La profession comptable bancaire est un métier qui présente de nombreuses facettes, réclamant chacune une expertise tout en n’ayant qu’un seul objectif : transmettre des états financiers, des déclaratifs et des reportings internes ou externes conformes à la réglementation, tout en reflétant l’activité de l’établissement de telle sorte que le lecteur prenne de bonnes décisions.
À ce titre, la comptabilité dans une banque couvre un champ d’intervention qui peut aller bien au-delà de la définition de cette fonction dans d’autres secteurs. En nous basant sur notre expérience au sein d’un établissement de financement spécialisé, nous pouvons lister les domaines couverts suivants : la comptabilité « auxiliaire » ; la comptabilité « générale » ; le service « consolidation » ; le service « reporting prudentiel » ; le service « normes comptables et/ou prudentielles » ; le service « maîtrise d’ouvrage » ; la comptabilité des opérations de marchés.
La comptabilité « auxiliaire » : la plupart du temps, le comptable bancaire ne passe pas d’écritures journalières ; en dehors de quelques factures de fournitures diverses ou d’immobilisations, les écritures journalières sont issues d’interfaces informatiques avec les outils de gestion des activités opérationnelles (back-offices marchés ou crédit, moyens de paiement et cartes…). Le rôle de la comptabilité est donc de récupérer l’information stockée dans ces outils et de la contrôler pour en vérifier l’exhaustivité et la qualité via le contrôle des interfaces de ces systèmes dans le système de comptable. Notamment le
La comptabilité « générale », aussi nommée « synthèse et reportings », établit le réalisé mensuel pour la direction générale afin qu’elle puisse, avec les contrôleurs de gestion, vérifier le bon avancement des objectifs de l’exercice. Ce réalisé est étudié à deux niveaux :
- le niveau « comptes individuels » pour les responsables opérationnels des entités concernées. Les règles comptables applicables à ces entités dépendent des règles de l’
ANC ou des règles comptables propres au pays d’implantation, et des normes IFRS du groupe pour la liasse de consolidation. La mission de ces comptables est donc une mission d’expertise comptable ;[2] - le niveau « consolidé » pour les dirigeants du groupe qui doivent prendre les décisions stratégiques globales. Les règles applicables sont des règles de consolidation ou de centralisation s’il s’agit de succursales. C’est souvent l’entité ou le service « consolidation » qui établit ces reportings mensuels.
Le service « reporting prudentiel » élabore puis transmet le réalisé, des prévisions et des analyses de risques, à l’autorité de tutelle au format imposé. C’est une publication externe mensuelle des comptes qui permet à la banque de maintenir l’autorisation d’exercer son activité de façon autonome et à la Banque Centrale de disposer d’informations suffisantes pour exercer ses missions. Les évolutions sont imposées par les régulateurs nationaux ou européens (via
Le service « normes comptables et/ou prudentielles » : l’ANC propose des évolutions de normes comptables françaises qui auront des impacts sur les entités opérationnelles. L’
Ce service stratégique poursuit ainsi quatre axes d’orientations :
- assurer la veille réglementaire afin d’informer et d’alerter non seulement les services comptables mais aussi l’ensemble des autres directions de l’établissement ;
- interpréter les textes en présentant des scénarios d’impacts pour l’établissement ;
- se les approprier en les déclinant par des normes internes afin que les services les appliquent de façon homogène et notamment les chefs de projets informatiques qui devront traduire ces évolutions dans les systèmes ;
- enfin, selon la taille de l’établissement, les membres de ce service participent activement aux groupes de Place consultés sur les évolutions de normes.
La comptabilité des opérations de marchés : la connaissance des instruments de marchés et notamment des nombreux instruments dérivés, conjuguée à la connaissance des stratégies liées à leur utilisation, trading ou couverture, sont indispensables pour comprendre l’activité et concevoir les schémas comptables à employer. Au sein de la direction comptable, certains comptables doivent acquérir une expertise spéciale dans ce type d’opérations, de montages ou de structures ad hoc.
La comptabilité des établissements, comme on le voit, a déjà largement évolué pour intégrer l’ensemble des missions qui viennent d’être citées. L’image du comptable comme un expert parfois introverti est donc largement dépassée : il est partenaire et au cœur des échanges avec l’ensemble des autres membres des entités et directions de la banque. Depuis 2010, ces mutations se sont considérablement accélérées.
