Directive MIF II : une nouvelle initiative européenne pour améliorer le financement des PME

Créé le

11.02.2016

-

Mis à jour le

26.02.2016

La Directive MIF II prévoit la création d’une nouvelle sous-catégorie de systèmes multilatéraux de négociation (SMN) : les « marchés de croissance des PME ». La souplesse du dispositif se traduirait à la fois du côté des opérateurs de SMN et des émetteurs, tout en préservant des niveaux de protection et de transparence élevés pour les investisseurs.

En raison de leur contribution à la croissance économique et la création d’emplois [1] , les petites et moyennes entreprises (ci-après désignées les « PME ») vont continuer à demeurer l’un des enjeux majeurs des politiques publiques ces prochaines années, et ce, dans un contexte où leur accès au financement pourrait demeurer compliqué.

L’une des différentes possibilités de financement offertes à cette typologie d’émetteurs réside dans l’accès à des marchés de capitaux spécialisés. Ces plates-formes se sont non seulement développées en Amérique du Nord, en Europe et en Asie [2] , mais également désormais au sein des pays dits « émergents » [3] .

Au niveau de l’Union européenne, la fragmentation des infrastructures de marché et le relativement faible niveau d’investissements transfrontaliers ont contribué à ce que la Commission européenne propose, au sein de la directive 2014/65/UE du 15 mai 2014 concernant les marchés d’instruments financiers (ci-après désignée la « Directive MIF II »), la création d’une nouvelle sous-catégorie de systèmes multilatéraux de négociation (ci-après désignés les « SMN ») : les « marchés de croissance des PME ».

Si les objectifs assignés à ce nouveau label s’avèrent ambitieux, l’attractivité de cette catégorie de marchés, tant vis-à-vis des émetteurs que des investisseurs, dépendra des actes délégués qui seront adoptés par la Commission européenne [4] suite aux avis techniques rendus par l’Autorité européenne des marchés financiers (ci-après désignée l’« ESMA »).

Améliorer l’offre de financement des petits et moyens émetteurs

Comme le rappelle l’OCDE [5] dans son dernier rapport sur ce sujet [6] , l’accès des PME aux financements « reste problématique partout dans le monde […] près d’une demi-décennie après le déclenchement de la crise financière mondiale ».

Mais au-delà de difficultés qui pourraient apparaître comme étant conjoncturelles [7] , un certain nombre de facteurs structurels pourraient expliquer les difficultés rencontrées par les PME pour accéder aux marchés de capitaux (par exemple, les coûts attachés à l’admission initiale des instruments financiers à la négociation sur un marché et aux obligations d’information à l’égard des investisseurs, ou les craintes liées au fait d’être exposées à la volatilité des marchés financiers).

Partant notamment de ces constats, l’Union européenne a souhaité donner une nouvelle impulsion au financement des PME en distinguant désormais les marchés principaux des marchés spécialisés. Le nouveau label paneuropéen de « marchés de croissance des PME » offrirait ainsi aux opérateurs de SMN une possibilité supplémentaire de promouvoir leur système ou dispositif, sur la base d’une adhésion volontaire et sous réserve du respect de certaines conditions.

Les « marchés de croissance des PME » permettraient ainsi d’améliorer la visibilité des SMN enregistrés, tout en ayant le souci de préserver l’attrait des plates-formes ayant déjà rencontré un succès commercial. Cette nouvelle catégorie offrirait également une réponse aux critiques portant sur la trop grande fragmentation des marchés européens et à leur manque d’attractivité vis-à-vis des PME.

Bien que non spécifiquement mentionné par le législateur européen, ce nouveau dispositif viserait plus particulièrement les PME innovantes et à croissance rapide susceptibles d’être intéressées par obtenir un plus large accès aux marchés de capitaux, notamment lors des dernières phases de leur cycle de croissance [8] .

La souplesse du dispositif se traduirait à la fois du côté des opérateurs de SMN et des émetteurs, tout en préservant des niveaux de protection et de transparence élevés pour les investisseurs.

Une nouvelle sous-catégorie de marchés…

La lecture des dispositions de la Directive MIF II trahit l’intention du législateur européen d’introduire un nouveau régime encadré par des règles peu contraignantes.

Tout d’abord, du côté des opérateurs de SMN, l’enregistrement en « marché de croissance des PME » serait possible dès que 50 % au moins des émetteurs pourraient être considérés comme des PME au moment de l’enregistrement et au cours de toute année civile ultérieure. Ce ratio, plutôt large, serait appliqué de manière souple puisque des exceptions seraient prévues en cas de non-respect purement temporaire des conditions d’enregistrement. Les opérateurs de SMN disposeraient également de la possibilité d’adopter des obligations supplémentaires pour les émetteurs, par rapport aux exigences prévues par la Directive MIF II.

Ensuite, du côté des émetteurs, l’objectif cherché par le législateur européen serait d’alléger les contraintes administratives et d’inciter les PME à accéder aux marchés des capitaux au travers de ces nouveaux marchés. Il est précisé dans la Directive MIF II que des critères appropriés vont devoir être définis pour l’admission initiale et continue des instruments financiers des émetteurs. La négociation d’instruments financiers sur un second « marché de croissance des PME » ne serait également possible qu’après information préalable de l’émetteur et avec la possibilité pour ce dernier de s’y opposer. Dans le cas contraire, l’émetteur ne serait soumis « à aucune obligation en matière de gouvernance d’entreprise ou d’information initiale, périodique ou spécifique vis-à-vis de ce [second] marché de croissance des PME ».

