Finance comportementale

Évaluer le profil de risque en évitant les biais cognitifs

Créé le

01.10.2018

-

Mis à jour le

11.10.2018

« Jeu sérieux » de finance comportementale, Neuroprofiler permet aux conseillers financiers d’évaluer le profil d’investisseur de leurs clients conformément aux nouvelles exigences européennes MiFID II. Mais son algorithme apprenant, à même d’évaluer plus d'un million de profils d'investisseurs différents, offre aux institutions financières d’autres possibilités à explorer.

 

Quel est le caractère disruptif de votre activité et comment vous positionnez-vous par rapport aux acteurs traditionnels du secteur ?

Depuis notre création en 2016, notre produit principal a évolué dans ses fonctionnalités, mais reste le même dans le principe : Neuroprofiler est un jeu de finance comportementale qui permet aux clients individuels d’évaluer leur profil de risque en évitant les biais cognitifs souvent constatés dans l’utilisation des questionnaires traditionnellement utilisés par les banques (le plus souvent, c’est au client lui-même d’indiquer quel niveau de risque il souhaite prendre, alors qu’il ne sait pas ce que ce risque signifie). Depuis 2017, notre algorithme de machine learning prend en considération ces données comportementales pour évoluer vers de la recommandation financière au sens large : allocation de portefeuille, produits et services financiers. Par ailleurs, nous avons développé une version SaaS (Software as a Service) du jeu [1] destinée aux conseillers en gestion de patrimoine et aux institutions financières plus petites, avec notamment un paiement en ligne et des possibilités de personnalisation à distance. Finalisé pour la fin 2018, un second développement vise à utiliser le jeu comme un outil de prospection plus qu’une réponse aux obligations de MiFID I I [2] : cette version plus courte pourra par exemple être intégrée sur le site Web d’une banque pour acquérir davantage de clients ou pour demander à ses prospects d’effectuer le test avant un premier rendez-vous, afin qu’elle puisse prendre en compte leur psychologie ou leurs préférences de risque pour leur faire des recommandations adaptées.

Le marché est nouveau : aujourd’hui, 85 % des banques effectuent l’évaluation des profils de risques en interne. Notre concurrent principal est Capital Preferences, une start-up américaine.

Comment vous financez-vous et quelles sont vos perspectives de développement ?

Neuroprofiler dispose d’un effectif d’une dizaine de personnes. Nous avons démarré à l’aide de nos propres fonds et de love money. Nous procédons en ce moment à notre première levée de fonds en equity, que nous espérons clôturer d’ici la fin de l’année 2018. Comme beaucoup de start-up, nous sommes aussi soutenus par Bpifrance et nous recourons au prêt.

La levée de fonds en cours doit nous permettre de renforcer notre développement commercial, principalement en Europe en 2018-2019, même si nous sommes en relation avec des établissements financiers aux États-Unis et en Asie tout en développant les deux outils mentionnés plus haut. La levée de fonds devra également financer la recherche et développement sur d’autres outils applicables au crédit et à l’épargne salariale que nous espérons lancer à la fin de l’année 2019 : il s’agit, pour les banques ou sociétés d’épargne salariale, d’aider les particuliers à faire leurs choix d’investissement plus facilement. Ces outils seront vendus en direct aux établissements financiers (BtoB) ou en marque blanche.

Notre modèle économique reste le même : nous sommes rémunérés au questionnaire utilisé, le prix du questionnaire étant dégressif, de quelques centimes d’euros à 100 euros pour un questionnaire unique.

Nous avons déjà un certain nombre de banques privées clientes de notre solution, ce qui représente quelques milliers de questionnaires vendus. Depuis l’an dernier, nous avons réalisé de nombreux pilotes avec de grands établissements financiers : Société Générale, BNP Asset Management, BPCE, ING, Allianz, une banque internationale britannique, BIL au Luxembourg, et nous sommes en discussion avec trois autres grandes banques pour mettre en place des pilotes d’ici fin 2018.

Nous avons noué des partenariats avec Investglass (outil de CRM) en Suisse et High Wave Capital (robo-advisor comportemental) au Luxembourg, et notre offre est vendue via Temenos (entreprise informatique suisse spécialisée dans les applications bancaires).

Nous avons également conclu un partenariat international avec PwC qui nous aide notamment en France, en Suisse et en Grande-Bretagne dans la veille réglementaire et la prospection commerciale.

Dans quel cadre réglementaire évoluez-vous ? Bénéficiez-vous d’un statut sous agrément ?

Nous avons un statut de SAS classique car nous ne délivrons pas de recommandations directes à des particuliers. Notre offre étant uniquement BtoB nous permet d’être plus flexibles. Nous envisageons toutefois de prendre un statut de société de gestion en France ou dans un autre pays européen à terme qui pourrait renforcer notre crédibilité auprès des institutions financières même si nous n’en avons pas l’obligation.

Comment voyez-vous évoluer le marché ?

Nous avons perçu deux évolutions majeures depuis notre création. Jusqu’à fin 2017, les banques étaient majoritairement préoccupées par la réglementation car elles devaient se mettre en conformité pour l’application, entre autres, de MiFID II, de la DSP2 et du Règlement général pour la protection des données (RGPD). Il fallait prononcer absolument ces mots-clés pour être reçu. Leur volonté était d’aller très vite et de ne pas en faire trop. Ce contexte était favorable aux RegTechs, mais il laissait moins de place à d’autres types d’innovation par manque de temps. En 2018, une fois les processus mis en place, les banques ont pris du recul sur certains aspects de leur fonctionnement qu’elles souhaitent améliorer, à commencer par l’expérience utilisateur liée aux premiers questionnaires mis en place. Elles ont pris conscience qu’elles devaient davantage exploiter les données pour mieux adapter leurs offres commerciales et offrir un parcours utilisateur agréable en allant au-delà des exigences réglementaires.

Le climat des affaires en France est-il vraiment « FinTechs friendly » ? Quelles mesures nouvelles seraient nécessaires pour améliorer encore cet environnement ?

Au-delà du cadre de la FinTech, la France offre de nombreuses aides ou subventions aux jeunes start-up qui n’existent pas dans d’autres pays. En revanche, lorsqu’elles grandissent et voient leurs équipes s’étoffer, elles font face à des contraintes administratives et réglementaires plus fortes. Nous n’en sommes pas encore à ce stade…

Les banques européennes, et en particulier françaises, avec lesquelles nous avons pu échanger semblent moins sensibilisées aux FinTechs que les banques asiatiques ou anglo-saxonnes. La volonté d’innovation est réelle, mais le passage du pilote au déploiement manque encore de fluidité. Un des facteurs pourrait être que les pilotes dans les banques anglo-saxonnes sont souvent précédés d’une phase de due dilligence similaire aux autres fournisseurs de service et d’une réflexion sur les processus d’intégration post-pilote. Cela permet en amont de préparer la transition.

La plupart des grandes banques internationales prennent une part du capital des FinTechs avec l’idée, dans un deuxième temps, d’en prendre le contrôle, car elles ne veulent pas prendre le risque d’investir dans une solution risquant de mourir à terme par manque de financement. Notre objectif principal est d’ailleurs d’être racheté par une institution financière ou un éditeur de logiciel.

 

1 Dont le lancement a été annoncé lors du salon Patrimonia, fin septembre.
2 Nouvelle directive européenne sur le marché des instruments financiers, entrée en vigueur en janvier 2018.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº373
Notes :
1 Dont le lancement a été annoncé lors du salon Patrimonia, fin septembre.
2 Nouvelle directive européenne sur le marché des instruments financiers, entrée en vigueur en janvier 2018.