Les grandes mutations de la profession comptable
La fonction comptable a dû faire face avec la crise à des pressions dans plusieurs domaines : évolutions des normes IFRS et de la réglementation prudentielle évidemment, mais aussi évolutions qui modifient les structures des services comptables du point de vue du savoir, du savoir-faire et du savoir-être. La montée en puissance du contrôle interne imposée par le Règlement n° 97-02, à mener de front avec la maîtrise des coûts, conduit les directions comptables à mener des réflexions profondes sur l’organisation de la fonction pour une activité qui est considérée comme un centre de coût en tant que fonction support.
L’expertise nécessaire à l’exercice de la fonction comptable (le savoir) a toujours été reconnue, voire même a longtemps fait peur aux autres salariés bancaires qui n’optent pas en priorité pour une direction comptable dans le cadre de mobilité interne.
Le savoir-faire se conçoit comme l’ensemble des techniques de contrôle comptable comme pourrait l’exercer un expert-comptable ou un auditeur externe. Cette compétence suppose de mettre en œuvre des capacités d’analyse, de synthèse et de dialogue avec les autres services de la banque et l’informatique.
Le savoir-être a donc profondément changé puisque les comptables d’aujourd’hui doivent comprendre et parler anglais (ne serait-ce que parce que les normes IFRS sont exprimées en anglais), dialoguer, avoir un charisme suffisant pour persuader les autres services du bien-fondé de leurs propositions dans l’interprétation des impacts des nouvelles normes comptables ou prudentielles et dans les impacts sur les systèmes d’information. Dans le savoir-être, la direction comptable a pris une dimension d’organisation avec un concept de « juste à temps » en termes de livraison des différents reportings dont ils ont la responsabilité.
Les travaux de l’Observatoire des métiers
Dans ce contexte, les directions comptables peuvent rechercher l’appui de l’AFB, notamment à travers les travaux en cours de l’
Analyser les métiers repères : l’Observatoire a défini deux fonctions comptables repères au sein de l’ensemble « fonctions support » :
- une fonction cadre de spécialiste responsable comptabilité et finance qui comptait 2 947 personnes référencées en 2011 et 3 017 en 2012 ;
- une fonction non-cadre de technicien en comptabilité et finance, soit 1 123 personnes référencées en 2011, 1 228 en 2012.
Les statistiques des effectifs comptables recensés par l’AFB ne reposent que sur ces deux fonctions : cette approche est-elle suffisante pour l’
De son côté, l’Observatoire souhaiterait compléter sa base de données relatives aux métiers de la comptabilité en recensant 3 ou 4 métiers pour lesquels des fiches seraient créées avec définition du métier, formation nécessaire, compétences indispensables (savoir-être) et connaissances (savoir technique). Ces fiches ont vocation à être publiées sur le site de l’AFB pour favoriser la mobilité. Dans ce cadre, il pourrait être envisagé, avec l’appui des membres de l’ADICECEI, de définir par exemple les fonctions suivantes : comptable auxiliaire, comptable général ou synthèse, comptable prudentiel, consolideur bancaire. Cette liste n’est pas définitive et dépendra de l’orientation donnée par les membres du groupe de travail commun. D’autres fonctions pourraient ainsi avoir la priorité, telles que celles de contrôleur comptable ou de chargé d’études informatiques.
Conduire une réflexion prospective : concernant l’évolution de la fonction comptable, cette fonction est-elle sensible (en voie de baisse d’effectif) ou, au contraire, en tension (difficulté pour recruter le personnel nécessaire) ? Les évolutions des effectifs comptables décrites montrent qu’à défaut de pouvoir réellement augmenter les effectifs des services comptables, les besoins exprimés conduiront à une stabilité, avec une progression en termes d’autonomie et de compétence des personnels concernés.
Les réflexions menées au sein de l’ADICECEI
Les formations aux métiers spécifiques de comptables bancaires sont peu nombreuses et l’ADICECEI propose, une fois les fiches métiers et les compétences associées définies, de décrire et publier sur son site des cursus de formation tels que celui du CNAM/AFGES/ADICECEI, diplôme de responsable
D’autres questions d’actualité se posent : avec la multiplication des données à produire, qui ne sont pas toutes issues des systèmes comptables mais seulement rapprochées avec ces derniers, quelle sera la meilleure organisation entre les domaines risques, liquidité et comptabilité ? Avec les impératifs de coûts imposés aux fonctions support, une externalisation au-delà des frontières de l’établissement serait-elle envisageable, souhaitable, voire possible en France ? En Europe, plusieurs pays se sont dotés d'une réglementation sociale limitant fortement cette possibilité, dans un souci de sécurité.
Des réunions avec les directions comptables des banques au sein de la Commission emploi de l’ADICECEI permettraient d’affiner cette recherche réalisée en 2012 et