L’intégration européenne avait progressivement nivelé les primes de
Le lien entre banques et souverains
Les mécanismes de transmission du risque entre souverains et banques sont multiples et toujours à l’œuvre. Pour l’analyse crédit des dettes souveraines, les mécanismes de diffusion du risque sont :
- la crainte à court terme d’un dérapage budgétaire et l’éventualité d’un conflit avec la Commission en cas de non-respect d’engagements préalables ;
- l’interrogation à long terme sur le caractère soutenable de la dette pour les pays les plus endettés dans un contexte de taux qui remontent ;
- l’accélération technique en cas de dégradation de la part des agences de notation ;
- pour certains programmes politiques eurosceptiques, la rhétorique récurrente autour d’une sortie potentielle de la zone euro.
Mais surtout, ce lien entre souverain et banques peut assez rapidement se transformer en un cercle vicieux. Le renchérissement des coûts de financement des banques a un impact négatif sur la qualité de la transmission de la politique monétaire de la BCE. On le voit assez clairement en Italie où la production de crédit faiblit et où la question du repricing à la hausse des coûts de financement des banques sur l’économie réelle est à l’ordre du jour. M. Draghi a d’ailleurs bien précisé que l’octroi d’une nouvelle opération de fourniture de liquidité à long terme pour les banques (LTRO ou TLTRO) devait répondre à un problème de politique monétaire. Nous pensons que nous sommes proches de cette situation et qu’un (T)LTRO sera annoncé.
Et mentionnons aussi le risque de contagion au sein de la zone euro par :
- les banques présentes dans les pays concernés (par ex. la présence des banques françaises en Italie) ;
- la détention d’obligations souveraines et/ou financières même sans présence (par ex. l’espagnole Sabadell avait une des plus grosses expositions à la dette italienne début 2018) et (iii) par le renchérissement usuellement observé des dettes des pays jugés les plus faibles dans la zone euro. On notera sur ce point que la volatilité italienne n’a eu qu’un impact très modéré sur les dettes souveraines d’autres pays périphériques en 2018.
Quelques avancées nécessaires
Sur la limitation de la détention de dettes souveraines, d’autres tentatives seront faites mais elles ont peu de chance d’aboutir. Éventuellement, des limites de concentration reflétées dans des exigences de Pilier
Il ne faut pas non plus sous-estimer des divergences nationales qui agissent comme des freins à la mise en place d’une juste concurrence. La fiscalité a une incidence importante par exemple sur les instruments de capital bancaire ou sur la proactivité du traitement des créances douteuses. De même, BRRD est censé créer un cadre commun de résolution bancaire, mais les clauses de No Creditor Worse Off en résolution ou le recours à une procédure de liquidation en droit national pour Veneto/Vicenza sont autant de références à des cadres nationaux.
Sur la plus grande intégration bancaire, les étapes manquantes sont assez clairement balisées. La mise en place d’un fonds de résolution unique et d’un système de garantie des dépôts. Enfin, la perspective de consolidation bancaire transfrontalière, bien que louable, reste assez éloignée pour deux raisons :
- les ajouts de coussins systémiques ne poussent pas à créer de gros établissements bancaires ;
- le capital et la liquidité ne sont pas réellement fongibles en Europe tant que l’Union bancaire n’est pas achevée.
Le risque des élections européennes
Nous avons parlé abondamment de divergences nationales, mais force est de reconnaître que l’essentiel des textes juridiques qui comptent pour le système bancaire est désormais formulé au niveau européen. Le vote imminent (et attendu avant les élections européennes) du paquet bancaire CRR 2/CRD 5/BRRD 2/SRMR est le fruit d’un difficile processus de Trilogue entre la Commission européenne, le Conseil et le Parlement. Dans la perspective de la finalisation du cycle réglementaire, la bonne nouvelle est que ce paquet bancaire marquera une étape cruciale de la transcription des exigences du Comité de Bâle et du Conseil de stabilité financière (exigences TLAC transcrites et élargies en MREL). Le problème reste que des sujets importants ont été laissés de côté, notamment la revue des books de trading (FRTB) et la finalisation de la revue des modèles de crédit. Les premières navettes en vue d’un futur paquet bancaire CRR 3/CRD 6 devraient débuter courant 2020. Mais la capacité d’obtenir un consensus lors du prochain cycle électoral européen paraît douteuse.
Les élections européennes de mai devraient marquer une forte montée de partis dits eurosceptiques. Alors que nous jugeons le risque de sortie par un pays de la zone euro très peu probable, car trop négatif pour le pays qui choisirait de sortir, nous pensons que porter la bataille au niveau du Parlement européen est un choix beaucoup plus rationnel pour les parties eurosceptiques. Et les élections de mai 2019 représentent pour les eurosceptiques une opportunité sans précédent d’obtenir une majorité au Parlement. Ce n’est pas notre scénario central, mais les élections pourraient avoir des conséquences importantes. L’agrégation de sondages donne actuellement des fourchettes hautes de 25 % à 30 % au bloc eurosceptique. On peut bien sûr contester le terme de bloc, puisqu’ils siègent actuellement dans des groupes séparés au Parlement et que ce bloc inclut, dans notre analyse, des forces d’extrême droite et d’extrême gauche. Mais l’hétérogénéité du bloc eurosceptique n’a rien à envier à l’hétérogénéité du PPE (qui se déchire sur l’appartenance du
Et nous ajoutons aux résultats des élections européennes le sujet de la composition de la Commission européenne (qui sera le commissaire italien, et avec quelle vision européenne), le sujet des remplacements de Mario Draghi ou Donald Tusk ainsi que le rôle du Conseil européen, où l’Italie, sur un autre sujet, a déjà utilisé son veto contre l’émergence d’une position commune européenne sur le Venezuela.
En conclusion, espérons que le paquet bancaire soit bien voté avant les élections européennes. Car la percée de partis eurosceptiques et la grande fragmentation politique qu’on peut attendre des élections européennes de mai 2019 laissent augurer de consensus politiques encore plus difficiles à trouver dans le prochain cycle parlementaire.
L’espoir de casser le lien entre banques et souverains à court terme risque d’être déçu, et les banques continueront sans doute à être des caisses de résonance du risque politique interne à la zone euro.
Cyniquement, certaines banques pourraient néanmoins voir la bouteille à moitié pleine si l’incapacité de trouver des consensus se traduisait par un décalage sine die de FRTB ou de Bâle IV. Comptons néanmoins sur le Single Supervisory Mechanism (SSM), en cas d’absence de compromis au niveau européen, pour introduire l’essentiel de ces mesures via des exigences de pilier 2.
Achevé de rédiger le 28 février 2019.