FinTech

« La fin des banques ? »

Créé le

29.12.2015

-

Mis à jour le

13.01.2016

Selon Philippe Herlin, les évolutions technologiques annonceraient une rupture avec le système monétaire actuel, centralisé rigide et donc fragile. Alors, que penser de l’avenir des BFI ?

Début 2015, vous avez publié La Fin des banques ? [1] , ouvrage qui parle notamment du bitcoin. Quelles sont les principales conséquences de la création du bitcoin pour les banques ?

Les conséquences sont encore marginales aujourd’hui car le bitcoin ne touche pas le grand public. Mais comme il s’agit du moyen de paiement et de virement le moins coûteux au monde, on peut prévoir qu’il prendra de plus en plus de place dans l’avenir. Les Business Angels ne s’y trompent pas : les levées de fonds pour les start-up actives sur le bitcoin sont de plus en plus fréquentes.

Pourquoi qualifiez-vous le bitcoin d'« or numérique » ?

Parce que, comme l’or, sa quantité est définie. En effet, il n’y aura pas plus de 21 millions de bitcoins en circulation (nous en sommes à près de 15 millions). On ne pourra pas dépasser ce chiffre, de même que la quantité d’or est relativement stable, 160 000 tonnes estimées, même si l’on en extrait 2 000 tonnes par an. C’est donc tout le contraire des « monnaies-papier » que les banques centrales peuvent manipuler avec leurs planches à billets.

Les FinTech interviennent principalement dans le domaine des paiements. D’autres activités pourraient-elles être concernées ? À quelle échéance ?

Le mouvement est lancé ! Les banques sont actuellement attaquées non seulement sur les paiements mais aussi sur tous leurs autres métiers par des start-up offensives, amenant des ruptures technologiques. Ces sociétés visent le crédit, qui demeurait jusqu’ici une prérogative du système bancaire. Les PME notamment se plaignent de la réticence des banques à prêter et leurs reproches se sont renforcés depuis la crise de 2008 du fait de la réglementation qui oblige les établissements à reconstituer leurs fonds propres avant de distribuer des prêts. Des FinTech innovent en repensant la manière de faire du crédit, notamment en inventant de nouveaux modèles de scoring qui valorisent les données disponibles et exposées par les PME. Je citerai l’exemple de Kabbage qui octroie, dans l’heure qui suit la demande, une avance de trésorerie de 1 000 à 40 000 livres sterling. En France, on voit se développer à grande vitesse des plateformes de financement participatif.

Les activités des BFI pourraient-elles être impactées par ces évolutions. De quelle façon ?

En tant que tel, c’est difficile à dire car les services financiers sur la Blockchain émergent à peine (voir à ce sujet les articles p XX). Mais si l’on considère les FinTech en général, oui. Selon une étude du Boston Consulting Group [2] , sur les 613 FinTech identifiées par cette société, 128 sont dédiées à la BFI, soit 20 %. Elles sont actives dans le Big Data, le CRM, la valorisation de produits structurés…

Percevez-vous une prise de conscience parmi les responsables des BFI ?

Pas vraiment, pour l’instant. Ils suivent ce qui se passe mais la réponse à ce défi - les FinTech dans la BFI - impliquera une remise en cause de leur façon de fonctionner.

Selon vous, la réglementation permettra-t-elle sauver le secteur bancaire ?

Certainement pas. Pendant longtemps le secteur bancaire s’est protégé derrière une réglementation qui servait en fait de barrière à l’entrée. La justification était que les banques protégeaient l’épargne de la population et qu’il ne fallait donc pas laisser entrer n’importe qui. La crise de 2008 a fait tomber cet argument. Le système bancaire a alors failli sombrer et, depuis, on a vu de nombreuses faillites de banques, ou des établissements sauvés in extremis par les États. L’heure est, au contraire, à l’ouverture du secteur à la concurrence.

Les grands groupes comme Apple, Google, Paypal, Orange ou Facebook restent en dehors de la bataille. Ne pourraient-ils pas eux aussi intervenir dans ce secteur d’activité ?

Pour le moment, leur objectif est de faire « ami-ami » avec les banques, de ne pas entrer en conflit. Ceci étant, certaines sont d’ores et déjà entrées dans le secteur du paiement avec leurs moyens qui sont énormes, et ils ne vont certainement pas s’arrêter là. Déjà, Amazon propose du crédit aux entreprises (celles qui vendent sur sa plateforme) et ces groupes, spécialistes du Big data et du CRM, ont certainement des visées dans la BFI…

 

1 Apple, bitcoin, Paypal, Google, La Fin des banques ?, Eyrolles, février 2015.
2 http://www.planet-fintech.com/Les-banques-d-investissement-poussees-a-leur-tour-a-faire-leur-revolution-numerique-Les-Echos-fr_a138.html

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº343
Notes :
1 Apple, bitcoin, Paypal, Google, La Fin des banques ?, Eyrolles, février 2015.
2 http://www.planet-fintech.com/Les-banques-d-investissement-poussees-a-leur-tour-a-faire-leur-revolution-numerique-Les-Echos-fr_a138.html