En guise d'entrée en matière, quels vont être les principaux thèmes sur lesquels votre action va porter en 2014 ?
Malheureusement, ils risquent d’être les mêmes, l’emploi et les salaires, puisqu’on est dans une profession assez surprenante, qui aligne les résultats positifs année après année, tout en supprimant des postes. Depuis deux ans, les effectifs baissent en moyenne de 1 à 2 % par an dans les banques AFB. Nous comprenons que dans certains métiers, comme les back-office ou certains métiers de la banque d’investissement, des restructurations et des changements soient nécessaires ; cela nous paraît moins justifié lorsque les décisions sont prises en fonction de critères de réduction de coûts. Ces réductions, de notre point de vue, ne sont pas justifiées, du fait des bénéfices que je viens d'évoquer.
Quelle forme prennent les réductions de poste ?
Pour l'heure, il n'y a pas de licenciement sec. Même chez Natixis, il s'agit de départs volontaires. Nous constatons que ce sont tout de même des suppressions de poste et que le volontariat est relatif, lorsqu'on vous propose un poste qui nécessite de déménager, ou bien que votre métier est amené à disparaître et qu'il faut se reconvertir.
Considérez-vous que les projets de délocalisation constituent une menace ?
Pour l'heure, les directions justifient ces projets pour des questions de profils spécifiques. La majorité des délocalisations concerne des unités informatiques ; or, l'Inde forme infiniment plus d'ingénieurs informatiques que la France et dispose de davantage d'experts dans les langages anciens tels que le Cobol. Nous sommes conscients de ce que cette stratégie est également en lien avec les objectifs affichés de réduction des coûts, encore une fois. Dernièrement, BNP Paribas a annoncé 549 millions d'euros d'économies
Sur le terrain de la formation professionnelle et de l'apprentissage en particulier, où se situent les banques ?
La population salariale des banques est aujourd’hui surdiplômée : pour être conseiller d'accueil, vous devez posséder bien souvent au minimum un bac +2. Au vu des tâches demandées, les recrutements pourraient se faire à des niveaux de qualification inférieurs. Nous souhaiterions revenir à des embauches au niveau du bac, voire sans le bac, et que soient dispensées des formations en interne. Cela permettrait de proposer des évolutions de carrière et des perspectives aux nouveaux embauchés.
La proportion des alternants embauchés à l'issue de leur période d'apprentissage est très faible : 15 à 20 % en moyenne, voire 10 % dans certains établissements comme la Banque de Bretagne, qui est maintenant une filiale intégrée à BNP Paribas. Les banques expliquent cela par le fait que les alternants eux-mêmes ne souhaitent pas être embauchés. Ce n'est pas la seule raison : aujourd'hui le recrutement est davantage une affaire de mercenaires, où l'on recrute en débauchant de la concurrence. On investit moins sur la formation en interne, parce que cela coûte cher.
La preuve en est qu'il n'y a pas de politique de long terme : les plans de développement qui nous sont proposés ont un horizon de trois ans. Pour les problématiques de formation, l'horizon est logiquement plus long ; cela démontre bien que la formation ne fait pas partie des priorités des banques.
Comment jugez-vous la politique de redistribution des bénéfices des banques ?
Nous sommes très frustrés, voire même choqués, quant à la redistribution des bénéfices, et surtout par rapport à l'évolution des salaires de notre profession. Les collaborateurs ont aujourd'hui du mal à joindre les deux bouts, parce que les évolutions de salaires sont individuelles et non collectives. Aujourd'hui, on ne garantit pas le maintien du pouvoir d'achat, ce qui est choquant si l'on considère la bonne santé du secteur.
À titre d'exemple, nous venons de terminer les négociations salariales avec BNP Paribas. Nous ne sommes pas parvenus à un accord. La direction ne proposait que des éléments de rémunération exceptionnels – en l'occurrence, une prime sur l'intéressement et la participation – pour revaloriser les salaires. Pour nous, c'est un constat d'échec. En décembre s'ouvrent les négociations de branche sur les salaires avec l'AFB. Je pense qu'il n'y aura rien dedans non plus.
Votre section est-elle active dans le secteur des services financiers spécialisés, qui souffre beaucoup à l'heure actuelle ?
Tout à fait. Les salariés de cette profession souffrent, parce qu'il y a une baisse de la consommation et des crédits à la consommation, ce qui peut s'expliquer par le renforcement des critères d'octroi, des taux moins attractifs, mais également par une volonté des banques de limiter cette activité. Ces dernières préfèrent se tourner vers des activités à marge élevée. Malheureusement – et l'évolution des ratios prudentiels les y a contraintes –, les services financiers spécialisés ne représentent plus la priorité pour les banques, alors qu'il y a quelques années c'était leur bas de laine.
Que pouvez-vous dire sur le cas du Crédit Immobilier de France ?
Le CIF est une spécificité française. Pour nous, FO Banques, son activité, un exemple du genre, aurait dû perdurer en trouvant un adossement. Nous avons le sentiment que Bruxelles a imposé que l'activité cesse, et surtout que le gouvernement a laissé faire.
Mais les banques ont fait la sourde oreille à toute tentative d'adossement. Il y a eu au départ un problème de personne, avec l'ancien P-DG. Le nouveau s'est retrouvé dans une situation impossible : personne en effet ne pouvait souhaiter racheter un établissement appelé à disparaître.
Pendant ce temps, la situation des salariés est dramatique, car il y a peu de perspectives de reprise. Seuls les salariés disposant d'une expertise spécifique trouveront un emploi ; pour un tiers d'entre eux, cela promet d'être difficile.
La FBF a été appelée à la rescousse pour aider au reclassement des salariés ? comment cela se passe-t-il ?
Nous avons exigé que la FBF prenne des engagements. Ils ne doivent pas rester de bonnes paroles et nous regarderons dans quelle mesure ils seront respectés. Les solutions de reclassement correspondront à des besoins, sur des profils précis ; ces embauches permettront à la FBF de prouver qu'elle aura respecté ses engagements…
On a l'impression que les plans sociaux dans le secteur financier n'agitent pas les consciences politiques… est-ce également votre opinion ?
Votre remarque est juste, parce que les salariés de la banque promènent une image de banquiers nantis, gagnant bien leur vie. Au-delà des hommes politiques, l'opinion publique ne déteste pas voir des banquiers malmenés. Les salariés des banques ont beaucoup souffert ces dernières années, parce que les agissements de certains patrons ont été à l'origine de la crise économique. Ensuite, quand on leur a fait payer la note en tant que banquiers, ce sont les salariés qui ont été malmenés par des clients mécontents, qui ont eu l'impression que l'argent sortait de leur poche alors qu'il s'agissait d'un prêt.
Qu'est-ce qui pourrait faire évoluer cette mauvaise opinion ?
Nous sommes intervenus auprès de l'ancien et du nouveau gouvernement pour demander une meilleure régulation bancaire. Le vote de cette loi bancaire constituait pour nous une avancée importante. Certains patrons de banque nous ont traités de terroristes, en nous accusant de jouer avec le feu. Par notre action, disaient-ils, nous risquions de mettre les banques sur la paille.
Cependant, la loi en son état actuel n'est même plus une marche, mais un seuil de porte. C'est pour l'heure une loi trop timide, presque « poudre aux yeux », qui ne résout rien. Il faudra très prochainement se remettre autour d'une table, sinon 2007 reviendra ; à l'heure actuelle rien n'empêche les établissements de spéculer, de ne pas jouer leur rôle dans le financement de l'économie.
A contrario, tout comme la loi sur le crédit à la consommation, la loi bancaire va servir d'excuse aux suppressions de postes.
Le défaut de cette loi est peut-être d'avoir été adoptée sans Bruxelles ?
Pour le gouvernement, cette loi bancaire a été guidée par la nécessité de respecter des promesses de campagne. Cependant, la spéculation existera toujours, tout comme les stock options. Les banques vont théoriquement cantonner dans des filiales les activités dites risquées ; dans les faits, ces entités existaient déjà. Le Crédit Agricole a par exemple CIB ; la Société Générale et BNP Paribas mis à part, les autres banques étaient en ordre de marche.
Comment ces évolutions se traduisent-elles dans le quotidien des salariés ?
Les conditions de travail se sont dégradées principalement à cause des réductions de postes, d'une concurrence accrue et d'objectifs commerciaux toujours plus ambitieux. Aujourd'hui, la très grande majorité des salariés d'agences sont dédiés à des métiers commerciaux. Il n'a plus de caissiers ou très peu, vous êtes obligés de vendre des produits. Il y aura donc toujours un moment dans la semaine où votre hiérarchie vous demandera des comptes. Bon nombre de salariés le vivent très mal, considérant qu'ils se doivent de rester des conseillers et non des vendeurs « à la sauvette » de produits en tout genre. C'est une grande différence entre le patronat des banques et nous : nous comprenons très bien que des objectifs commerciaux collectifs existent, mais la pression individuelle est telle que l'on ne peut plus parler de conseil.
Y a-t-il des cas avérés de souffrance au travail ?
Dans les établissements où la pression commerciale est la plus forte, les cas de suicide sont de plus en plus fréquents, pouvant atteindre un à deux par mois. Notre grande crainte, c'est de voir s'installer un climat similaire à celui de grandes entreprises telles que France Télécom-Orange, ou bien Renault. Les mêmes conditions sont réunies : des salariés qui ne se sentent pas reconnus, ou qui ne se reconnaissent pas dans leur métier tel qu'il a évolué. Il y a aussi beaucoup d'incertitude : il est question de suppressions d'emplois sans les cibler, ce qui est très anxiogène.
Néanmoins, nous n'avons pas été confrontés à une vague massive de suicides dans un établissement donné, ce qui nous fait dire que la situation peut encore être améliorée.
Les évolutions réglementaires visant à instaurer un devoir de conseil au travers de chartes de déontologie ne protègent donc pas les salariés ?
Elles le devraient, en théorie : en effet, lorsque la part variable du salaire est dissociée de l'acte de vente, les deux ne sont plus directement liés. Cependant, chaque conseiller dispose toujours d'un tableau d'objectifs, ligne par ligne. Même s'il n'est pas intéressé individuellement, il sera incité à vendre, dans tous les cas.
Une certaine hypocrisie règne et il y a des débordements, on fait signer beaucoup de choses aux conseillers, qui se retrouvent entre le marteau et l'enclume. Il y a un transfert de la responsabilité, le conseiller n'a pas le temps de respecter tous ses engagements et je crains qu'ils ne se retrouvent mis en cause en cas de litige. Par exemple, un conseiller a en moyenne 80 produits en catalogue, qu'il est matériellement impossible de maîtriser totalement.
C'est la raison pour laquelle la responsabilité, en cas de litige, devrait rester au niveau de l'entreprise et non du salarié, et que la régulation doit être renforcée. La MIF oblige les banques à former les salariés pour s'assurer qu'ils sont aptes à distribuer certains produits financiers. Mais cette disposition est largement contournée : dans certains cas, les établissements ont été autorisés à délivrer eux-mêmes ces accréditations, à autoévaluer leurs salariés. Ce n'est pas ainsi que nous obtiendrons une formation avant la prise de poste.