Quelle est la situation du financement des collectivités locales ?
À l’heure actuelle, les banques commerciales ne sont pas en mesure de prêter à très long terme ; la CDC propose des crédits dont la maturité correspond aux besoins des collectivités, mais les liquidités disponibles sont largement insuffisantes, 500 000 euros tout au plus. L’incidence de tout ceci, c’est que l’on manque de liquidités pour financer les projets.
Facteur aggravant, certaines des dispositions que contient le PLF 2013 risquent d’assécher les financements liés à la mise en place de délégations de service public (DSP) ou de partenariats public-privé (PPP).
Pouvez-vous préciser ce point?
Le plafonnement de la déductibilité des intérêts d’
Avec la mesure telle que prévue dans le PLF 2013, les exploitants de ce type d’infrastructures ne peuvent plus déduire les charges financières afférentes à ces projets. En réduisant drastiquement la marge des exploitants, l’État pourrait bien signer la condamnation de ces montages. C’est inquiétant.
L’offre de LBP permettra-t-elle de répondre aux besoins de financement des collectivités ?
Ni les enveloppes annoncées, ni les durées de crédit ne
Dans ces conditions, quelle stratégie avez-vous adoptée dans votre municipalité ?
Afin d’assurer un accès stable et pérenne aux financements, j’essaie de créer un système autarcique, indépendant des prises de décision et de l’état du marché. Je me suis donc lancé sur la piste des emprunts obligataires. Nous avons démarché les banques et entamé les travaux nécessaires pour initialiser un système de notation, qui devrait bientôt être effectif.
La situation de Chartres est propice à ce type de financement : l’agglomération est proche de Paris, bénéficie de son dynamisme, et a connu une croissance à deux chiffres en 2011. En outre, nous possédons la taille critique requise en termes de volant de projets, puisque le total des projets à financer dépasse le milliard d’euros.
Nous avons été démarchés par une agence française, qui travaille pour le compte de clients chinois. Les banques chinoises souhaitent développer une activité bancaire en France, en particulier auprès d’une clientèle de collectivités locales. Pour ancrer davantage cette relation dans la durée, je vais également lancer un emprunt obligataire au travers d’une SEM, toujours avec les Chinois.
Avez-vous rencontré des difficultés dans la mise en place de ce financement ?
Comme cet
Notre démarche ne nous a pas attiré que des sympathies : le circuit, avec un nombre restreint d’intermédiaires, est moins coûteux ; j’ai également eu des réflexions de la part de représentants de l’État dont la fibre patriotique était mise à mal par ma démarche. Les socialistes m’ont accusé de vendre Chartres aux Chinois, mais dans le même temps, le directeur financier de la communauté urbaine de Lille métropole a cherché à s’associer à nos démarches…
Quel est l’intérêt des banques chinoises ?
Elles souhaitent apprendre de nos projets. Je l’ai bien compris, et c’est pourquoi je leur ai proposé d’être associés à notre démarche projet. Ce type d’échanges n’est pas pour me déplaire.
Quelles options s’offrent aux communes plus petites ?
Lorsque j’ai souscrit des emprunts qui se sont avérés toxiques, j’ai bien évalué mes risques. Je ne suis en vérité pas concerné par la toxicité. Je pratique une gestion dynamique de la dette et renégocie régulièrement les conditions.
Les petites communes ne sont pas en mesure d’imiter cet exemple : leur volant de financements est insuffisant. Si elles souhaitent sortir d’un emprunt toxique, elles sont obligées de payer une soulte très élevée, liée à la couverture que les banques ont négociée par ailleurs pour se prémunir du risque.
Le projet de création d’une banque des collectivités vous paraît-il pertinent dans ce contexte ?
À partir du moment où les collectivités locales ne déposent pas de fonds dans les banques, c’est logiquement le Trésor public qui devrait être leur banque de prêt. Une part de l’avance de trésorerie que les collectivités consentent à l’État pourrait très bien être allouée à un tel établissement. Cependant, quelle que soit la structure, le principal problème est lié à la gouvernance de cet établissement. Comment administrer un établissement public en le rendant imperméable à un changement de majorité politique ? Comment rédiger les statuts d’un conseil d’administration qui aurait droit de vie et de mort sur les collectivités ? Comment en assurer la neutralité ?
Quel rôle la BPI pourrait-elle jouer dans le financement des collectivités ?
Pour le moment, aucune proposition concrète n’a été formulée dans ce sens. J'attends que le projet soit rendu public. Dans le même temps j’ai des projets qui eux n’attendent pas, amènent de la croissance et doivent trouver des financements.