Cartes bancaires

À l’Est, du nouveau !

Créé le

08.10.2010

-

Mis à jour le

12.10.2012

Si le parc de cartes de débit ne cesse de s’agrandir en Europe de l’Est, leur utilisation par la population est loin d’être maximale, faute de GAB et terminaux de paiement en nombre insuffisant. En revanche, le paiement en ligne, le « sans contact » et la biométrie pourraient devenir les sources de croissance de demain.

Dans les pays d’Europe de l’Est, dont les pays Baltes, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, l’Ukraine, la Slovénie, le Bélarus, la Roumanie et la Bulgarie, les émissions de cartes à puce devraient enregistrer une progression à deux chiffres au cours des cinq prochaines années, passant de 274 millions d’unités en 2008 à un peu moins de 400 millions en 2013, soit un taux de croissance total moyen de 8,4 % par an. Le nombre de cartes actuellement en circulation dans les pays occidentaux est en moyenne de deux par personne, soit plus du double de celui des pays de l’Est.

De plus en plus de cartes de débit…

Les émissions de cartes à débit sont considérées comme essentielles. Plusieurs pays d’Europe de l’Est, dont la Bulgarie qui a vu le nombre de cartes émises doubler au cours des cinq dernières années pour atteindre 8,7 millions d’unités, attribuent en grande partie cette expansion à l’utilisation croissante de ce type de cartes dans des canaux alternatifs tels qu’Internet et la téléphonie. D’autres pays ont également enregistré une croissance significative de leur parc de terminaux points de vente (TPV). Cette évolution se traduit par l’utilisation des cartes au détriment des espèces en tant que moyen de paiement courant, le consommateur faisant de plus en plus confiance à la « monnaie plastique » par rapport aux espèces.

De plus, et c’est également vrai dans l’ensemble de l’Europe, la plupart des institutions financières d’Europe de l’Est ont enregistré une hausse significative des fraudes aux automates bancaires, comme le card skimming (vol de données par copie frauduleuse de cartes). La Slovaquie, la Hongrie, la Pologne et la Bulgarie font ainsi état d’une hausse de ce phénomène [1] . Certains pays d’Europe de l’Est estiment que le coût moyen d’une unique attaque de skimming pour une institution financière est de 15 000 euros – remplacement de la carte et image de marque écornée compris. Il n’est dès lors guère difficile de comprendre pourquoi les opérateurs de distributeurs automatiques s’engagent à protéger les données stockées dans les cartes à puce en utilisant le standard EMV (Europay MasterCard Visa).

…mais encore peu utilisées

En ce qui concerne l’utilisation des cartes de paiement, l’augmentation du nombre de cartes EMV en circulation s’accompagne d’une hausse du niveau de confiance que les consommateurs accordent aux cartes à puce pour effectuer leurs paiements. Mais s’il favorise la confiance accordée aux cartes en tant que moyen de paiement, le facteur « sécurité » ne se traduit pas toujours directement par un taux d’utilisation élevé. À cet égard, certains pays comme la Bulgarie, le Kazakhstan, la Russie et l’Ukraine ont encore du pain sur la planche. Dans ces pays, le nombre de transactions est estimé à moins de cinq par an et par carte bancaire. À titre de comparaison, le nombre de transactions enregistrées dans des pays occidentaux tels que les scandinaves est de 70 par an et par carte, et ce, uniquement sur les terminaux point de vente. [2]

Si les émissions de cartes semblent devoir progresser dans tous les pays d’Europe de l’Est, quelles sont les tendances en termes d’utilisation ? Est-ce que le consommateur de demain s’en servira ? Si c’était le cas, en extrapolant la tendance observée sur les émissions de cartes, la valeur des paiements réalisés devrait passer de 94 milliards d’euros en 2008 à 172 milliards d’euros en 2013.

La baisse des interchanges

Quel est le moteur de cette évolution ? Au-delà des avantages de sécurité apportés par le standard EMV, l’impact de la baisse des commissions d’interchange constitue actuellement un facteur très important. Les principaux émetteurs de cartes bancaires ont publié début 2010 différentes annonces [3] :

  • en janvier 2010, MasterCard a informé ses clients de la baisse des commissions interbancaires de paiement aux distributeurs ;
  • Visa Europe (« Visa ») a suivi l’exemple en avril 2010 en « informant les banques affiliées que les commissions d’interchange aux distributeurs en Pologne passeraient de 3,50 à 1,30 z ł otys [soit d’environ 0,87 à environ 0,32 euro, au taux de change courant], à compter du 1er mai 2010 ».
On mesure l’ampleur de cette décision si l’on considère qu’en Pologne, 38 % des distributeurs automatiques sont installés en dehors des établissements bancaires, avec un volume moyen de 4 052 transactions par mois [4] . Avant les changements décidés par MasterCard, puis par Visa, les recettes moyennes réalisées par distributeurs étaient de 14 175 złotys par mois. Aujourd’hui, ces recettes ont chuté à 5 265 złotys par distributeur et par mois, soit une baisse moyenne de 62 %. Essentiellement subie par la partie « acquéreur » des banques de détail et par les opérateurs de distributeurs indépendants, cette baisse a eu un impact direct sur les programmes de développement de distributeurs automatiques et, dans certains cas, il a même été nécessaire de supprimer et de déplacer certains guichets.

Si cette situation peut entraîner une augmentation générale de la demande en cartes de paiement, dans la mesure où la disponibilité d'espèces tend à se réduire, les institutions affectées sont davantage concernées par l’impact à court terme de l’indisponibilité pour les consommateurs : c’est tout particulièrement le cas dans les zones rurales où la demande en espèces est critique en raison du faible nombre de terminaux acceptant les cartes comme moyen de transaction.

