Le niveau des prêts non performants (Non-Performing Loans en anglais, NPL) européens a crû considérablement à partir de 2008 pour atteindre un encours de presque 1 000 milliards d’euros en 2016. Cette évolution a été accentuée par la crise, mais elle est principalement due à une gouvernance et une supervision insuffisantes, des stratégies de prêts agressives, des politiques d’évaluation des crédits peu fiables, des expositions trop élevées à des secteurs fortement touchés par la crise financière (comme l’immobilier), et des contrôles sur les crédits laxistes (Cf Tableau 1).
Toutefois, le niveau des NPL dans le secteur bancaire européen a diminué de près de 30 % au cours des six derniers trimestres, d’un montant de 994 milliards d’euros au 3e trimestre à 2016 à 706 milliards au 1er trimestre 2018. Au cours de la même période, le ratio de NPL a baissé de 1,9 point, passant de 5,4 % à 3,9 %, et le stock total de prêts s’est réduit de 3 %, de 18,6 trilliards d’euros à 18 trilliards. Ces chiffres incluent les volumes globaux du secteur bancaire européen, mais pas les NPL rachetés aux banques par des investisseurs non-banques (voir Graphique 2)
Bien que le niveau des NPL ait globalement fortement baissé, celui-ci reste en valeur absolue encore élevé et continue à susciter une certaine inquiétude car un tel pourcentage de NPL constitue un véritable frein sur la performance des banques. Des pays comme la France, qui ont un taux de NPL faible (3,2 %) mais un stock élevé (le deuxième plus élevé en Europe avec 121 milliards d’euros, derrière l’Italie qui affiche un stock de 161 milliards), ne peuvent pas faire l’économie d’un plan concerté de réduction de ce stock (voir Graphique 3).
La réponse réglementaire
Les autorités européennes (BCE, ABE, Commission, SSM) ont mis en place ou annoncé différentes mesures sur les NPL couvrant spécifiquement quatre axes : une supervision bancaire renforcée, la définition de niveaux minimum de provisionnement, une réforme du cadre de recouvrement des dettes et d’insolvabilité, et le développement d’un marché secondaire des NPL. Ces guidelines ou futures réglementations font de la vente des prêts non performants le principal outil de la gestion des stocks de ces encours ; de plus le niveau accru de provision devrait permettre de réduire tout écart trop important entre les attentes des vendeurs (les banques) et celles des acquéreurs (les investisseurs).
Le marché secondaire des NPL
Le marché secondaire des NPL a ainsi été très actif au cours des 4 dernières années (2014-2017) avec des ventes de portefeuilles supérieures à 100 milliards d’euros par an. 2017 a été une année particulièrement favorable avec un montant de transactions de 144 milliards d’euros, dominées par l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni. 2018 également devrait dépasser le seuil de 100 milliards d’euros de transactions avec une activité forte dans les marchés matures (Italie, Espagne, Irlande) et dans de nouveaux marchés en plein développement (Grèce avec notamment le projet Amobea, portant sur la cession en mai 2018 par la Banque du Pirée d’un portefeuille de prêts aux PME évalué à 2 milliards d’euros à Bain Capital en mai 2018) ou Chypre (avec la cession par la banque de Chypre d’un portefeuille de prêts corporate et PME de 2,8 milliards d’euros à Apollo) (voir Graphique 4).
Pour être efficient, un tel marché de prêts nécessite une infrastructure de services sur les prêts adéquate pour favoriser le recouvrement des NPL achetés par les investisseurs. Ces activités de service ont évolué au cours des dernières années parallèlement à la croissance continue du marché des prêts. Elles se sont développées par différents moyens :
- les fusions et acquisitions, tout d’abord : au cours de l’année passée, on a pu constater une activité régulière de rachats entre acteurs de ce secteur, par exemple l’acquisition de Capita Asset Services par Link, ou de Pepper par KKR ;
- l'octroi de licences : la Grèce étant le pays qui affiche le ratio de NPL le plus élevé (45 %), elle a mis en place il y a deux ans un dispositif de licence accordée aux acteurs de services aux prêts. Plus d’une vingtaine de licences ont été consenties l’année passée en prévision de l’accroissement des ventes de prêts (qui devrait atteindre 16 milliards d’euros en 2018). La BCE compte d’ailleurs publier une proposition réglementaire paneuropéenne sur les activités de services aux prêts d’ici à la fin de l’année ;
- pour accompagner les transactions sur les portefeuilles de prêts, les banques ont aussi cédé tout ou partie de leur activité de recouvrement, de façon à fournir aux investisseurs une option possible en matière de services aux prêts. Ces transactions ont principalement concerné l’Espagne, Chypre et la Grèce ;
- enfin, nous avons constaté certaines innovations intéressantes comme la joint-venture (JV) entre Intrum Justitia et Intesa Sanpaolo en Italie : le groupe suédois détiendra 51 % de la JV et assurera le service sur les flux de prêts d’Intesa pendant 10 ans. Intrum, associé à Carval Investors, va ainsi racheter une participation de 51 % dans un portefeuille de NPL dont la valeur brute comptable s’élève à 10,8 milliards d’euros, sachant que la JV ainsi que les encours de NPL seront déconsolidés du bilan d’Intesa.
Perspectives
Globalement, les perspectives restent bien orientées pour un marché européen des NPL alimenté par :
- un flux constant et consistant issu des pays dont les encours de NPL sont encore élevés (et dans le cadre de la réalisation de leurs plans de réduction des NPL) ;
- une demande forte et régulière des investisseurs ;
- des incitations réglementaires répétées pour encourager la vente des encours de NPL ;
- la persistance de conditions de financement favorables ; et
- un nombre croissant d’intervenants compétents dans l’activité de services aux prêts dans la plupart des marchés concernés.