur le territoire.

Par ailleurs, nous réfléchissons à mieux appréhender les problématiques de l’innovation, en mettant à disposition une gamme de services et conseils à destination des entreprises innovantes en complément d’une politique active de souscription dans les fonds régionaux spécialisés (RAC…).

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765bis