Le déséquilibre du système monétaire international n’est pas quelque chose de nouveau en soi. Déjà, dès 1987, par une « Working Party » réunie au
En fait, comme l’a souligné Bernard Schmitt, en 2009, dans son article « Théorème de l’intérêt
Dans un système monétaire national, les opérations interbancaires n’ont aucune influence sur la production, la consommation ou l’épargne. Elles ne font qu’équilibrer les positions débitrices et créditrices des banques entre elles, via des prêts de la Banque Centrale.
Dans le système monétaire international, c’est le système interbancaire qui finalise les paiements et les emprunts des agents économiques. D’ailleurs, les études menées par Anne-Laure Delatte, du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), tendraient à montrer empiriquement cette situation pour la France. Donc, quand un pays est importateur net, cela signifie que son système bancaire est débiteur vis-à-vis du reste du monde, autrement dit que celui-ci doit fournir des actifs au système bancaire créditeur. Si, dans le cadre national, l’équilibre des bilans se fait via la monnaie de la Banque Centrale, ici, il se fait via la monnaie internationale, le dollar américain bien entendu. À ce niveau du raisonnement, il faut distinguer deux cas : celui des banques américaines et celui des banques du reste du monde.
Les coûts supplémentaires
Le cas américain est le plus simple à étudier, car le dollar est à la fois monnaie nationale et internationale. Lorsque le système bancaire américain est débiteur net envers les banques du reste du monde et que celles-ci acceptent d’être payées en dollars, il suffit aux banques américaines de solliciter des prêts auprès de la Réserve fédérale pour obtenir les dollars nécessaires au paiement du déficit extérieur. Les banques américaines font donc des opérations avec ces banques comme s’il s’agissait de banques nationales. Le déficit de la balance des paiements américaine signifie simplement que les agents ont acheté plus qu’ils n’ont vendu.
Mais ceci n’est plus vrai avec les systèmes financiers du reste du monde. La monnaie locale n’étant pas une monnaie internationale, les banques du reste du monde doivent donc trouver des dollars pour payer leur créance. Une fois les soldes compensés auprès de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), elles ne peuvent se refinancer ni auprès de leur banque centrale, ni auprès de la Banque Centrale américaine. Si, par exemple, les Philippines sont débitrices net vis-à-vis de l’Allemagne, il n’est pas possible pour les banques philippines de se refinancer auprès de la Banque Centrale américaine. Il n’existe alors qu’une seule solution: le pays débiteur, principalement le trésor, doit émettre des titres pour obtenir des dollars qui permettront au système bancaire de payer sa dette. Ainsi, au déficit de la balance des paiements s’ajoute celui dû au refinancement interbancaire. Avec ce coût supplémentaire, nous voyons pourquoi le solde des échanges internationaux est débiteur au lieu d’être nul. En effet, les refinancements interbancaires ne sont pas comptés dans l’équilibre de la balance.
À ce double coût des importations nettes s’ajoute un coût inflationniste. En effet, l’émission de titres du trésor, ne se fait pas à partir d’une épargne préalable, puisqu’elle est appuyée sur des titres étrangers. Au niveau national, il s’agit d’une demande excédentaire, c’est-à-dire, une création de monnaie sans création de revenus, soit une inflation.
Une influence sur l’économie des États-Unis
En plus, cette émission de titre a aussi une influence sur l’économie des États-Unis. Comme ces demandes de prêt sont faites par l’intermédiaire du système interbancaire, les banques américaines, n’ont pas besoin de solliciter une épargne pour les financer. Elles vont financer cette demande par création monétaire. Ainsi le marché des titres va croître plus vite que le marché des biens, limitant par contrecoup une pression à la hausse des salaires.
Rassemblons maintenant les deux effets pour comprendre la position américaine. Dans un premier temps lorsque le déficit augmente, les banques américaines perdent des titres pour payer les banques du reste du monde. Il faut toutefois noter que ces titres restent dans l’espace américain, en l’occurrence, dans la Banque Centrale. Dans un deuxième temps, les banques américaines récupèrent des titres en raison du déficit net des pays débiteurs. Dans ces conditions, si le montant du déficit américain correspond au montant des demandes interbancaires de financement du reste du monde, le système bancaire américain est stabilisé et le déficit n’a aucun impact macroéconomique sur l’économie américaine, en dehors de l’inflation de capital. Mais l’économie américaine peut être confrontée à deux autres situations ; dans un premier cas, si le montant du déficit est trop important, les banques se trouvent dans une situation classique de besoin de refinancement où la Banque Centrale joue son rôle traditionnel, dans l’autre cas, si le déficit est largement inférieur, le bilan des banques, et donc les marchés financiers, vont croître plus vite que l’économie réelle.
C’est donc dans le rapport entre le déficit américain et la croissance du commerce international, que se joue la stabilité des paiements extérieurs des États-Unis. C’est de cette position du dollar américain, que provient la soutenabilité de son déficit extérieur.
Un biais organisationnel
En conséquence, le phénomène que nous avons mis en évidence ne concerne pas les échanges entre les agents économiques, mais le système interbancaire international. Il existe alors un biais organisationnel dans le système monétaire international qui n’est pas couvert par des organismes internationaux comme la BRI, qui ne fait que compenser des règlements bruts, jamais des nets. Le Fonds monétaire international a tenté de résoudre cette difficulté en créant les droits de tirage spéciaux, mais le choix théorique qui y est associé n’est pas le bon, c’est pourquoi son utilisation reste limitée. Au regard de notre analyse, il apparaît que la solution se trouve dans la sphère interbancaire. Mais il est évident que ce problème ne peut être résolu sans garantir aux créditeurs la valeur et la liquidité de leurs actifs. L’idéal serait d’avoir une vraie Banque Mondiale, mais cela relève du fantasme. L’émergence, sur la sphère internationale, de nouvelles monnaies internationales collées à un espace économique – comme l’euro et le yuan, constituent une solution limitée, car elle ne protège toujours pas les États les plus faibles se situant en dehors de ces zones.