Alors que la Grèce concluait la phase de rachat de sa dette à décote en vue de réduire encore plus son niveau de dette, conformément à l’objectif fixé de l’amener à un taux jugé acceptable de 124 % du PIB en 2020 (suite à la réunion des ministres des Finances de la zone euro, fin novembre 2012), les banques grecques ont confirmé qu’elles participeraient à l’opération. Le secteur bancaire grec, qui détenait encore quelque 15 milliards d’euros d’obligations de l’État grec après le premier exercice d’effacement de dette « volontaire », réalisé en mars 2012, a été appelé à faire son « devoir patriotique » en prenant part à la transaction. Évidemment, les banques grecques devront être recapitalisées grâce à des fonds européens pour éviter leur effondrement.
En Irlande ou en Espagne, c’est la situation inverse : ce sont les difficultés du système bancaire, liées à la bulle de crédit immobilier, qui ont conduit les États à intervenir pour sauver leur système bancaire et éviter le risque systémique, créant une charge considérable pour ces États et conduisant à une dangereuse augmentation de leur dette publique et de leurs engagements de garantie, ce qui a entraîné une détérioration importante de leur rating.
Un risque de contamination croisée
Ces exemples illustrent la relation qui existe actuellement entre la santé du secteur bancaire et celle des États, une relation étroite et complexe.
1. Les banques sont vulnérables au risque de crédit de leur État, car elles sont, avec les compagnies d’assurance, l’un des gros détenteurs d’obligations émises par leurs pays et représentent un important créancier de leur État. Cet état de fait est d’ailleurs fortement encouragé par les règles de Bâle II et III, qui incitent les banques à détenir ce type d’actifs, considéré comme sans risque, dans le cadre du respect de leurs ratios prudentiels.
2. Les banques sont affectées par les crises économiques qui peuvent entraîner une augmentation des « bad loans » (ou crédits non performants) et la détérioration de la qualité de leurs crédits domestiques, suite à un ralentissement de la croissance ou une récession et à une politique d’austérité drastique. D’autre part, leur rating dépend en partie du rating de l’État : outre la qualité de crédit intrinsèque de la banque, les agences de notation intègrent également dans leur notation le soutien que leur État est susceptible de leur apporter. Enfin, les taux auxquels les banques se financent sur le marché dépendent en partie des taux auxquels leur pays se finance lui-même.
3. Les États, quant à eux, sont affectés par la santé de leur système bancaire : ils sont en première ligne pour assurer le soutien et le sauvetage des banques considérées comme systémiques. En effet, ils ne peuvent pas prendre le risque d’un run massif sur les dépôts (retraits massifs) par les déposants et d’un effondrement de leur système bancaire. Enfin, les États ont besoin que les banques continuent à financer les entreprises et l'économie (sans parler de l’État lui-même).
Il y a donc une interconnexion très forte, aujourd’hui, entre les risques bancaires et souverains au niveau national, et un risque de contamination croisée considérable.
Les solutions envisageables
Pour tenter de réduire cette interconnexion, il conviendrait tout d'abord de traiter les problèmes dès qu’ils sont identifiés. En effet, le déni de la réalité a été une des raisons pour lesquelles le traitement de la dette grecque a pris si longtemps. En fait, les pays de l’Union européenne et la BCE ne souhaitaient pas voir le problème, ni le traiter jusqu’à 2012, car on ne voulait pas admettre que la solution passait par une solidarité européenne sans faille ou par une restructuration et une réduction de la dette.
Il faudrait également assurer une gestion rigoureuse des risques bancaires : la banque est une activité risquée par nature, puisque ses établissements collectent des dépôts à court terme et/ou se financent sur le marché et prêtent généralement à plus long terme aux entreprises et aux particuliers. Elles doivent donc gérer simultanément le risque de crédit sur leurs débiteurs et le risque de transformation.
Gérer et contrôler le risque de liquidité et de solvabilité est essentiel, mais il faut aussi veiller à ne pas complexifier exagérément les situations, car une trop grande complexité est souvent dangereuse et trop de règles peuvent parfois conduire à des actions biaisées par ces mêmes règles. À ce titre, il n’est pas évident que les règles prudentielles actuelles résolvent tous les problèmes.
Enfin, la création d’une Union bancaire est évidemment une des voies à poursuivre, pour décorréler les risques bancaires des risques souverains et stopper ce cercle vicieux.
Au niveau européen, entre Union bancaire, MES et BCE
L’Union bancaire européenne comporte deux principales étapes.
La première est la mise en place d’une supervision bancaire européenne qui, si elle avait existé, aurait dû permettre d’identifier et de traiter bien plus tôt les bulles de crédit nées en Irlande et en Espagne. La BCE ou une entité européenne de supervision qui lui serait rattachée peut assumer la supervision des banques à l’échelon de la zone euro ou de l’UE. Cette première étape de l’Union bancaire a été lancée. En outre, la BCE peut apporter de la liquidité aux banques. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait jusqu’à présent, avec ses exercices de
La seconde étape est la mise en place d’un mécanisme de résolution bancaire européen, qui doit permettre une meilleure gestion globale des crises et des faillites bancaires éventuelles, en limitant l’impact pour les États et les contribuables, avec une protection des déposants mais pas des actionnaires ou des créanciers obligataires juniors.
Le
L’idée est que les financements destinés à la recapitalisation des banques en difficulté puissent être apportés directement par le MES ou un « Trésor européen » sans passer par le pays lui-même, ce qui permet d’éviter d’alourdir la dette publique du pays concerné et de le mettre en danger.
Une volonté commune
Pour traiter un problème, il faut dans l’ordre :
- un consensus sur l’analyse du problème ;
- une entente sur l’objectif à atteindre ;
- un consensus sur la stratégie à mener et sur les remèdes adaptés ;
- enfin une volonté commune de mettre en œuvre cette stratégie.