Ces dernières années, la plupart des régulateurs des différentes juridictions, qui ont été en charge de développer la nouvelle régulation financière, ont eu de grandes difficultés à transposer certains concepts économiques et à élaborer des notions générales, à la base des textes réglementaires adoptés. Cette difficulté s’est manifestée par rapport à l’élaboration de concepts de nature plus générale, mais également vis-à-vis de concepts plus spécifiquement liés à l’innovation financière. Cette impossibilité ou incapacité des régulateurs n’a pas constitué un empêchement à la vaste production réglementaire. La question se pose alors de savoir si les définitions juridiques sont encore strictement nécessaires dans l’élaboration d’une régulation financière.
Des concepts généraux, une formulation vague
Il est utile de prendre en compte quelques exemples concrets. Dans la catégorie des concepts généraux, il est possible d’identifier le cas emblématique du risque systémique. Cette notion, évidemment très ancienne dans le contexte du débat économique et bancaire, a inspiré l’action de la majorité des régulateurs après la crise financière ; de nouveaux organismes spécifiquement consacrés au contrôle du risque systémique ont été créés, aux États Unis (Financial Stability Oversight Council) comme en Europe (European Systemic Risk Board). L’absence d’une définition du concept de risque systémique est bien évidente ; seules des définitions très
Un autre exemple de concept général, très diffusé dans le langage commun comme dans les textes réglementaires, est celui d’investisseur institutionnel. Cette notion, comme dans le cas du risque systémique, ne représente pas une nouveauté dans le panorama économique et juridique, mais elle n’est pas claire. La question de l’individuation de différentes typologies d’investisseurs institutionnels est très
La même considération sur l’absence de définitions de certains concepts généraux émerge en référence à des notions plus spécifiquement liées à l’innovation financière et à l’actualité, sur lesquelles les régulateurs ont également eu des difficultés, tant et si bien qu’ils ont choisi de ne pas proposer de définition.
Un exemple dans ce sens a été représenté par la notion assez large de « fonds alternatifs » dans la directive
Comment définir le HFT ?
Pour terminer, un exemple plus récent est fourni par le High Frequency Trading (HFT). Au cours de la dernière décennie, l’HFT est passé du statut de niche de marché à celui de forme dominante du trading : certaines estimations ont quantifié le poids du HFT, constatant qu’il est égal à 55 % du volume de trading dans le marché equity américain et à 40 % du marché equity européen. Pour cela, le sujet a capturé l’attention des régulateurs, qui étaient partagés entre la possibilité de réglementer ou non, sur la base des risques systémiques et de la manipulation du marché ou de la possibilité que cette forme de trading puisse augmenter l’efficience du marché.
L’HFT a posé plusieurs problèmes liés à sa définition et à l’identification de son activité. La directive MiFid II définit l’HFT comme une « technique de trading algorithmique à haute fréquence », toute technique de trading algorithmique caractérisée par :
- une infrastructure destinée à minimiser les latences informatiques et les autres types de latence (y compris les systèmes de placement des ordres algorithmiques comme la colocalisation, l’hébergement de proximité ou l’accès électronique direct à grande vitesse) ;
- la détermination par le système de l’engagement, la création, l’acheminement ou l’exécution d’un ordre sans intervention humaine pour des transactions ou des ordres individuels ;
- et un débit intrajournalier élevé de messages qui constituent des ordres, des cotations ou des
annulations .[5]
Dans son dernier document, l’
Il est clair que l’impossibilité d’identifier et par conséquent de définir l’activité de l’HFT pose un véritable obstacle à la création d’une régulation qui soit au moins effective.
Les régulateurs et leur méthodologie ont changé
Ces exemples hétérogènes démontrent que les régulateurs ont développé une régulation dans laquelle la formalisation de certains concepts n’est plus strictement nécessaire comme auparavant. Probablement, ce choix ne dépend pas simplement de la nature, toujours plus technique, des problèmes posés par l’innovation financière, qui, au contraire de ce qu’on pense, ne représente pas une nouveauté mais a toujours existé dans les marchés financiers. La méthodologie adoptée par les régulateurs a changé, de même que la composition plus hétérogène des régulateurs, mais elle n’est pas encore arrivée à maturité : elle pourrait ainsi instaurer une analyse coût-bénéfice plus systématique de toute nouvelle régulation
Se pose néanmoins la question de l’utilité de proposer des définitions plus précises. D’un point de vue général et d’opportunité, le risque est de proposer des concepts que l’innovation financière peut facilement contourner. Par ailleurs, il faut aussi se demander si l’absence de transposition ainsi que la formulation en termes vagues de certains concepts économiques pose un véritable problème d’application concrète et d'interprétation des régulations.