Le 30 juin 2011, lors des assises de la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (FIEEC) à l’hôtel de Lassay, nous avons annoncé pour l’automne la création d’un fonds d’investissement dédié à nos industries. Le FIMIEEC (voir Encadré) a été officiellement lancé le 4 octobre dernier et sera géré par la société Innovafonds qui a porté le projet avec la FIEEC. Ce projet, que nous portons depuis près de deux ans, est à la fois une réponse aux problèmes de financement qui se posent à l’industrie, une mise en œuvre de notre vision des marchés du futur et un témoignage de la possibilité, pour des acteurs très divers, de travailler ensemble.
Une réponse…
Lors des États généraux de l’industrie (EGI) d’avril 2011, la question du financement des entreprises avait été abordée et il en était notamment ressorti un constat portant sur trois points :
- une insuffisante allocation de l’épargne vers les actions ;
- une trop faible prise en compte de l’horizon industriel plus long que celui des financiers ;
- une insuffisance du nombre d’entreprises de taille intermédiaire.
Nous comprenons bien l’enjeu de l’assurance vie placée largement en obligations publiques mais nous aimons à rappeler que la source unique de la richesse de la Nation vient des entreprises industrielles, agricoles, artisanales ou commerciales. Tous les outils fiscaux, bancaires, réglementaires doivent être utilisés pour inciter à investir en actions – sans revendre dans l’instant – et renforcer les capitaux propres – par exemple, par des taxations à l’impôt sur les sociétés différenciées.
Rappelons également que l’horizon industriel est celui de la durée. Aussi notre fonds d’investissement sera-t-il patient : il ne sera pas focalisé sur un retour sur investissement dans un délai sans cohérence avec la plupart des activités industrielles. Cela ne signifie en rien que l’investissement ne doit pas être rentable, mais le fonds, s’appuyant sur l’expertise de la FIEEC tant sur le plan technique que commercial, ne rejettera pas un dossier sous prétexte qu’au terme de 4 ans, la valorisation n’a pas doublé.
Lorsque nous avons entendu, lors des EGI, qu’en matière de capital-risque, ce qui manquait, c’était moins les capitaux que les projets, nous avons mesuré ce qui nous sépare de cette vision financière. En effet, les projets industriels avec des rendements élevés et continus sont peu nombreux ; si l’on cherche une plus-value rapide et substantielle, il faut aller du côté des services liés aux nouvelles technologies ou aux besoins sociétaux, à condition d’accepter la possibilité d’un effondrement vertigineux.
L’industrie est une activité de longue haleine, donc structurante et rentable lorsque sont réunies certaines conditions qui forment notre vision de l’industrie et des marchés du futur.
Une mise en œuvre…
Notre tissu industriel – de très grands groupes largement internationalisés, des PME performantes mais fragiles, des ETI pas assez nombreuses – subit de plein fouet la crise, sans compter les effets de la mondialisation et les problèmes structurels liés à nos réglementations de toutes natures, nationales ou européennes. Pour autant, nos industries ont un avenir lié, bien sûr, aux progrès technologiques et aux opportunités qu’elles font naître. La FIEEC a identifié les marchés du futur que sont la maîtrise de l’énergie et des matières premières, le développement du numérique pour répondre à des besoins sociétaux comme la télésanté, la confiance numérique, c’est-à-dire la réponse à des besoins de sécurité liés parfois à ces technologies. Sans oublier les réseaux électriques intelligents, la domotique, le recyclage des déchets, etc. La mesure des performances est une condition indispensable pour passer du diagnostic à l’action. Pour cela, la France dispose, via ses centres de recherches et ses entreprises, des atouts pour réussir, mais il faut aussi des conditions, un contexte. Il nous faut à la fois :
- le soutien, au moins politique, des pouvoirs publics : ces enjeux nous concernent tous, citoyens, consommateurs, entreprises, acteurs publics. La FIEEC a salué l’initiative des EGI et tous les projets qui en découlent, mais souhaite qu’ils se traduisent le plus possible et sans délai pour nos PME ;
- la solidarité des acteurs industriels – que nous pouvons envier à nos amis allemands – pour « chasser en meute » : si l’on souhaite maintenir un écosystème puissant et réactif, les entreprises, grandes ou petites, doivent travailler ensemble dans la durée d’un partenariat qui ne doit pas se focaliser sur les prix. C’est ce que nous tentons de promouvoir notamment avec l’
association Pacte-PME , mais il s’agit de faire évoluer des mentalités ;[1] - la collaboration accrue entre les mondes de l’éducation-recherche et le nôtre : un enjeu majeur pour nos métiers est celui de leur attractivité.
Tous ces aspects ont été présentés et expliqués aux partenaires bancaires de la FIEEC dans le cadre de la création du fonds d’investissement : ce n’est pas la moindre de nos satisfactions que d’avoir eu une écoute attentive des banques (30 caisses régionales de Crédit Agricole et Banques Populaires) sur ce sujet.
Un témoignage…
Réunir dans un fonds d’investissement patient des banques, la Caisse des Dépôts et Consignations et des fédérations et syndicats professionnels n’est pas chose courante, surtout dans une période où les questions de financement deviennent de plus en plus compliquées. Comme l’ont souligné les banques contactées sur ce projet, les nouvelles réglementations prudentielles – reprises sous le terme Bâle III – issues de la crise financière, ont un coût en fonds propres et un impact sur le ratio de liquidité des établissements de crédit qui risque fort de se traduire en une sévérité accrue dans l’octroi des concours. Malgré le sentiment de payer pour des responsabilités qui ne sont pas les leurs, les entreprises entendent ce discours des banques sur Bâle III, mais s’étonnent que ces conséquences annoncées comme inéluctables n’aient pas été vues en amont par les pouvoirs publics. Les dernières statistiques de la
Pour une collaboration concrète
Dans ce contexte, la collaboration avec les acteurs bancaires pour aider au financement du développement de nos PME/ETI prend toute son importance :
- pour les banques, il y a l’avantage d’une expertise commerciale et technique sans équivalent permettant de réduire le niveau de risque ;
- pour les entreprises, l’assurance que leurs dossiers seront étudiés en privilégiant la vision industrielle ;
- pour les deux parties, une collaboration concrète et une meilleure connaissance mutuelle.