Épargne retraite : la France manque d'un produit simple capable de susciter l'adhésion de tous

Créé le

07.05.2013

-

Mis à jour le

05.06.2013

Les Français n’épargnent pas suffisamment ​pour leur retraite, privilégiant les placements courts et liquides. ​Cette situation pourrait évoluer si le législateur envisageait de créer de nouveaux produits d’épargne. Le régime enregistré d’épargne retraite ​canadien pourrait être une source d’inspiration.

La retraite ? Tout le monde en parle et s'en préoccupe, en France mais aussi en Europe. Dans le but de prendre le pouls des Européens et de comprendre leurs besoins financiers et leurs comportements en termes d’investissement, BlackRock a demandé à l'institut de sondage Yougov de mener, en septembre 2012, une enquête [1] auprès de 11 000 personnes âgées de 25 à 75 ans dans six pays du Vieux Continent : Grande-Bretagne, Allemagne, France, Italie, Pays-Bas et Suisse. Les résultats en disent long sur leur façon d'aborder le sujet et les solutions qu'ils envisagent. Tout d'abord, tout le monde a bien conscience des difficultés à venir : 68 % des Européens (84 % des Français) sont ainsi pessimistes sur les perspectives économiques. Ils sont tout aussi inquiets que réalistes puisqu'ils ne comptent pas sur l'État pour les aider à atteindre leurs objectifs financiers. En effet, la moitié des Français interrogés font confiance à leurs familles et amis pour les aider à satisfaire ses objectifs financiers.

L’immobilisme des Français

Dans ce contexte de crainte exacerbée, les personnes interrogées se montrent particulièrement allergiques à toute prise de risque, limitant leur épargne à des livrets d'épargne ou des comptes bancaires rémunérés. Une épargne de court terme et liquide qui les rassure dans ce climat d'incertitude économique. 52 % des Français interrogés reconnaissent même qu'ils n'épargnent pas pour leur retraite et n'envisagent pas de le faire. Il faut dire qu'ils sont de plus en plus nombreux à reconnaître qu'ils éprouvent des difficultés à se constituer une épargne retraite, n'excluant pas de travailler plus longtemps et de dépenser moins pour s'en sortir. En France, l’écart entre le revenu moyen annuel espéré par les futurs retraités et ce à quoi ils auront vraiment droit est d'ailleurs énorme : s'ils espèrent une rente annuelle de 29 000 euros, celle-ci ne devrait pas dépasser en effet 14 600  euros [2] . Ce constat alarmant ne pousse pourtant pas les populations à se prendre en main, même si elles ont bien compris qu'il ne faudra rien attendre de l'État providence. Cet immobilisme pourrait toutefois évoluer si le législateur envisageait de créer de nouveaux produits d'épargne. Parmi les Français interrogés, 42 % citent ainsi les allégements fiscaux comme outils souhaités pour financer leur épargne retraite.

Les enseignements en termes d’épargne retraite

Face à cette défiance généralisée, à une espérance de vie nettement plus longue pour les hommes et les femmes, à des gouvernements toujours plus pauvres, quelles décisions doivent être prises par les épargnants pour couvrir leurs futurs besoins financiers ? Il est primordial de donner toute sa force au temps. C'est en forgeant une stratégie sur une très longue période qu'elle a quasiment toutes les chances d'être gagnante. De la sorte, il est indispensable de s'y prendre le plus tôt possible, même en épargnant de petites sommes d'argent chaque mois : sur la base d'une contribution mensuelle de 300 euros, les personnes ayant commencé dès maintenant à réaliser cet effort financier peuvent compter sur une valeur finale hypothétique de leur portefeuille de 44 175 euros dans 10 ans. Celles qui s'y prendraient 5 ans plus tard n'auraient que 19 890 euros. Et que dire sur une période de 40 ans ? La première catégorie totaliserait 354 588 euros quand la seconde ne récupérerait pas plus de 274 119 euros.

