Risques

« L’excès d’offre de collatéral est en train de diminuer »

Créé le

22.10.2014

-

Mis à jour le

28.10.2014

Indispensable à la sécurisation du marché des dérivés, le collatéral pourrait, en cas de stress sur les marchés, faire localement l’objet d’une pénurie.

La compensation des dérivés est gourmande en collatéral ; existe-t-il un risque de pénurie de collatéral ​?

Plusieurs études (publiées notamment par la BRI, le FMI et l'ESMA) indiquent que, pour l'heure, l'offre de collatéral au niveau mondial est bien supérieure à la demande, car il y a encore de grandes quantités d'actifs de qualité disponibles. Mais cet excès d'offre est en train de diminuer, sous l'influence de facteurs réglementaires notamment. Toutefois, nous estimons qu'en situation de stress sur les marchés, de crainte d'instabilité financière, une pénurie de collatéral pourrait se manifester localement. Si, par exemple, un participant de marché appelle des garanties, mais que sa contrepartie se trouve en difficulté, on pourrait assister, par un effet domino bien connu, à des enchaînements autoréalisateurs par lesquels un collatéral de qualité pourrait localement manquer.

Depuis le 12 ​février dernier, l'obligation de reporting de tous les dérivés auprès des trade repositories est entrée dans les faits. Quel bilan faites-vous ​?

Même aux États-Unis, qui pensaient avoir historiquement une longueur d'avance dans ce domaine, les référentiels centraux de données (trade repositories) n'arrivent pas, pour l'instant, à exploiter correctement la quantité énorme d'informations qu'ils collectent, ni à transmettre correctement aux régulateurs les informations attendues. Nous avons en effet besoin de données de qualité et exploitables, qui nous permettent de vérifier en particulier que le collatéral répond bien aux conditions de disponibilité et de qualité exigées par la réglementation.

Les chiffres de la BRI montrent une hausse des montants notionnels de dérivés ​; est-ce inquiétant ​?

Les statistiques ne disent pas si cette hausse tendancielle, depuis 2007, du montant notionnel (avec encore +12 ​% sur la seule année ​2013) correspond à des stratégies de couverture, ce qui pourrait être un élément positif en termes de gestion des risques, ou à une augmentation des opérations d'arbitrage de banques ou de certains fonds d'investissement, auquel cas il faudrait que les régulateurs soient encore plus vigilants.

Comment analyser la baisse de la valeur de marché brute du marché des dérivés ​?

Entre fin ​2011 et fin ​2013, la valeur de marché brute des produits dérivés a baissé d'environ un tiers, ce qui est plutôt rassurant. Cette tendance s'explique presque entièrement par l'évolution de la valeur de marché des dérivés de taux d'intérêt. Cette baisse signifie que s'il avait fallu remettre en place ces contrats fin ​2013, la perte maximale pour les participants aurait été plus faible que fin ​2011. Ceci s'explique par la forte baisse des taux d'intérêt en deux ​ans.

En cas de hausse des taux, le marché des dérivés de taux pourrait-il être déstabilisé ​?

Il est évidemment difficile de savoir ce qu'une remontée des taux d'intérêt brutale et non anticipée pourrait induire en termes de pertes pour les détenteurs ultimes. Mais il est clair que le suivi des risques liés aux conséquences, d'une part, de taux durablement bas et, d'autre part, de taux pouvant soudainement se redresser, figure à l'agenda des régulateurs.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº777