Les banques islamiques, appelées dans les pays anglo-saxons « the interessless
I. État des lieux
Les banques islamiques se sont développées progressivement ces dernières années, dans les pays musulmans et non musulmans. Les statistiques estiment que le total de leurs avoirs dans le monde dépasse 250 milliards de dollars et qu’il augmente de 15 % par
Le système de la finance islamique est simple : prévenir certaines interdictions (haram) et se centrer sur le commerce licite (halal) ; il est basé sur le partage du profit issu de l’interdiction de la riba. La riba, principale interdiction en la
1. Une finance basée sur le partage et la coopération
La finance islamique, tout en respectant l’interdiction des intérêts (usure), génère des profits par d’autres
Le PLS est un principe de coopération et d’association dans le commerce fondé sur le partage du risque. En effet, l’islam n’admet pas que le risque soit transféré en même temps que le capital, comme c’est le cas dans la finance conventionnelle. Le risque est dès lors partagé entre le détenteur de fonds (investisseur) d’un côté, l’intermédiaire financier (la banque) et l’utilisateur de ces fonds (l’emprunteur) de l’autre. L’islam exige que le profit de l’investisseur soit proportionnel à celui de l’entrepreneur. Si le résultat du commerce est positif, les bénéfices seront partagés selon une quote-part déterminée lors de la conclusion du contrat. En revanche, si le résultat est négatif, la perte financière sera à charge du seul détenteur de capitaux, l’entrepreneur aura alors perdu son temps et fait de vains
Dans la structure du PLS, deux grandes parties entrent en jeu : l’épargnant, étant la partie qui investit dans la banque et, indirectement, qui donne le crédit, et l’entrepreneur, qui demande le crédit. En d’autres termes, le système de moucharaka (association) fonctionne non seulement dans des relations d’investissement mais aussi dans celles de crédit. À l’origine, la banque est l’intermédiaire entre ces deux parties. Dans la finance islamique, les banques sont une partie de cette relation de moucharaka.
Ce partage du risque et le système de moucharaka, donnent une flexibilité au système bancaire islamique, qui devient le moteur de richesse économique de la société. L’avantage est que la moucharaka s’enrichit « de l'
2. Les mécanismes propres au système bancaire islamique
Le système bancaire financier islamique a mis en place des mécanismes financiers particuliers pour être rentable tout en étant capable d'entrer en compétition avec les banques classiques.
Si la finance islamique refuse le fait de revendiquer ex-ante les profits des opérations
Le contrat de moudharaba est l’exemple le plus pertinent de contrat
Dans les contrats à revenus fixes, en revanche, on peut déterminer dès le départ les profits. Les instruments financiers à revenus fixes sont des instruments qui permettent de financer des opérations commerciales (mourabaha), des biens marchands (salam), des opérations industrielles (istisna) ou encore de gérer des locations (ijara) ou des locations-ventes/crédit-bail (ijara mountahia bi Istimlak).
De par la variété des contrats pour chaque besoin financier, on peut prétendre que les instruments financiers islamiques ne sont pas créés seulement pour la nécessité d’emprunter de l'argent, mais aussi pour développer l’économie nationale des pays musulmans dans le cadre d'un bien-être économique, d'une justice sociale et de l’égalité, nommée
II. Protection des valeurs islamiques à travers la gestion du risque
Nous avons évoqué plus haut le fait qu’en finance islamique, la gestion du risque présente une particularité. Celle-ci vient du fait que les mécanismes et contrats bancaires islamiques eux-mêmes participent à la gestion du risque. Les mécanismes sont plutôt basés sur un système de surveillance et de prévention. C’est dans ce cadre qu’intervient le Conseil de supervision de la charia (Charia Supervisory Board) au sein d’une banque islamique. Il a pour objectif de surveiller les structures et les fonctions des banques islamiques. Son rôle est donc de vérifier la conformité des produits financiers de la banque avec les règles religieuses financières. La gouvernance du Conseil de la charia est une gouvernance religieuse et en même temps une pratique financière. On peut même aller plus loin et prétendre que sa gouvernance est comparable à celle de la gouvernance d’entreprise.
Si le Conseil de la charia a une fonction de prévention et de surveillance, la charia elle-même prévoit d'autres mesures pour éviter le risque (1.) ; toutefois, les défis envers la gestion du risque dans le modèle islamique persistent (2.).
1. Protection des valeurs et la gestion du risque
La protection des valeurs dans la finance islamique peut être envisagée par le biais des techniques de la gestion du risque. Celle-ci a une nature plutôt dépénalisée et de prévention.
Sans trop insister sur les différents types de risques dans la finance
khiarat en arabe signifie littéralement « pouvoir ». Au sens propre du terme, ce sont les options et les clauses. En droit des contrats islamiques, le khiyar est le pouvoir d'annuler ou de résilier le contrat. Les juristes reconnaissent plusieurs types différents de khiar :
- khiyar al ru’yah : possibilité d'annuler la transaction lors d'une inspection de marchandise. Ceci permet à l’acheteur d’annuler le contrat s’il trouve que la marchandise ne correspond pas à celle originellement évoquée par les parties au contrat ;
- khiyar al’ayb : possibilité d'annuler la transaction si la marchandise n’est pas souhaitable ou si la marchandise présente un défaut qui n’existait pas au préalable ;
- khiyar al naqad : possibilité d'annuler le contrat en cas de non-paiement ;
- khiyar al shart : option consistant à annuler la vente. Toutefois, cette option est valide dans un temps limité. Le vendeur a une option similaire, mais celle-ci cesse avant l'exécution du contrat ;
- Khiyar al majlis : possibilité d'annuler la cession contractuelle tant que les parties ne quittent pas le lieu de transaction ;
- l’option du prix (khiyar ghabn) : droit à un juste prix dans la fourchette du marché.
N'oublions pas le fait que les khiarat sont des techniques civiles de protection des valeurs de bonne foi, d’honnêteté et de transparence dans le contrat, sans qu’il soit nécessaire de passer par une protection pénale ou encore des mécanismes modernes de gestion du risque, comme ce qu'on retrouve dans le cas des banques conventionnelles. Pour autant, il ne faut pas oublier que les banques islamiques font face à des défis dans la gestion du risque.
2. Défis de gestion du risque en finance islamique
Le principal enjeu des banques islamiques demeure la gestion des risques de marché (market risks), tout simplement du fait de la structure particulière de ces établissements et du principe de partage des profits et des pertes. Le risque de marché peut déclencher par défaut des problèmes de liquidité, de taux d’intérêt et d'autres encore.
Mis à part les défis commerciaux, le plus important demeure le défi du calcul des pertes. Le processus d'atténuation du risque de crédit consiste à estimer et à minimiser les pertes de crédit attendues, dont le calcul nécessite celui de la probabilité de l'existence de défaut, de la maturité de l’installation du défaut, de l’exposition au défaut et la sensibilité de la valeur des actifs à risques systématiques et non systématiques. Le calcul de la perte prévue est relativement plus facile pour les contrats simples et homogènes que pour ceux relativement complexes et hétérogènes. Étant donné que les contrats financiers islamiques demeurent complexes par rapport au crédit basé sur les intérêts (interest-based credit), le calcul précis des pertes attendues est supposé être plus difficile pour les contrats islamiques. L’absence de consensus face à un débiteur défaillant, la nature des dettes, etc. accroissent la complexité de cette question.
Face à ces défis, les banques islamiques doivent respecter les normes des accords islamiques dans le système. À ce sujet, il a été proposé que l’approche de la Commission sur les notations internes (Internal Rating Board – IRB) soit acceptée par les banques islamiques afin d’atténuer le risque de
Mis à part le fonctionnement, la structure des contrats suscite également des questions. Dans certains contrats islamiques, la transparence et l’obligation d’information n’est pas réellement assurée, à l'inverse de ce qui est stipulé dans les différentes recommandations de gouvernance d’entreprise appliquées dans les banques conventionnelles. À titre d’exemple, dans le cadre du contrat de moudharaba, le demandeur de crédit n’est pas obligé d’informer la banque sur les dépenses du crédit obtenu. Le client est seulement obligé de rembourser le prêt sous la forme de partage du
Ces difficultés structurelles et opérationnelles dans le système financier et des banques islamiques sont apparentes. Des aménagements pratiques sont en train de se constituer face à ces défis.
Conclusion
Les mécanismes propres à la finance islamique présentent une rationalité en matière de gestion du risque dans l’optique d’une protection accrue de leurs valeurs, et ce depuis des siècles.
Toutefois, face aux banques modernes et à la mondialisation des standards, les défis potentiels dans la gestion du risque dans les banques islamiques persistent. Il s'agit pour les banques islamiques de se pencher sur les nouvelles mesures de gestion du risque, c’est-à-dire les nouveaux standards en vigueur dans le monde bancaire. D'après l’expérience de l’auteur, consultant auprès de banques en Iran, les banques islamiques peuvent parfaitement s’adapter aux standards mondiaux de gestion du risque. Notamment, les principes de gouvernance d’entreprise peuvent être adaptés pour la gestion du risque dans les banques
Aussi, le recours accru aux codes de déontologie et aux cahiers de gouvernance d’entreprise, expérience valorisante augmentant les performances des banques et les inscrivant dans la