Félicitons-nous de pouvoir disposer d'un rapport sur l'épargne, thème cher à tous ceux dont le métier est de conseiller les épargnants ou de gérer leurs avoirs. Ce sujet est trop longtemps resté dans l'ombre et l'épargne est trop souvent opposée à la consommation, source de croissance à court terme. Le rapport donne une juste place aux intérêts des épargnants, dont le rôle est essentiel pour le développement économique, s'il restait encore des politiques à convaincre. Remercions les auteurs d'avoir privilégié l’efficacité, dans l'exposé des problèmes et dans la présentation des propositions, ce qui a le mérite de concentrer l'attention sur les points essentiels et de ne pas abuser du temps de lecture de chacun. Ce respect de tous est également discernable dans la consultation effectuée avant la publication.
Deux initiatives…
Au fond que propose le rapport ? principalement deux initiatives : un nouveau contrat dénommé « euro croissance » et la mise en place d'un PEA PME. Se fondant sur un ensemble de dix recommandations de principe, les auteurs proposent au total quinze mesures, dont sept concernent l’assurance vie et cinq l'investissement en fonds propres des PME. Le tout est assorti de mesures fiscales encourageant les patrimoines au-dessus d'un demi-million d'euros en assurance vie à diversifier leurs investissements en dehors des contrats en euro classiques, faute de quoi ils ne pourraient conserver les avantages fiscaux actuels. Par sagesse, afin de préserver la stabilité des produits et des traitements fiscaux ou, par faiblesse, pour ne gêner aucun acteur du marché de l'épargne, le rapport propose de ne pas changer le reste.
…pour réallouer l’épargne…
La proposition de contrat « euro croissance » a deux objectifs principaux :
- rallonger les horizons de placement ;
- réallouer l’épargne vers les actifs financiers plus risqués et plus performants et favorisant donc la croissance économique.
La deuxième mesure concernant les PEA PME était dans l'air depuis longtemps et le Président Hollande a récemment confirmé sa mise en place. Le rapport propose de « favoriser le retour pérenne des investisseurs institutionnels vers le financement des PME en croissance et le capital-investissement », sans indiquer s'il peut s'agir de l'ouverture des réglementations des investisseurs vers le financement en crédit et de l’assouplissement de l'investissement en titres non cotés.
…mais rien de nouveau sur l’épargne retraite
Si ces mesures paraissent, sur le papier au moins, adaptées et utiles, il faudra attendre les arbitrages et les textes pour parler de succès. Dans tous les autres domaines, rien de nouveau n'est aujourd'hui proposé. Ainsi en matière de retraite, les auteurs du rapport proposent d'attendre. Comme si le sujet n'était pas brûlant… Il recommande ainsi de « stabiliser l'épargne salariale et l'épargne retraite et de renvoyer l'adaptation éventuelle […] à la négociation des partenaires sociaux sur la protection sociale ». Celle-ci devrait s'ouvrir dans les semaines qui viennent, mais ce ne sera sans doute qu’un nouveau chapitre d'un long feuilleton, qui pourrait, à force, se terminer bien mal. Les constats faits à propos de l’épargne retraite dans le rapport restituent bien la situation, hétérogène, complexe, moins souple que le cadre de l'assurance vie. Les auteurs constatent un succès faible et des encours totaux de 160 milliards d’euros, somme toute modestes par rapport à un patrimoine financier total supérieur à 3 500 milliards. N’est-il pas paradoxal de ne pas chercher à accroître ces réserves à long terme, sources de stabilité de financement ?
Trois propositions pour un rapport plus engagé
Rêvons donc d'un rapport plus engagé, résolument tourné vers l'avenir et la satisfaction des besoins des épargnants futurs retraités. Trois thèmes auraient utilement trouvé leur place, selon moi.
D'abord une dose de capitalisation, en complément ou renforcement des
Deuxième thème à ajouter dans ce rapport de rêve : la formation. En effet, le frein majeur à une meilleure allocation de l'épargne est l'insuffisante culture financière de nos concitoyens. Pourquoi ne pas essayer d'aider les épargnants à mieux comprendre dans leur intérêt ce que signifie investir ? L'indigence de la formation économique et financière de la génération qui épargne doit-elle être rappelée ? Comment rester silencieux sur ce sujet, alors qu'à peine un Français sur deux connaît le produit annuel d'un placement de 100 euros à 2 % ? Au Texas, les conducteurs formés à la conduite prudente bénéficient de réduction de primes sur leur assurance auto. Peut-on rêver d’une réduction de la CSG pour des épargnants mieux formés à l'allocation de leurs actifs ?
Enfin, l'encouragement de bonnes pratiques en matière d'investissement à long terme aurait eu une belle place dans ce rapport. Plusieurs groupes de Place ont réfléchi à des mesures allant dans ce sens. Par exemple, promouvoir les chartes d'investisseurs à long terme où ils s’engagent à être moins prompts à faire tourner les portefeuilles et plus enclins à favoriser l'investissement responsable, acceptant avec patience et confiance les bénéfices d'une économie dans laquelle le dynamisme se conjugue avec une quête de stabilité.
Revenons à la réalité : ce rapport prudent aura, s'il est suivi de mesures concrètes, proposé des réformes modestes mais utiles. Ne gâchons pas les chances de les faire aboutir ! Mais en matière de retraite, le mieux que l'on puisse dire, c'est qu'il est en retrait.