Le Sepa engendre des changements essentiels dans le développement du marché unique européen. Si les avantages de ce projet sont reconnus par une majorité d’acteurs dans le milieu du cash management, sa mise en place réclame des efforts importants en termes d’infrastructures et de procédures.
Des opportunités pour les trésoriers et les banques
Le Sepa est censé provoquer un changement d’échelle dans le raisonnement des grandes entreprises : le marché européen devenant « domestique », elles pensent dès lors « relations bancaires européennes » et non plus « relations bancaires nationales ». Elles cherchent des banques globales européennes pouvant gérer les flux dans de nombreux pays et proposer une solution appropriée de gestion de la liquidité.
Le Sepa est effectivement un contexte favorable pour l’émergence chez les entreprises de projets de centralisation et de rationalisation de leur organisation bancaire européenne, de type payment factory. Le virement devenant homogène à l’échelle européenne, il fait pleinement sens de réunir ses paiements en un point unique, avec une réflexion plus globale de centralisation de la communication bancaire (ce type de projet s’accompagne en général de la mise en place d’une communication bancaire unifiée via Swiftnet). Ainsi, une entreprise n’aura plus la nécessité d’avoir des comptes par pays, avec à chaque fois une ou plusieurs banques, comme c’est souvent le cas aujourd’hui ; cela renforcera la concurrence entre les établissements bancaires, simplifiera les démarches administratives des entreprises et des banques et permettra de réaliser des économies d’échelle.
De l’autre côté du miroir, les banques voient leur marché domestique s’élargir et peuvent désormais prétendre à une offre beaucoup plus large et européenne que celle qui est lié a leur marché domestique d’origine.
De manière plus générale, le Sepa doit permettre de « gommer » certaines grandes différences dans les systèmes de cash management domestiques, que ce soit en termes de fonctionnement ou de prix de marché. Pour les moyens de paiement visés, l’idée est effectivement que les prix deviennent homogènes entre tous les pays, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui dans les différents pays de la zone. En effet, des écarts très importants peuvent être constatés sur un même moyen de paiement entre un pays dit « mature » (Belgique, Pays-Bas…) et un pays « moins mature » (Italie, Espagne…).
Les Slovènes et les Luxembourgeois : les plus gros utilisateurs du virement Sepa
Le calendrier initial du projet prévoyait une disparition des moyens de paiement nationaux à partir de 2010… Or à la fin du mois d'août 2010, seulement 9 % des virements intra-européens étaient des SCT ; le passage de la sphère publique au SCT, prévu normalement d’ici fin 2011, devrait jouer positivement sur ce pourcentage dans le sens où l’administration publique et la sphère sociale représentent à elles seules une grande proportion de virements.
En France, pour l’instant, le nombre d’entreprises émettant des SCT de bout en bout en XML reste relativement faible (Alcatel-Lucent, Danone, EDF, Voyageurs du Monde…). Pour l’hexagone et dans le système domestique de compensation de paiement de masse STET-CORE, la part des SCT a représenté seulement 1,6 % des virements traités au premier semestre 2010.
Dans les pays d’Europe du Sud, la situation est, là aussi, préoccupante, avec des pourcentages très faibles : 0,9 % pour la Grèce et 2 % pour l’Italie notamment.
Les bons élèves sont les Belges (23 %), les Slovènes (40 %) et les Luxembourgeois (90 %).
Une offre bancaire insuffisante pour la gestion des mandats
Le projet Sepa est un projet lourd, coûteux et transversal au sein des organisations et donc difficile à coordonner et à faire avancer. Les enjeux financiers ne suffisent pas à eux seuls à mobiliser les troupes.
En effet, si l’on regarde le cas du SCT, le gain financier n’est ni évident ni immédiat pour les entreprises, du fait d’un premier niveau d’harmonisation qui avait déjà été atteint avec l’adoption en 2001 d’une directive visant à aligner les frais facturés pour tous les virements transfrontaliers d’un montant inférieur à 50 000 euros sur ceux perçus pour des paiements domestiques.
L’offre des banques est relativement homogène sur le SCT, l’élément essentiel étant le prix, qui s’approche peu ou prou des tarifs des virements domestiques. Quant à la gestion des retours (messages renvoyés par la banque en cas de non-aboutissement du message), elle reste apparemment très hétérogène d’une banque à l’autre, ce qui rend la tâche d’autant plus difficile aux entreprises qui mettent en place le SCT.
Le manque d’engouement n’est donc pas si difficile à comprendre, d’autant plus que ce projet intervient dans un contexte où les DSI (directions des systèmes informatiques) des entreprises sont déjà monopolisées sur le renouvellement du système de communication bancaire liée à la disparition du protocole Etebac.
Quant au SDD, le modèle économique est encore très incertain. Les commissions d’interchange étant très différentes d’un pays à l’autre (certains pays comme l’Allemagne n’en ont pas, alors qu’en Italie, elle s’élève aujourd’hui à 0,25 euro, soit le double de la France), il est très difficile de trouver un accord sur l’interchange du futur SDD. C’est pourquoi la France a décalé d’un an la mise en place du projet, sur demande des banques françaises qui voulaient que le modèle économique soit figé avant de le mettre en place. Un an plus tard, on n’y voit malheureusement pas plus clair. Par ailleurs, les entreprises qui se sont penchées sur le projet entrevoient de réelles contraintes techniques, notamment dans la gestion du mandat, qui ne les encourage pas à s’engager tête baissée vers le SDD. Aujourd’hui, il semble que très peu de grands remettants envisagent d’y passer dans les mois à venir.
Sur la gestion des mandats qui est un point névralgique du sujet notamment en France où les autorisations de prélèvement ne sont actuellement pas gérées par le créancier, peu de banques aujourd’hui présentent une offre réelle avec un partenaire qui propose aux entreprises une externalisation de la gestion des mandats.
Dans les pays de l’Europe du Sud comme l’Espagne ou l’Italie, les entreprises ne semblent pas plus enchantées par le futur prélèvement Sepa dans la mesure où tous les acteurs semblent très satisfaits du fonctionnement des moyens de paiement nationaux, et où le SDD leur apparaît plus comme un retour en arrière qu’un progrès.
Pour finir, le « Sepa Card Framework » semble a priori voué à l’échec, à court terme tout du moins. Ce sujet apparaît comme très lointain dans les priorités des entreprises qui ont déjà fort à faire avec la mise en place du SCT et le changement de leur outil de communication bancaire.
C’est sans compter qu’il sera confronté aux mêmes problèmes que le SDD, en raison notamment de situations de départ très hétérogènes du point de vue des commissions interbancaires. Le lobbying de certaines instances (GIE Cartes Bancaires en France et autres équivalents nationaux, VISA, Mastercard…) constituera lui aussi un frein.