Faut-il continuer à investir en Chine ?

Créé le

20.09.2021

Secouée par la crise sanitaire et la reprise en main de ses grandes entreprises par l’État, la Chine est-elle encore une bonne affaire?

On sait qu’une vague de régulation touche la Chine depuis dix mois. Elle n’est pas la première depuis les grandes réformes de la fin des années 1970, mais elle est la plus puissante, en termes de durée et d’intensité. Elle a touché la tech, les jeux vidéo, l’immobilier, l’environnement, les cours privés, la consommation d’alcool, la santé… Cela a provoqué dans la période récente une baisse du poids de la Chine dans les portefeuilles internationaux et une baisse des cours, tout particulièrement pour les valeurs cotées hors de Chine. En particulier, les règles de limitation de l’endettement des promoteurs immobiliers mises en place l’an dernier ont considérablement affaibli la construction, au point de conduire à un probable défaut d’Evergrande, voire d’autres acteurs.

Cette baisse est d’autant plus sensible que l’économie chinoise a connu une phase de ralentissement aigu au cours des derniers mois. Ce ralentissement s’explique aussi et surtout par la 4e vague pandémique cet été, la plus importante, en termes de nouveaux cas, de provinces touchées (près de 30% du PIB chinois concerné, au pic) et dans sa durée (un mois et demi), depuis la vague de janvier dernier. Il convient d’y ajouter la désorganisation des chaînes de valeur en amont (en Asie de l’Est) et le durcissement des conditions financières que la baisse des marchés a accentué.

Cette vague de re-réglementation, qui s’intègre dans une réorientation structurelle de la politique économique de la Chine, répond essentiellement à quatre objectifs :

– profitabilité compatible avec la « prospérité commune » (responsabilité sociale des entreprises) ;

– stabilité financière ;

– sécurité nationale ;

– soutien de la natalité.

L’aspect le plus novateur concerne cette recherche de la "prospérité commune" qui s’attache à limiter et réduire les "excès" du modèle chinois sur l’environnement, les inégalités et la dette. Dans un contexte où la croissance tendancielle de la Chine va continuer à diminuer progressivement dans les années à venir (pour différentes raisons : vieillissement de la population, baisse tendancielle de la productivité, réactions occidentales à l’agressivité commerciale chinoise, moins de potentiel de rattrapage…), ces excès sont des ferments d’instabilité sociale et d’inefficacité économique

Pour nous, la recherche de la prospérité commune ne signifie absolument pas un retour à un socialisme "pur", à la fermeture de l’économie ou à l’égalitarisme.

Les mesures visant à réguler plus étroitement les sociétés technologiques ne signifient pas non plus que la Chine renonce à l’innovation et à la croissance. Les autorités chinoises sont probablement conscientes des coûts à moyen terme que subirait leur pays s’il se privait durablement du capital et savoir-faire extérieur (la Chine reste loin de la frontière technologique), ainsi que de l’émulation entrepreneuriale.

Rappelons par ailleurs que c’est sous Xi Jinping que l’internationalisation du renminbi (ou yuan) et la pénétration étrangère du marché actions et du marché obligataire chinois ont le plus progressé. C’est également sous sa présidence que la responsabilisation des entreprises publiques (canards boiteux surcapacitaires et surendettés qui bénéficiaient jusqu’à présent d’une supposée garantie implicite de l’État ou d’entités locales) a le plus progressé et que les abus de position dominante connaissent aujourd’hui un début de répression.

Bref, la Chine reste investissable.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº860