L'actualité des M&A bancaires

L'Espagne fait la Une

Créé le

21.07.2010

-

Mis à jour le

28.07.2011

Pendant que l’Espagne fait la une des quotidiens sportifs, son paysage bancaire est l’épicentre d’un vaste mouvement de consolidation. Après les caisses d’épargne, c’est désormais au tour des banques commerciales d’être concernées.

Les caisses d'épargne, qui représentent environ la moitié du secteur bancaire espagnol, sont entrées dans une véritable frénésie de fusions au cours du mois dernier, sous l’œil complice des autorités de tutelle qui y voient un moyen de constituer des groupes puissants et de faire disparaître les acteurs insolvables. En effet, quatre rapprochements viennent d’être annoncés dont deux impliquant les deux plus grandes d’entre elles, La Caixa et Caja Madrid (encadré 1).

Compte tenu de l’influence déterminante des responsables politiques locaux dans leur exécutif, la consolidation observée, notamment au niveau inter-régional, s’est généralement faite grâce à l’utilisation d’un instrument novateur : le « système institutionnel de protection » ou « SIP ». Le SIP, également connu sous le nom de « fusion froide », est un modèle d’union qui permet à chaque caisse de rester relativement autonome tout en créant une solidarité financière avec les autres. Dans les faits, il s’agit de permettre aux partenaires de conserver leur marque commerciale ainsi que leur réseau d’agences, tout en mutualisant les risques, les ressources et les résultats. Si les fusions froides ont donc permis de passer outre les réticences politiques, il n'est en revanche pas certain qu’elles permettront de réduire significativement les coûts puisqu’elles limitent le potentiel de synergies.

 

Caja Madrid, première caisse d'épargne espagnole

Depuis le début de la crise, on dénombre au total pas moins de 12 fusions impliquant 38 cajas dont six opérations inter-régionales (encadré 2). Par ailleurs, sept d’entre elles prévoient de recourir au Fonds de restructuration ordonnée bancaire (FROB), créé il y a un an par le gouvernement de José-Luis Zapatero, pour un montant cumulé supérieur à 10 milliards d'euros [1] . Seules sont restées, pour le moment, à l'écart du processus l’aragonaise Ibercaja, les trois entités basques (Kutxa, BBK et Vital Kutxa) ainsi que de petits établissements locaux. Symbole du grand chambardement qui agite actuellement le secteur des caisses d'épargne espagnoles, le nouvel ensemble formé autour de Caja Madrid va détrôner La Caixa de son premier rang national. Plus significatif encore, sur les 45 caisses d'épargne espagnoles qui existaient avant la crise, il ne devrait en rester que 19 à la fin 2010. D’après des estimations de la Banque d’Espagne, cette forte réduction du nombre des cajas devrait également provoquer la fermeture d’environ 20% des agences et la suppression de 15% des effectifs.

Alors que le processus de restructuration des caisses d’épargne touche à sa fin, tout laisse à penser que le mouvement pourrait désormais s’étendre aux banques commerciales de second rang (Banco Popular, Bankinter, Banco Pastor, Banco Gallego, Banco Etcheverria,…). Pour preuve, l’opération annoncée à la fin juin entre Banco Sabadell et Banco Guipuzcoano, laquelle constitue une première depuis l’éclatement de la bulle immobilière en Espagne. La recomposition de l’industrie bancaire espagnole ne fait donc que commencer.

 

Panorama des principales opérations dans le monde

  • L’espagnol Banco Sabadell a décidé de lancer une offre publique d’achat sur son homologue basque, Banco Guipuzcoano, pour un montant de 734 millions d'euros. Le nouveau groupe comptera plus de 92 milliards d’euros d’actifs, environ 11.000 salariés et 1.436 agences. Cette acquisition permettra tout d’abord à Banco Sabadell de conforter sa place de quatrième banque commerciale espagnole en termes d’actifs derrière Banco Santander (1.110 milliards), BBVA (535 milliards) et Banco Popular (142 milliards). En outre, il apparaît que la complémentarité géographique entre les deux établissements est forte. En effet, Banco Guipuzcoano est surtout présente dans le nord-ouest du pays, une zone attractive où la banque catalane ne disposait à ce jour que d’une assise très limitée. A l’issue de l’opération, la banque basque gardera néanmoins sa marque et continuera d'opérer comme une entité autonome.
  • Barclays vient de racheter le suédois Tricorona pour 1,13 milliard de couronnes suédoises. Cette société est spécialisée dans le développement et le courtage de crédits carbone. Si l’opération reste modeste par sa taille, elle lui permet cependant d’accéder à un marché de niche à fort potentiel. Une fois la transaction bouclée, Barclays Capital interviendra à la fois comme investisseur dans les projets de réduction des émissions mais aussi comme négociateur de crédits carbone. La banque britannique suit ainsi les traces de sa rivale américaine JP Morgan qui a pris le contrôle en 2009, via sa filiale Carbon acquisition company, du courtier EcoSecurities pour environ 143 millions d’euros.
  • A la mi-juin, sept caisses d'épargne espagnoles ont décidé de s'unir. Outre Caja Madrid et Bancaja, respectivement numéro deux et trois du secteur, on retrouve cinq autres entités de taille plus modeste : Caja Avila, Caja Segovia, Caja Rioja, Caja Insular de Canarias ainsi que Caixa Laietana. A la tête de 340 milliards d’euros d’actifs, le nouvel ensemble va former la première caja espagnole et le troisième établissement bancaire d’Espagne, derrière Banco Santander et BBVA. Il s’agira par ailleurs de la première banque commerciale et d’entreprises sur le marché national en volume d’activité. La société holding du groupe, basée à Valence, sera détenue à 50% par Caja Madrid contre 40% par Bancaja, les autres caisses partenaires se partageant les 10% restants. Une réduction importante des effectifs, soit l’équivalent de 3.400 salariés, ainsi que la fermeture de 500 agences sont actuellement à l’étude.
  • Société Générale va prendre le contrôle de l'ensemble des activités françaises dédiées à la clientèle entreprises du suédois SEB. Précisément, il s’agit d’un fonds de commerce composé d’environ 300 entreprises, pour l’essentiel des filiales françaises de sociétés nordiques, et de 14 salariés. Faute d'avoir pu atteindre une taille critique dans l’Hexagone, la banque suédoise a donc pris la décision de s'en séparer. Présente en France depuis 1991, SEB conservera néanmoins une activité de banque privée gérée depuis le Luxembourg. Quant à la Société Générale, cette opération lui permet d’une part d'étoffer son périmètre en banque commerciale au niveau national. Pour l'occasion, elle crée d’ailleurs un « nordic desk » au sein de son agence centrale située à l’Opéra qui proposera des services de tenue de comptes et de cash management. D’autre part, cette reprise lui ouvre également des perspectives de développement sur le marché nord-européen, lequel représente un potentiel intéressant d’échanges croisés. La Suède, par exemple, était le dixième investisseur en France en 2009, et dans le même temps elle totalisait près de 700 filiales d’entreprises implantées dans l'Hexagone.
  • Banco Santander vient d’annoncer le rachat d’un portefeuille de 3,2 milliards de dollars de prêts automobiles à Citigroup. De plus, il a été convenu que le numéro un bancaire espagnol va gérer 7,2 milliards de dollars de prêts automobiles qui resteront la propriété de la banque américaine. Cette vente s'inscrit dans le cadre de la stratégie de recentrage initiée en 2008 par l’ex numéro un mondial consistant à céder l’ensemble des actifs jugés non stratégiques, dont l’activité CitiFinancial Auto fait partie. Pour sa part, Banco Santander a multiplié ces derniers mois les opérations de croissance externe dans le crédit automobile, un métier phare de son pôle de crédit à la consommation. Outre l’acquisition du prêteur automobile américain Drive Financial en 2006, le géant ibérique a déjà pris en novembre dernier le contrôle d’un portefeuille de crédits automobiles aux Etats-Unis auprès du britannique HSBC.
Achevé de rédiger le 17 juillet 2010

1 Auxquels il faut ajouter les 2,3 milliards d'euros consacrés au sauvetage de Cajasur en mai 2010 ainsi que les 3,8 milliards déboursés pour éviter la faillite de Caja Castilla La Mancha en 2009.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº727
Notes :
1 Auxquels il faut ajouter les 2,3 milliards d'euros consacrés au sauvetage de Cajasur en mai 2010 ainsi que les 3,8 milliards déboursés pour éviter la faillite de Caja Castilla La Mancha en 2009.