Change & Taux

La Fed surprend...

Créé le

14.10.2013

-

Mis à jour le

30.10.2013

En n’annonçant pas, mi-septembre, la réduction du rythme de ses achats de titres, la Réserve fédérale américaine a pris de court la plupart des observateurs. Ben Bernanke, son président, avait pourtant laissé entendre début mai que la Fed était prête à moduler ses achats ; mi-juin, elle précisait penser commencer à les réduire d’ici la fin de l’année et y mettre un terme au milieu de l’année prochaine. Pourquoi la Fed a-t-elle décidé de reporter son action ?

La relative faiblesse de l’économie est l’explication la plus naturelle. L’argument peine toutefois à convaincre totalement. Certes, entre juin et septembre, la banque centrale a réduit de 0,3 point sa prévision de croissance pour 2013. Mais le changement reflète plus la « grande » révision des comptes nationaux de l’été qu’une réappréciation par les autorités monétaires de leurs perspectives de croissance.

Si l’économie n’est pas beaucoup plus faible qu’au début de l’été, pourquoi la Fed a-t-elle alors renoncé à faire ce qu’elle avait pourtant largement annoncé, au risque de brouiller son message ? Le tour pris récemment par le débat budgétaire n’y est peut-être pas étranger. La Réserve fédérale ignore aujourd’hui l’orientation de la politique budgétaire pour les prochains trimestres. Repousser de quelques semaines son action était prudent.

Une dernière raison est sans doute aussi intervenue : la hausse des taux d’intérêt à long terme a été trop rapide et menaçait de freiner la croissance... surtout si elle s’était poursuivie. Ne pas réduire ses achats pour notifier aux marchés que, depuis le printemps, la remontée des anticipations de taux d’intérêt a été excessive peut bien sûr sembler singulier : depuis plusieurs mois, la Réserve fédérale n’a-t-elle pas cessé de répéter que sa politique d’assouplissement quantitatif est distincte de sa politique de taux d’intérêt ? Il n’empêche : en surprenant des marchés qui refusaient d’entendre son message, la Fed a réussi à ramener les anticipations de taux à des niveaux plus raisonnables. Ne pas faire ce qui était attendu était en l’occurrence ce qu’il fallait faire !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765