L’impact de la crise récente et l’hétérogénéité de ses effets sur les États membres de l’Union européenne ont soulevé de nombreuses questions autour de l’efficacité de cette dernière et des mesures qui pourraient améliorer son efficacité d’un point de vue économique et monétaire.
L’objectif de cette étude est d’évaluer la robustesse d’une union économique et monétaire forte face à un nouveau scénario de crise. Nous avons conçu un modèle statistique empirique qui intègre dans une perspective comportementale la relation entre les caractéristiques des marchés financiers, les indicateurs macroéconomiques et les données comptables des institutions financières dans les vingt-huit pays de l’Union européenne. En simulant les paramètres du modèle sous l’hypothèse d’une nouvelle crise, nous mettons en exergue le rôle crucial d’un fonctionnement efficient et intégré de l’Union européenne afin de limiter les pertes générées au cours d’une crise économique et financière majeure. Dans la perspective d’une nouvelle crise souveraine, une meilleure coordination budgétaire entre les pays de l’UE devrait générer une économie d’environ 85 milliards d’euros, soit 0,65 % du PIB de l’Union européenne. En vertu du même scénario, une union bancaire fonctionnelle permettrait d’économiser 222,3 milliards d’euros, principalement engendrés par un besoin diminué de recapitaliser les institutions financières de l’UE.
Les principaux résultats de l’étude sont exposés dans le tableau 1. Ainsi, une meilleure coordination budgétaire au niveau de l’Union européenne permettrait d’économiser 0,45 % du PIB en cas de crise financière. Le coût de la « non-Europe » lié à l’établissement d’une garantie commune des dépôts représente 32,5 milliards d’euros dans le cas d’un scénario de crise souveraine, et 64 milliards d’euros dans le cas d’une crise financière. Le rôle d’une réglementation bancaire uniformément appliquée dans les vingt-huit pays permettrait d’économiser 1,5 % du PIB dans le cas d’une crise financière, principalement en limitant l’impact du credit crunch sur la croissance.
L’étude a également identifié quelques pistes d’amélioration du cadre prudentiel de l’UE, qui pourraient renforcer l’efficacité de l’Union européenne et mieux préparer l’économie pour faire face à une crise : l’optimisation du flux des capitaux au sein de l’UE, le rôle des agences de notation, le rôle des portefeuilles de dérivés, ainsi que celui du clearing centralisé (CCP) et les mécanismes de sauvetage.
I. Contexte
La crise récente a commencé avec le bouleversement du marché du crédit américain, et s’est rapidement propagée aux marchés européens et asiatiques et à leurs économies respectives. Au sein de l’Union européenne, l’impact de la crise reflète la forte hétérogénéité des économies et des systèmes financiers. Ainsi, la crise financière a généré non seulement une crise économique, mais aussi une crise de confiance par rapport aux États européens et à la fiabilité de l’Union européenne. La crise de la zone euro de 2011 a produit une dislocation massive des marchés européens et des économies, et a mis en exergue la faiblesse de la relance européenne. En prenant la crise de la dette souveraine en Grèce comme leitmotiv, nous soulignons d’abord la faiblesse de l’Union européenne en tant qu’union économique. Ainsi, une petite perturbation des économies périphériques peut générer une ventilation massive dans l’ensemble de l’économie européenne.
Afin de souligner les nombreuses faiblesses de l’Union économique et monétaire, nous évaluons les différences de l’impact de la crise et de la reprise entre les États-Unis et l’Union européenne. À l’aube de la crise de la zone euro, la Grèce, avec une économie qui ne représente que 1,4 % du total du produit intérieur brut (PIB) de l’UE, est entrée dans une détresse financière qui a touché l’ensemble de l’Union européenne à un tel niveau que l’existence même de l’euro était menacée. L’amplification d’un signal de détresse sur l’un des pays membres a très clairement montré qu’il existe des faiblesses dans les cadres prudentiels et dans la gouvernance de l’Union européenne. L’UE a eu besoin d’inventer une solution ad hoc pour sauver la Grèce. L’absence d’une union bancaire et d’un processus de sauvetage limpide a plongé l’UE dans la crise qui a commencé en 2007. Lorsque la crise grecque était en train de se propager au sein de l’UE, la faillite de l’État de Californie n’a pas menacé la notation souveraine des États-Unis alors que l’économie californienne représentait 12,4 % du PIB des États-Unis.
