La désintermédiation du financement favorise l’émergence de nouveaux modèles portés par des différents acteurs. En 2012, certains acteurs de la sphère régulée (assureurs, sociétés de gestion et banques) ont redonné vie au modèle originate to distribute, qui consiste à originer des créances puis les sortir du bilan, pour répondre à la raréfaction du crédit bancaire sur certains secteurs. Parallèlement, certains intermédiaires se sont positionnés sur une stratégie d’invest to lend permettant à des acteurs essentiellement institutionnels d’investir directement dans l’
Une volonté politique affichée
Nul doute sur la volonté politique de ne pas rester passif sur le sujet. Tant Michel Barnier, le 3 juin 2013, que François Hollande, le 29 avril 2013, se sont prononcés en faveur du rôle de la finance participative dans l’économie et de leur volonté de lever les freins réglementaires à leur développement. « Le crowdfunding peut contribuer à renforcer l’esprit d’entreprise et la cohésion sociale de notre continent » souligne Michel Barnier. Ce souffle positif qui plane sur la finance participative nous laisse espérer une issue favorable. Néanmoins, le sujet est complexe si l’on en croit les expériences dans d’autres pays.
Le caractère protéiforme du financement participatif
En août 2012, les États-Unis étaient les précurseurs en matière de réglementation du crowdfunding avec la publication du
- le don ;
- un mécanisme de récompense non financière ;
- le prêt ou autres mécanismes équivalents ;
- enfin, des instruments financiers.
Pour construire un cadre légal, il conviendrait d’extraire les spécificités de la finance participative. L’utilisation d'Internet côté investisseurs et côté cible n’est pas une caractéristique suffisante. D’ailleurs, en matière d’épargne ou d’opérations bancaires, la relation à distance a en général pour effet d’alourdir les obligations de l’intermédiaire, afin de renforcer la protection de l’épargnant internaute. « Dans cette relation Internet, l’apport essentiel d’une plate-forme réside dans sa capacité à amener des investisseurs et porteurs de projets à se faire confiance, comme le souligne Yann Le Jeune, fondateur de la Société
Ce sont les spécificités intrinsèques de la finance participative qui pourront justifier un régime réglementé ad hoc pour l’intermédiaire (plate-forme) et dans la relation investisseurs-porteurs de projet, au regard du droit bancaire et financier. Ces spécificités sont notamment :
- sectorielles : intérêt général, innovation, social, valeurs ;
- juridiques : lien non exclusivement financier entre l’investisseur et le porteur de projet (dimension affective) ;
- dimensionnelles : volumes et montants en jeu.
Du côté de la gestion d’actifs
Dans cette démarche, il apparaît nécessaire de rapprocher les professionnels de la gestion d’actifs et ceux de la finance participative, qui n’ont pas connaissance des véhicules déjà existants et de leur architecture. La France dispose d’un panel de véhicules de gestion collective, qui peuvent répondre à beaucoup de modèles de finance participative. Nous citerons, en exemple topique, le fonds commun de titrisation (FCT). « Ces fonds, dont le passif est constitué d’une seule catégorie de parts souscrites par les investisseurs de sorte que leur détention soit économiquement équivalente à la détention des prêts sous-jacents permettent à des investisseurs de financer directement l’économie dans différents secteurs (immobilier, collectivités territoriales…). Ils sont couramment appelés Fonds de prêts à l’économie, afin de les distinguer des opérations de titrisation au sens de la directive européenne CRD 3 » précise Nolwenn Simon, DGA Finance d’
Cédric Teissier, cofondateur de
Des adaptations nécessaires
Nous pourrions dupliquer cette analyse à plusieurs catégories de véhicules existant qui pourraient tous, en théorie, s’adapter à une stratégie fondée sur des profils d’investisseurs (passif) et de cibles d’investissement (actifs) prédéfinis. La principale difficulté de ces projets réside dans l’ouverture de la souscription des véhicules à des investisseurs particuliers internautes. La dérogation pourrait reposer sur les caractéristiques communes de la finance participative (montants d’investissement, besoins des cibles, secteurs, garantie, prêt participatif, objectif social…) créant un environnement et des règles d’investissement moins risqués que les fonds d’investissements alternatifs (FIA) existants (pass-through, pas d’effet de levier, etc.).
Quant au statut réglementé de la plate-forme, il doit pouvoir varier en fonction de son implication dans la relation investisseurs-(véhicules)-porteurs de projets, pouvant aller du simple prestataire technologique à l’établissement de crédit-PSI (à l’image de Prêt d’Union), sans oublier le statut d’émetteur de monnaie électronique qui peut répondre à certains projets de collectes prépayés. Il nous paraît important de conserver cette souplesse.
Enfin, nous pouvons inviter le régulateur à considérer la notion de « biens divers » définie dans le Code monétaire et financier qui permettrait d’encadrer un certain nombre de projets d’investissements directs avec retour financier sans l’intervention de véhicules, et devrait, avec quelques aménagements en fonction des volumes traités et des risques pour l’investisseur, répondre aux besoins du marché.
Bonne volonté et transparence
Il est important de saluer la bonne volonté des plates-formes Internet et leur énergie à trouver un cadre légal adapté qui permettrait de créer un climat de confiance nécessaire à la réussite du secteur. La démarche de transparence des nouveaux entrants vis-à-vis des régulateurs le démontre tous les jours.
Nous attendons un projet de texte soumis à consultation courant septembre permettant d’insérer certaines exemptions au Code monétaire et financier. Cependant, le statut de société de financement participatif aura probablement des difficultés à émerger au niveau domestique français. Nous espérons néanmoins que la France – passée en 2012, dans un contexte de perte d’attractivité, au 3e rang européen derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne – saura considérer la demande des entrepreneurs français de ce nouveau modèle d’invest to support et apporter un environnement réglementaire et fiscal compétitif et sécurisé.