Depuis quelques décennies, la finance islamique, laquelle bannit la spéculation et l'investissement dans certains secteurs et interdit le
Un essor et des exigences accrues
Ces dernières années, ce compartiment de la finance bénéficie d’un intérêt véritable et d’un accueil favorable dans plusieurs pays. Cela peut s’expliquer par la conjonction de divers facteurs comme l’envolée des prix des matières premières (notamment
En forte croissance et avec des produits de plus en plus sophistiqués, cette finance est confrontée à différents défis, notamment celui de s’intégrer dans l’environnement financier international. Cela ne peut se faire sans une normalisation comptable soucieuse de la convergence avec les normes internationales. En effet, l’hétérogénéité des pratiques comptables fait de la normalisation un véritable enjeu dans un contexte où l’exigence de transparence vis-à-vis du système comptable des institutions financières islamiques est de plus en plus forte.
Un organisme de normalisation international indépendant
Implanté à Bahreïn en 1991 à l’initiative de
Outre les membres fondateurs, les membres associés, représentants de différentes institutions (banques centrales et institutions membres de l’Académie du Fiqh), on y trouve des membres observateurs issus d’organisations et d’associations professionnelles comme les cabinets d’audit internationaux.
Les contraintes nées de la mondialisation se faisant davantage sentir, la mission de l’AAOIFI consiste, désormais, non seulement à élaborer des règles spécifiques, mais également à adapter certains standards internationaux en introduisant de nouveaux critères pour les rendre cohérents et compatibles avec les principes islamiques.
Ainsi, un certain nombre de standards internationaux établis par l’IASB (International Accounting Standard Board) ont été mis en œuvre par de nombreuses institutions financières islamiques à l'échelle mondiale. En effet, l’AAOIFI n’a pas développé des normes comptables quand l’équivalent international est
Un cadre conceptuel et des principes
Les hypothèses de base et les principes du système comptable islamique sont similaires à ceux du système comptable continental.
Les hypothèses servant à l’élaboration de la réglementation sont les suivantes : l’unicité de l’entité, la continuité d’exploitation, la stabilité du pouvoir d’achat et de l’unité monétaire.
Concernant les principes, ils sont conformes à ceux communément admis : la pertinence, la régularité, la comparabilité et la compréhensibilité.
Selon l’AAOIFI, et contrairement aux normes IFRS, le principe de la suprématie de l’économie sur le droit n’est pas admis en comptabilité islamique. Ainsi, à l’exception des actifs financiers cotés, il n’est pas tenu compte de la valeur réelle des biens (actifs ou créances) mais de la valeur dans le contrat. De même, n’est considéré comme actif que ce dont on est
Un nécessaire effort de normalisation comptable
Bien que l’AAOIFI soit actuellement une instance de référence qui a entrepris des efforts en termes de production de normes, les pratiques comptables des institutions financières islamiques restent hétérogènes et dépendent notamment de leur lieu d’
Le déficit de standardisation des règles résulte, en effet, de la difficulté de déduire à partir des règles abstraites et immuables des textes sacrés de l’Islam la solution idoine à des cas précis. S’ajoutent les difficultés également rencontrées par les banques traditionnelles : standardisation des produits, liquidité du marché interbancaire, valorisation des produits.
En effet, sans standardisation des normes comptables, la finance islamique plafonnera rapidement et risque d’être reléguée au rôle de phénomène exotique plutôt que de s’imposer comme une alternative financière crédible.
Certes, ces difficultés ne sont nullement l’apanage de la finance islamique. Néanmoins, ce secteur voulant se distinguer par son attachement à l’éthique se doit de se doter de principes de régulation bien plus stricts et d’assurer la sécurité juridique de ses opérations. Les transactions islamiques y trouveront ainsi un cadre juridique clair améliorant la qualité de l’information financière produite et assurant, en conséquence, la respectabilité d’une finance passée du statut de « niche » à celui d'une véritable industrie.
Pour en savoir plus
G. Causse-Broquet (2009), La Finance islamique, coll. « Marchés finance », RB Édition, Paris, 215 pages.
M. Ruimy (2008), La Finance islamique, Arnaud Franel Éditions, Paris, 214 pages.
Site internet de l’AAOIFI : http://www.aaoifi.com/aaoifi/