La figure 1 représente l’évolution du cycle du
Dans la figure 2, nous analysons, sur une base relative, l’évolution du produit intérieur brut dans les pays de l’Union européenne. La reprise aux États-Unis connaît une forte tendance positive tandis que les États membres de l’UE n’ont pas réussi, depuis 2011, à générer une croissance durable.
La figure 3 montre qu’en dépit d’une reprise plus forte et meilleure, les États-Unis ont souscrit davantage de dettes à une vitesse plus élevée que les États membres de l’UE. Ainsi, les États-Unis ont réussi à transformer la dette additionnelle en stratégie de croissance, tandis que l’UE a échoué dans cet aspect.
II. Objectifs
Cette étude vise à traiter les aspects suivants du coût de la « non-Europe » :
- identifier les insuffisances et les obstacles du cadre prudentiel européen en vue de quantifier, dans la mesure du possible, les pertes qui y sont liées ;
- mesurer les avantages d’une meilleure coordination budgétaire afin d’assurer des flux de crédits à l’économie et de soutenir ainsi la croissance et l’investissement ;
- évaluer les avantages générés par un système commun de garantie des dépôts ;
- estimer les avantages pouvant être attendus de l’achèvement d’une véritable union bancaire avec des mécanismes fonctionnels (SSM, SRM, ESM, etc.) pour éviter une nouvelle crise financière et afin de rompre le cercle vicieux entre dettes souveraines et banques.
- le scénario d’une crise financière suite à un choc asymétrique dans le système financier ;
- une nouvelle crise endémique de la dette souveraine avec une propagation continentale
III. Cadre méthodologique
Afin de répondre efficacement et de façon transparente à ces questions, nous employons une modélisation empirique qui vise à agréger des données macroéconomiques, de marché et financières. Pour l’ensemble des vingt-huit membres de l’Union européenne, nous avons rassemblé sur une période de quinze ans des séries temporelles concernant les caractéristiques économiques, les marchés financiers et les données du secteur bancaire. Les sources des données sont décrites dans le tableau suivant.
Définir le coût de la « non-Europe »
Soit Sc un ensemble de variables financières et économiques avec des valeurs caractérisant un événement systémique (Credit Default Spreads, cycle du crédit, notations externes, PIB, FX, taux d’intérêt, prix des produits de base, inflation, dette privée, etc.). Les valeurs sont définies en fonction de la distribution conjointe de ces variables selon certaines hypothèses (corrélation, volatilité, scénario économique, récession, etc.).
Sous Sc, le coût de la « non-Europe » (CNE) équivalent à la valeur ajoutée européenne est la différence entre les coûts systémiques de la crise (CC) - sous une faible efficacité européenne (WEE) - et les coûts systémiques sous une forte efficacité européenne (SEE).
EAV (Sc) = Coût de crise (WEE) - Coût de crise (SEE)
Deux scénarios de crise
Les hypothèses faites pour simuler une crise financière sont principalement liées aux caractéristiques classiques d’une crise (forte volatilité, tendance baissière et augmentation des corrélations entre les sous-jacents). Nos hypothèses comprennent également :
- augmentation des Spreads CDS sur le secteur financier avec impact sur l’économie mondiale ;
- augmentation de la volatilité des marchés ;
- augmentation du coût de la liquidité à court terme pour les banques ;
- forte contagion au sein du système bancaire ;
- zoom sur le rôle des banques d’investissement et leurs portefeuilles d’instruments illiquides ainsi que sur l’exposition aux chambres de compensation (CCP) ;
- augmentation des taux à long terme ;
- fuite des dépôts des banques de l’UE ;
- diminution de la production économique au sein de l’Union européenne.
Les hypothèses faites pour simuler une crise souveraine sont les suivantes :
- dégradation subite de la notation de la dette souveraine ;
- augmentation des CDS souverains ;
- défaillance de la coordination fiscale et de l’augmentation du ratio de la dette sur le PIB ;
- grave crise du crédit avec forte diminution de la capacité des banques à financer l’économie ;
- augmentation des taux à long terme ;
- fuite massive des dépôts hors des banques de l’UE ;
- forte décroissance dans la production économique au sein de l’Union européenne ;
- coûts augmentés du sauvetage bancaire.
L’efficacité européenne
Dans le cadre de l’évaluation de l’impact d’une Union européenne forte, nous faisons les hypothèses suivantes concernant les effets sur l’économie de l’UE au cours d’une nouvelle crise :
- La capitalisation des banques dans l’UE apparaît actuellement comme sous-optimale, car nombre d’entre elles ont une faible adéquation du capital. Depuis la crise, le niveau de capitalisation s’améliore, mais un effort supplémentaire est nécessaire afin de réaliser une union bancaire robuste. Si une nouvelle crise se produit, une meilleure capitalisation du secteur bancaire engendrerait un besoin moindre pour un plan de sauvetage, et aurait moins de conséquences néfastes sur l’économie.
- La crise récente a souligné les effets cumulés de la tendance négative du cycle du crédit et de l’augmentation du ratio de la dette sur le PIB. Ces effets avaient en plus une pression négative sur l’économie de l’UE. Ainsi, dans une nouvelle crise, la politique budgétaire devrait ne pas amplifier les effets du credit crunch.
- Le sauvetage des banques a été mis en œuvre en vertu d’un cadre amorphe, chaque pays ayant des coûts et des stratégies différents. Si une nouvelle crise génère un besoin de sauvetage auprès des différents membres de l’UE, celui-ci devrait être synchronisé et coordonné par un mécanisme unique à un coût optimal.
- La discipline et la coordination budgétaires ont été des points faibles de l’Union européenne pendant la crise. L’émission de nouvelles dettes à un taux élevé, le non-respect de l’objectif de 60 % du ratio de la dette sur le PIB et le manque d’efficience dans la gestion du coût de la nouvelle dette ont aggravé la crise économique. Une meilleure coordination fiscale et une stratégie budgétaire européenne centralisée peuvent réduire l’impact de la crise.
- Un système commun de garantie des dépôts permettrait de réduire le prix de l’assurance et de créer un environnement plus sûr pour les épargnants au sein de l’UE. Dans le cas d’une nouvelle crise, une assurance dépôts permettrait de réduire la fuite des dépôts, ce qui donne la possibilité de diminuer la pression négative sur l’économie.
IV. Une meilleure coordination budgétaire
Principaux résultats
- Une économie de 85 milliards d’euros, soit de 0,65 % du PIB, serait réalisée à travers une meilleure coordination budgétaire dans un scénario de crise souveraine. Une perte de 104 milliards d’euros de crédit total de financement à l’économie serait évitée.
- Dans l’hypothèse d’une nouvelle crise financière, le coût de la « non-Europe » serait de 58 milliards d’euros, représentant 0,45 % du PIB. Les prêts proposés à l’économie seraient diminués avec moins de 65 milliards d’euros dans une union efficiente.
Il est important de souligner que la stratégie orientée vers une augmentation de la dette de l’UE a commencé à l’aube de la crise, dans la nécessité de recapitaliser les banques et d’injecter des fonds dans l’économie.
Méthodologie
Nous employons un modèle linéaire généralisé de panel prenant en compte le lien entre le niveau des flux de crédit à l’économie, la croissance du PIB, le ratio de la dette sur le PIB et les cycles du crédit.
Le niveau des flux de crédit représente la somme des totaux des prêts octroyés par les banques européennes à des contreparties européennes. Les sources des données sont Bankscope et Eurostat. Ces chiffres comprennent les prêts commerciaux, les prêts hypothécaires et le crédit à la consommation. C’est ainsi que nous parvenons à expliquer la variation du niveau des flux de crédit en fonction du ratio de la dette sur le PIB et du niveau du cycle du crédit.
Niveau des flux de crédit = F (ratio de la dette sur le PIB, crédit Cycles)
L’estimation économétrique met en exergue les dépendances suivantes :
- l’augmentation du niveau du ratio de la dette sur le PIB induit une diminution du niveau des flux de crédit à l’économie ;
- une tendance positive dans le cycle du crédit avec une amélioration de la solvabilité des entreprises de l’Union européenne entraîne une augmentation du niveau des flux de crédit à l’économie ;
- une diminution du niveau des flux de crédit génère une diminution de la croissance économique.
Pour chaque scénario, nous calculons l’impact sur le niveau des flux de crédit de l’économie et sur le PIB. Nous obtenons donc une distribution des pertes économiques à l’issue de chaque scénario. Le coût de la crise est calculé sur la base des pires cas qui surviennent une fois dans un siècle (scénario centenaire), soit un intervalle de confiance de 99 %.
La simulation des pertes économiques, lors d’une nouvelle crise, est faite pour les deux cas de figure : une UE forte (
Résultats
Nous simulons 10 000 scénarios agrégeant le cycle de crédit et le ratio de la dette sur le PIB avec quelques hypothèses impliquant l’efficience du cadre européen. Ainsi, dans une Europe forte, nous supposons ce qui suit :
- les pays réussissent à maintenir une coordination fiscale ;
- il y a une faible dépendance entre le cycle du crédit et une augmentation de la dette par rapport au PIB.
V. Un système commun de garantie de dépôts
Principales constatations
- Le coût de la « non-Europe » pour un scénario de crise souveraine est estimé à 32,5 milliards d’euros représentant 0,25 % du PIB. La fuite des dépôts sera diminuée de 16 milliards d’euros.
- Dans le cas d’une crise financière, le coût de la « non–Europe » serait de 64 milliards d’euros représentant 0,49 % du PIB et une fuite des dépôts diminuant de 49 milliards d’euros.
Méthodologie
Notre approche se décline sur deux points. D’abord nous développons un modèle de tarification de la garantie des dépôts et démontrons qu’un schéma commun est plus efficace qu’une garantie au niveau de chaque état membre. Par la suite, nous analysons l’impact de la variation du niveau des dépôts des banques européennes sur l’économie réelle. Sous l’hypothèse d’une nouvelle crise européenne, une garantie commune limiterait la fuite des dépôts hors des banques de l’UE. Ainsi une moindre contraction du niveau des dépôts réduirait l’assèchement des flux de crédit à l’économie et implicitement la perte de PIB.
Afin d’évaluer l’impact d’un système unique de garantie, nous développons un modèle de tarification pour l’assurance dépôts. Nous considérons ici que l’assurance dépôts protège le titulaire du dépôt en cas de défaut ou de défaillance de la banque. Donc, conceptuellement, le prix de l’assurance est directement lié à la solvabilité (probabilité de défaut) des banques et des pays où les banques sont basées et/ou fonctionnent.
Suivant ces hypothèses, une assurance est similaire à une option financière qui donne à son propriétaire le droit, mais pas l’obligation, de réclamer ses dépôts à une valeur spécifiée (c’est-à-dire nominale ou indexée) dans un laps de temps indiqué. Ainsi, l’effet d’une garantie parfaite est identique à celui d’une option de vente, où le montant des dépôts correspond au prix d’exercice, et où la valeur de l’actif de la firme correspond à l’actif sous-jacent (voir Annexe).
La figure 8 montre les résultats du modèle pour les coûts des garanties des dépôts par pays. Les pays nordiques (Suède, Allemagne, Royaume-Uni, Danemark, Pays-Bas) ont un coût considérablement inférieur par rapport à la moyenne de l’UE (<
La diminution des dépôts dans les pays du Sud affecte la capacité des banques locales à financer l’économie. La moyenne pondérée du coût du dépôt de garantie de la part de l’UE est de 1,5 pb. Le prix est très hétérogène dans chaque pays de l’UE, et dépend principalement du spread CDS du pays et de la banque.
Une fois le coût de l’assurance dépôts calculé, nous évaluons la relation entre le niveau des dépôts et la croissance de l’économie réelle. Nous employons un modèle linéaire généralisé de panel expliquant le lien entre le niveau des dépôts détenus par les banques de l’UE, la croissance du PIB, le ratio de la dette sur le PIB et les cycles de crédit. Un régime fiable d’assurance-dépôts limiterait la contraction du niveau du dépôt lors d’une baisse du cycle de crédit. Si un ou quelques pays de l’Union européenne observent une dégradation de leur solvabilité, l’assurance permettra de limiter la taille des flux des dépôts (fuite des dépôts) à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne.
Le niveau des dépôts représente la somme des totaux des dépôts détenus par des banques européennes. Les sources des données sont Bankscope et Eurostat. En outre, nous parvenons à expliquer la variation du niveau des dépôts en fonction du ratio de la dette sur le PIB et du niveau du cycle du crédit.
Niveau des dépôts = F (ratio de la dette sur le PIB, cycle de crédit)
L’estimation économétrique met en avant les relations suivantes :
- l’augmentation du niveau de ratio de la dette sur le PIB induit une diminution du niveau des dépôts ;
- une tendance positive dans le cycle du crédit avec une amélioration de la solvabilité des entreprises de l’Union européenne entraîne une augmentation du niveau des dépôts dans des banques européennes ;
- un dispositif commun de garantie des dépôts limite l’impact d’une tendance baissière du cycle de crédit ;
- une diminution du niveau des dépôts affectant directement les banques dans leur capacité à offrir des services de crédit découle de l’économie et génère une diminution de la croissance économique.
Dans un scénario de crise souveraine, le coût moyen pondéré du dépôt de garantie de la part de l’UE est de 2,0 pb avec un schéma commun, et de 3,5 pb avec un régime de garantie par pays. Pour le montant actuel des dépôts, la différence entre les deux options serait de 3,3 milliards d’euros.
Dans un scénario de crise financière, le coût moyen pondéré de la garantie unique des dépôts est de 2,5 pb. Dans l’hypothèse d’un schéma de garantie au niveau de chaque pays le coût serait de 3,0 pb. Pour le montant actuel des dépôts, la différence entre les deux options serait de 1,1 milliard d’euros.
Résultats
Le coût de la « non-Europe » pour un scénario de crise souveraine est estimé à 32,5 milliards d’euros, soit 0,25 % du PIB. L’effet de fuite des dépôts des banques européennes sera diminué de 16 milliards d’euros à travers un régime de garantie commune des dépôts.
Dans le cas d’une crise financière, le coût de la « non-Europe » serait de 64 milliards d’euros représentant 0,49 % du PIB. L’effet de fuite des dépôts des banques européennes sera diminué de 49 milliards d’euros.
VI. Diminuer les effets d’une nouvelle crise
Principales conclusions
- Dans le cas d’une nouvelle crise souveraine, le coût de la « non–Europe » serait de 222,3 milliards d’euros représentant 1,71 % du PIB actuel. L’économie dans le cas d’une opération de sauvetage est de 823 milliards d’euros.
