Comment jugez-vous la performance économique des banques françaises ?
Il y a un contraste fort entre les données de l’année 2020 et celles du 1er semestre 2021. Commençons par le produit net bancaire (PNB). Cet indicateur est important, c’est le premier bloc sur lequel toutes les charges viennent ensuite s’imputer. En 2020, le PNB des banques françaises a reculé de 3,7 %. Sur les postes majeurs, les évolutions sont différenciées : la marge nette d’intérêt progresse ainsi légèrement et a pu notamment être favorablement influencée par le tiering de la Banque centrale européenne (BCE), qui a pour effet de réduire le coût du taux de dépôts négatifs. Comme les commissions sont stables, la baisse globale du PNB s’explique par des éléments divers, plus particulièrement les variations de juste valeur.
Le résultat net est pour sa part en baisse significative, à 20,3 milliards d'euros pour le secteur bancaire français, contre 28,6 milliards d'euros en 2019. Il n’y a pas eu d’effet de minoration des charges courantes sur la base des mesures décidées par l’État, notamment en termes de chômage partiel. Le secteur bancaire n’a pas fermé : il a opéré une bascule rapide des métiers « télétravaillables » et a assuré la continuité de ses services. En revanche, la crise du Covid a été synonyme d’un effort massif de provisionnement des portefeuilles de crédit.
Sur le premier semestre 2021, nos chiffres ne portent pas sur l’ensemble du secteur, mais sur les six principaux groupes : BNP Paribas, Société Générale, Groupe Crédit Agricole, BPCE, Groupe Crédit Mutuel et la Banque Postale (Top 6). Le PNB est en hausse de 11,3 %, le coût du risque diminue et, par ricochet, le résultat net progresse fortement, à +64 %.
Au vu de ses résultats, le secteur bancaire français peut-il chanter « cocorico » ?
Le secteur bancaire français se démarque en ayant quatre des siens parmi les trente plus grandes banques systémiques au niveau mondial. Si on regarde non pas la taille, mais la rentabilité, en se focalisant sur le return on equity (ROE), on observe qu’il était de 4,9 % en 2019 pour le secteur entier, avant de reculer à 3,4 % en 2020, pour ensuite s’établir pour le Top 6 à 7,2 % pour le premier semestre 2021. Ces chiffres sont plutôt satisfaisants dans le contexte du Covid.
Toutefois, dans le même temps, le ROE des banques américaines s’élève à 15,3 % au 30 juin 2021. Certes, il existe des différences comptables à garder en tête, car les Américains provisionnent plus vite et plus fort, et par conséquent, reprennent aussi plus rapidement, mais il existe un aspect structurel certain : le moindre niveau de rentabilité de la banque en Europe par rapport aux États-Unis.
Le secteur doit travailler sur ce point et sur tous les éléments du compte de résultat. Un, accroître le PNB, en favorisant les activités profitables ; deux, travailler la structure de coûts et, notamment, abaisser le coefficient d’exploitation. Les banques doivent continuer cet exercice en gardant toutefois bien en tête la double composante de ce dernier. Il inclut les charges de structure, à réduire, mais également des investissements, majeurs pour l’avenir. La banque française doit faire face aux nouveaux besoins, aux nouveaux risques, à la digitalisation, à l’évolution de la relation clientèle…
Un financier vous proposerait un autre moyen : des rapprochements, pour faire des économies d’échelle sur les coûts fixes…
C’est vrai : quand une entreprise peine à faire de la croissance organique et des résultats, elle a cette solution. En France, les six plus grands groupes pèsent 82 % du marché. Aux États-Unis, le Top 5 a un poids de 60 %. En revanche, à l’échelle européenne, les cinq plus gros groupes bancaires ne détiennent que 20 % du marché.
Nous plaidons assurément pour une concentration du marché. Dans l’Hexagone, la concentration est forte. L’opération doit donc se penser au niveau européen. Actuellement, il y a des restructurations qui sont organisées sur des marchés nationaux, en Espagne par exemple. Nous sommes ouverts à des opérations transfrontalières. Il ne s’agit pas de les dicter, mais de développer un cadre favorable à la création de valeur si les acteurs économiques décident d’exploiter cette voie. À ce titre, nous pourrions parler de l’incomplétude de l’union bancaire. Mais les obstacles sont levés, peu à peu. Au début de l’année, la BCE a ainsi clarifié le traitement comptable des goodwills et badwills pour les opérations de rapprochement. Le sujet est très technique pour les opérateurs désireux de se rapprocher d’un autre établissement, mais il est majeur dans l’appréciation économique de telles opérations.
Propos recueillis par Jean-François Filliatre.