Enfin, du côté des investisseurs, un certain nombre d’obligations de transparence à la charge des émetteurs (comme les informations financières lors de l’admission initiale et périodiques) et de procédures destinées à maintenir la protection des investisseurs à la charge des opérateurs de SMN (comme la mise en place de systèmes et de contrôles efficaces pour prévenir et détecter les abus de marché) ont été spécifiquement prévues.

…dont les modalités d’encadrement restent à clarifier

Les actes délégués de la Commission européenne devraient prochainement être publiés afin de préciser les règles encadrant les « marchés de croissance des PME ». Notons sur ce point que les avis techniques rendus par l’ESMA à la Commission européenne sur les actes délégués [9] sembleraient respecter l’esprit des textes de niveau 1, dans la mesure où, les suggestions relatives aux exigences applicables à cette nouvelle catégorie de marchés iraient dans le sens d’une certaine souplesse (exemple d’avis technique : l’autorité compétente de l’État membre d’origine pourrait mettre fin à l’enregistrement d’un SMN en tant que « marché de croissance des PME » lorsque le seuil des 50 % des émetteurs PME ne serait pas respecté pendant une durée de trois années consécutives).

En toute hypothèse, l’attractivité de ce type de marchés résidera également dans les services complémentaires – au-delà de la « simple » possibilité d’admission des instruments financiers à la négociation sur un « marché de croissance des PME » – qui pourraient être proposés aux émetteurs par les opérateurs de SMN (par exemple, l’accompagnement dans la recherche d’investisseurs, ou encore l’assistance dans le cadre de présentations commerciales antérieures à l’admission à la négociation des instruments financiers).

La création de cette nouvelle catégorie de SMN s’inscrit également dans la tendance des initiatives actuelles des institutions européennes visant à élargir l’accès des PME aux marchés et à assurer un financement de l’économie plus diversifié.

 

1 Rapport Doing Business 2016 – Measuring Regulatory Quality and Efficiency, 13e édition, Groupe de la Banque Mondiale, 27 octobre 2015.
2 Exemples : le National Association of Securities Dealers Automated Quotations aux États-Unis d’Amérique, le Toronto Stock Exchange Venture Exchange au Canada, l’ Alternative Investment Market en Angleterre, le NYSE Alternext en Belgique, France et au Portugal ou encore le Korean Securities Dealers Automated Quotations en Corée du Sud.
3 Exemples : Alt-X en Afrique du Sud ou encore le SME Exchange du Bombay Stock Exchange en Inde.
4 À la date d’écriture de ces lignes, les actes délégués de la Commission européenne n’ont pas été publiés au journal officiel de l’Union européenne.
5 L’Organisation de coopération et de développement économiques.
6 Nouvelles approches du financement des PME et de l’entrepreneuriat : élargir la gamme des instruments, OCDE, 16 avril 2015.
7 «  La révision de la directive MIF est l'occasion d'aborder le financement des PME par le marché, dans un contexte où le crédit bancaire risque de se rarifier », Sénat, Rapport n°369 (2011-2012) de Mme Nicole Bricq au nom de la commission des finances sur la proposition de résolution européenne de M. Richard YUNG, présentée au nom de la commission des affaires européennes sur la régulation des marchés financiers, p. 36, 15 février 2012.
8 Op. cit. OCDE, 16 avril 2015, § 421, p. 98.
9 Rapport Final, Avis technique de l’ESMA à la Commission sur MIF II et MIFIR, ESMA, 19 décembre 2014 (ESMA/2014/1569).

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº794
Notes :
1 Rapport Doing Business 2016 – Measuring Regulatory Quality and Efficiency, 13e édition, Groupe de la Banque Mondiale, 27 octobre 2015.
2 Exemples : le National Association of Securities Dealers Automated Quotations aux États-Unis d’Amérique, le Toronto Stock Exchange Venture Exchange au Canada, l’Alternative Investment Market en Angleterre, le NYSE Alternext en Belgique, France et au Portugal ou encore le Korean Securities Dealers Automated Quotations en Corée du Sud.
3 Exemples : Alt-X en Afrique du Sud ou encore le SME Exchange du Bombay Stock Exchange en Inde.
4 À la date d’écriture de ces lignes, les actes délégués de la Commission européenne n’ont pas été publiés au journal officiel de l’Union européenne.
5 L’Organisation de coopération et de développement économiques.
6 Nouvelles approches du financement des PME et de l’entrepreneuriat : élargir la gamme des instruments, OCDE, 16 avril 2015.
7 « La révision de la directive MIF est l'occasion d'aborder le financement des PME par le marché, dans un contexte où le crédit bancaire risque de se rarifier », Sénat, Rapport n°369 (2011-2012) de Mme Nicole Bricq au nom de la commission des finances sur la proposition de résolution européenne de M. Richard YUNG, présentée au nom de la commission des affaires européennes sur la régulation des marchés financiers, p. 36, 15 février 2012.
8 Op. cit. OCDE, 16 avril 2015, § 421, p. 98.
9 Rapport Final, Avis technique de l’ESMA à la Commission sur MIF II et MIFIR, ESMA, 19 décembre 2014 (ESMA/2014/1569).