- Selon les hypothèses d’une crise financière, les économies générées par une véritable union sont estimées à 195 milliards d’euros représentant 1,5 % du PIB actuel. Les économies en termes de besoin de sauvetage sont estimées à 436 milliards d’euros.
Ratio d’adéquation des fonds propres = Capital/total des actifs pondérés de risques
La figure 10 montre l’adéquation entre le capital et la notation de Standard & Poor’s par pays. Les banques des pays qui ont fait l’objet d’une opération de sauvetage sont mal capitalisées. Depuis le début de la crise, la capitalisation s’est améliorée, mais des efforts supplémentaires sont encore nécessaires afin qu’elle soit efficace.
La figure 11 montre le résultat de la dégradation des ratings et de l’adéquation des fonds propres à la suite d’une crise souveraine. Pour la simulation de la crise, nous supposons qu’une dégradation soudaine de la qualité du crédit des banques se produit avec une augmentation soudaine des CDS et une forte propagation des pertes. La volatilité du marché augmente également, et en conséquence, le RWA équivalent croît. Nous faisons la distinction entre une crise souveraine et une crise financière :
- dans une crise financière, les banques ont des actifs plus risqués et des probabilités de défaut plus élevées ; néanmoins, les ratings des dettes souveraines ne sont pas affectés de manière significative, et l’Union est capable de poursuivre la recapitalisation à un coût approprié ;
- dans une crise souveraine, non seulement les établissements financiers sont affectés par les marchés, mais aussi les dettes souveraines avec des CDS qui augmentent, et les pays observent une dégradation de leur rating, engendrant ainsi un coût de sauvetage élevé et des pertes plus importantes au niveau du PIB.
Sauvetage
Dans nos scénarios, nous considérons que dans une nouvelle crise souveraine, le secteur bancaire européen nécessiterait une forte recapitalisation. Au cours de la précédente crise de la zone euro, le coût de l’endettement était hétérogène. Une résolution unique permettrait de réduire sensiblement le coût d’émission de nouvelles dettes souveraines et de recapitalisation des banques.
Ratio d’adéquation des fonds propres = F (capital, actifs, rating du pays, CDS, conditions du marché)
Lors d’une opération de sauvetage pendant une crise, deux mécanismes à effets de ciseaux sont possibles, tous les deux impliquant une pression négative sur le PIB :
- la recapitalisation des banques est faite via l’émission d’une nouvelle dette souveraine avec une augmentation du ratio de la dette sur le PIB et une pression négative sur la croissance économique ;
- pour réduire les besoins en capitaux, les banques peuvent vendre une partie de leurs actifs, et réduire ainsi les flux de crédit disponibles avec une pression négative sur l’économie réelle.
Résultats
Dans le cas d’une nouvelle crise souveraine, le coût de la « non-Europe » serait de 222,3 milliards d’euros représentant 1,71 % du PIB actuel. L’économie dans le cas d’une opération de sauvetage est de 823 milliards d’euros.
Dans les hypothèses d’une crise financière, les économies générées par une union forte sont estimées à 195 milliards d’euros représentant 1,5 % du PIB actuel. Les économies en termes de recapitalisation sont estimées à 436 milliards d’euros. L’EAV se décompose en deux parties :
- la diminution des pertes économiques grâce à une union bancaire robuste ;
- la réduction du coût de la nouvelle dette issue suite à une stratégie commune de sauvetage.
VII. Insuffisances et obstacles restants
Nous avons également identifié quelques pistes d’amélioration du cadre prudentiel de l’UE, qui pourraient renforcer l’efficacité de cette dernière et mieux préparer l’économie pour faire face à une crise à l’avenir.
Flux des capitaux dans l’UE
Une optimisation des flux des capitaux au sein de l’Union européenne sur les instruments de la dette et d’« equity » est nécessaire pour créer une économie plus efficiente. L’entre en vigueur de la nouvelle taxe sur les transactions financières devrait être accompagnée par une étude de son impact sur les flux de capital.