Autre maître mot pour se constituer d'un capital retraite satisfaisant : la diversification. S’il est judicieux de détenir une part de son capital sous forme de liquidités, pour subvenir aux aléas de la vie, il est encore plus souhaitable de diversifier son épargne à travers différentes classes d’actifs. Certes, les marchés actions ont fait beaucoup parler d’eux ces dernières années, mais sur une période de 25 ans, les actions sont la classe d’actifs ayant généré la meilleure performance, par rapport aux obligations et au monétaire. Contrairement à ce que d'aucuns pourraient penser, se positionner sur de belles entreprises rentables génère moins de risque que celui d’investir exclusivement sur des placements court terme, dont les espérances de rendement s'avéreront bien décevantes après prise en compte de l'inflation.

Quelles solutions préconiser ?

Inquiets, mal informés, conscients toutefois que l'on ne peut compter que sur soi pour préparer sa retraite, les épargnants ne savent comment s'y prendre, ni quel véhicule privilégier, même si les différentes enveloppes ne manquent pas. Avec toutefois cette particularité commune : elles ne satisfont jamais toutes les exigences des futurs retraités :

  • l'assurance vie est essentiellement constituée de fonds en euro reposant sur des produits n'offrant pas tous les impératifs de transparence, ni d’espérance de rendement régulier ;
  • le PEA [3] est très spécialisé et ne permet pas une diversification des classes d'actifs ;
  • d'autres outils ne supposent que des sorties en rente, pas toujours appréciées des personnes soucieuses de se constituer une épargne relativement liquide.
Face à cette offre finalement peu satisfaisante et assez compliquée, force est de constater que la France manque d'un produit simple et capable de susciter l'adhésion de tous. Pourquoi ne pas réfléchir à transcrire en droit français un outil qui a déjà fait ses preuves, comme le régime enregistré d’épargne retraite appliqué au Canada depuis 1950 ? Le principe de ce véhicule est simple : le souscripteur verse des montants réguliers sur un compte épargne, compte qui peut être parallèlement abondé par son employeur. Les fonds peuvent être, en fonction des besoins économiques, entièrement réinvestis dans des entreprises locales ou internationales. Ce compte est bloqué jusqu'à ce que son souscripteur parte à la retraite. Ainsi il peut avoir une durée de vie de 30 à 35 ans, voire plus selon le pays d’origine, par rapport à la date d'ouverture. Le souscripteur n’aura payé aucun impôt pendant toute la période de capitalisation tant sur les intérêts que sur le capital, bénéficiant ainsi de la magie des intérêts composés. Lors du débouclage du compte, il ne sera fiscalisé qu’au fur et à mesure de ses sorties. Ce véhicule est totalement transparent et permet à son détenteur de se constituer une épargne diversifiée, au rythme des fonds dans lesquels il a placé régulièrement ses économies. Avec certes quelques contraintes, comme un plafond de versements (de 22 000 dollars par an et par personne en 2012 au Canada). Le souscripteur doit aussi résider dans le pays où il a ouvert le compte. Le régime enregistré d'épargne retraite offre toutefois une incomparable souplesse de fonctionnement tout en favorisant le financement du tissu économique local, et ce sur une très longue durée.

Une décision politique forte

Un tel outil pourrait donc se révéler une solution pour la France et plus largement pour d’autres pays européens, solution qui nécessite, il est vrai, une décision politique forte à l'heure où le financement des retraites pose de réelles difficultés financières. Mais les prestataires de services financiers et les médias doivent également conjuguer leurs efforts pour aider les consommateurs à accroître leurs connaissances financières. Si nous n’incitons pas les jeunes actifs à épargner et investir dès à présent pour leur retraite, ils pourraient disposer d’une épargne retraite encore plus insuffisante que leurs aînés. Après tout, préparer son avenir n’attend pas.

 

 

1 BlackRock Investor Horizons Survey. 2 Source : statistiques INSEE. 3 Plan d'épargne en actions.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº761bis
Notes :
1 BlackRock Investor Horizons Survey.
2 Source : statistiques INSEE.
3 Plan d'épargne en actions.