Le graphique 1 illustre l’augmentation du nombre de distributeurs déployés en Pologne : les prévisions pour 2010 tablaient sur la poursuite de cette hausse d’environ 15 %, mais cet objectif ne sera pas atteint en raison des difficultés liées à la baisse des commissions d’interchange.

Ainsi, alors que l’utilisation de cartes bancaires devrait augmenter dans les pays de l’Est, le processus de mise en œuvre des infrastructures correspondantes, comme les terminaux de paiement qui acceptent des cartes, accuse un important retard par rapport aux pays d’Europe de l’Ouest.

Espèces : la demande demeure forte

Par ailleurs, la demande en espèces reste élevée dans tous les pays d’Europe de l’Est. Mais en Ukraine, par exemple, ces cinq dernières années ont vu une légère baisse de cette demande. Toutefois, si l’on s’intéresse à la tendance relative au déploiement de guichets automatiques bancaires (graphique 2), il est possible que cette légère baisse ne corresponde pas exactement à la réalité de demain. À moins que…

Il est intéressant de noter que la Slovénie est l’un des pays d’Europe où le taux de pénétration des cartes bancaires est le plus élevé. Ceci est, dans une large mesure, lié à la forte utilisation d’Internet pour effectuer des achats, les guichets automatiques servant principalement aux retraits d’espèces. Cette situation semble caractéristique de la façon dont les cartes bancaires seront bientôt utilisées dans d’autres pays d’Europe de l’Est et explique pourquoi l’utilisation des cartes va progresser dans cette région.

La biométrie, une avancée pour les zones rurales

Les automates bancaires vont-ils demeurer le moyen utilisé par les consommateurs pour retirer des espèces avec une carte de débit ou crédit, ou vont-ils devenir une destination pour les nouvelles cartes conçues pour accéder à de nouveaux modes de transactions ? On enregistre actuellement un intérêt croissant de la part de certaines institutions financières d’Europe de l’Est en faveur de l’introduction de cartes à puce ou sans contact qui sont essentiellement adaptées aux transports en commun et aux achats de faible valeur. Une fois de plus, l’attitude des consommateurs sera décisive. Les consommateurs considèrent que ces cartes sont « davantage sécurisées » dans la mesure où elles ne quittent jamais la main de leur propriétaire. Autres avantages, les transactions sont plus rapides et plus pratiques.

Le graphique 3 illustre les différents types de cartes en service en Pologne. L’augmentation du parc de cartes combinant une bande magnétique et une fonction intelligente (une puce) y apparaît clairement.

L’utilisation de technologies en constante évolution comme nouveau moyen d’identification est également envisagée par de nombreuses institutions financières d’Europe de l’Est. Parmi ces innovations figurent la biométrie et les téléphones équipés de la technologie de « communication en champ proche » (NFC). Si cet intérêt ne constitue une menace immédiate ni pour les cartes traditionnelles (à crédit et débit) ni pour les nouveaux types de cartes (cartes sans contact, par exemple), il convient de souligner que ces innovations suscitent un intérêt croissant dans les pays de l’Est.

En ce qui concerne la biométrie, des poches de croissance ont été identifiées en dehors de l’Europe, notamment dans des pays qui se caractérisent par une importante population migrante. C’est le cas de la Colombie et du Chili où la main-d’œuvre temporaire payée en espèces ne dispose pas de compte bancaire dans le pays. L’accès aux fonds par le biais d’automates bancaires est rendu possible par l’utilisation de techniques biométriques, telles que les empreintes digitales, et non au moyen d’une carte. En Europe de l’Est, si les technologies biométriques n’ont pas encore fait l’objet de déploiements de grande envergure, certains pays y voient une solution économique grâce auquel les communautés rurales pourront accéder à des espèces afin de les utiliser par la suite pour effectuer des paiements.

Le potentiel du paiement mobile sans contact

Une seconde innovation concerne l’évolution des paiements sans contact. Les communications en champ proche, une technique de communications sans fil à courte portée et en fréquences élevées, permettent d’échanger des données entre des terminaux distants d’une dizaine de centimètres. Au lieu d’utiliser une carte pour communiquer avec un distributeur automatique ou un terminal point de vente, le consommateur utilisera son téléphone mobile avec fonction NFC pour régler ses achats.

Une nouvelle fois, certaines banques d’Europe de l’Est parmi les plus innovantes s’intéressent de près aux avantages de cette technologie pour les paiements dans leur pays. Ceci est directement lié au fait que le taux de pénétration total des téléphones mobiles y atteint 123 % selon Wireless Intelligence (2010), ce qui place cette région à la suite des pays occidentaux où ce taux est de 130 %. La technologie NFC dispose de solides atouts pour devenir un nouveau mode de paiement. Toutefois, comme on l’a vu avec le standard EMV, tant que les appareils capables de communiquer avec des téléphones NFC ne seront pas suffisamment nombreux, il est peu probable que cette solution s’impose à court ou moyen terme.

L’essor des cartes de paiement en Europe devrait se poursuivre régulièrement au cours des cinq prochaines années, les prévisions faisant état d’un parc d’1,4 milliard de cartes en service à l’horizon 2013.

1 Source : EAST 2009. 2 Source : Banking Automation, octobre 2009. 3 Finextra et al. 28 avril 2010. 4 Source : RBR 2009.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº285
Notes :
1 Source : EAST 2009.
2 Source : Banking Automation, octobre 2009.
3 Finextra et al. 28 avril 2010.
4 Source : RBR 2009.