Agences de notation
La dernière crise de la zone euro a montré une forte subjectivité des agences de notation envers la dette émise par les pays de l’UE en accentuant l’effet de la crise. Une réglementation transparente des agences de notation et une proposition pour une agence de notation européenne pourraient réduire les effets d’une nouvelle crise souveraine. Les portefeuilles des dettes souveraines détenues par les banques européennes jouent un rôle majeur dans l’équilibre du marché.
Portefeuilles de produits dérivés et leur clearing
Le rôle des portefeuilles de produits dérivés comme facteur de contagion a été souligné au cours de la crise. La création des chambres de compensation centralisées (CCP) résout partiellement cette question, mais génère également de nouveaux points de concentration des risques de marché et augmente la propagation des pertes extrêmes entre les établissements. Un encadrement solide de ces entités est nécessaire avec un organisme européen de validation pour les produits qui peuvent être compensés (clearés), notamment les produits liquides (« swaps inflation »).
Mécanismes de sauvetage
Un mécanisme de résolution unique est clairement plus adéquat qu’un mécanisme hétérogène. Il est important d’évaluer la faisabilité du mécanisme, ainsi que la robustesse du fond de résolution unique et la vitesse à laquelle le sauvetage pourrait avoir lieu.
Conclusions
La crise récente reflète la forte hétérogénéité des diverses économies et des différents systèmes financiers au sein de l’Union européenne. Ainsi, la crise financière a généré non seulement une crise économique, mais aussi une crise de confiance par rapport aux États européens et à la fiabilité de l’Union européenne.
Nous développons une analyse empirique en utilisant un modèle économétrique qui prend en compte, dans une perspective comportementale, la relation entre les caractéristiques des marchés financiers, les indicateurs macroéconomiques et les données comptables des institutions financières dans les vingt-huit pays de l’Union européenne.
L’étude, montre le rôle majeur qu’une intégration efficace et optimale de l’Union économique et monétaire puisse jouer, afin de limiter les pertes générées au cours d’une nouvelle crise économique et financière. Dans la perspective d’une nouvelle crise souveraine, une meilleure coordination budgétaire entre les pays de l’UE devrait générer une économie de 85 milliards d'euros représentant 0,65 % du PIB de l’Union européenne. Une union bancaire pleinement fonctionnelle permettrait d'économiser 222,3 milliards d’euros, résultant d’une capitalisation renforcée des institutions financières au sein de l’UE.
Pour aboutir à une plus forte synergie de l’économie européenne, plusieurs thèmes devraient être approfondis : l’optimisation du flux des capitaux au sein de l’UE, le rôle des agences de notation, les portefeuilles de dérivés, ainsi que la centralisation du « clearing » et les mécanismes de sauvetage.
L'union bancaire, en instituant le MSU et le MRU, assure la crédibilité du sauvetage d'une banque en difficulté en déchargeant les États de cette responsabilité. Cela devrait aider à réduire les divergences entre pays. Cependant l’insuffisance, en termes de capacité et de force de frappe, des fonds – banques et dépôts – représente le principal défi de l'union bancaire et le principal point de faiblesse. Cet enjeu, pourrait, en effet, entraîner une remise en cause de la crédibilité de ce processus.
Principaux résultats
· Une économie de 85 milliards d’euros, soit de 0,65 % du PIB, serait réalisée à travers une meilleure coordination budgétaire dans un scénario de crise souveraine. Une perte de 104 milliards d’euros de crédit total de financement à l’économie serait évitée.
· Dans l’hypothèse d’une nouvelle crise financière, le coût de la « non-Europe » serait de 58 milliards d’euros, représentant 0,45 % du PIB. Les prêts proposés à l’économie seraient diminués avec moins de 65 milliards d’euros dans une union efficiente.