Formation

Des programmes pointus pour étudiants motivés

Créé le

20.07.2010

-

Mis à jour le

29.09.2010

La réactivité des formations financières est indispensable pour recruter de nouveaux élèves et conserver une bonne réputation. Des responsables de grandes écoles et d’universités évaluent les conséquences de la crise et les incidences qu’elle a pu avoir sur les cursus.

Certains programmes sont présents depuis de nombreuses années, d’autres sont de création récente. Ce panel de témoignages nous a montré qu’il n’y a pas de baisse d’appétence des étudiants pour la finance et que ces métiers restent sélectifs. Le nombre de candidats excède très largement celui des places offertes par ces masters. Aujourd’hui, c’est la richesse des enseignements qui compte, les banques attendent de leurs nouvelles recrues qu’elles aient des compétences élargies et des connaissances techniques basées sur une bonne compréhension des sous-jacents économiques et mathématiques.

Les contenus des cours sont largement orientés vers le « concret » et la professionnalisation des études, ce qui permet de les remanier par le biais des témoignages offerts, sans toutefois remettre en cause leur structure. Certains programmes ont été renforcés de quelques modules sur les métiers du contrôle ou sur la gestion du haut de bilan, mais ces aménagements restent mineurs.

Les stages ou missions de fin d’études sont une préoccupation importante, tant pour les étudiants que pour les responsables des filières : ils constatent que les entreprises restent accueillantes pour ces profils, qui trouvent des contrats de 9 à 12 mois, en CDD généralement. Pour ne pas se priver d’étudiants de valeur mais qui manqueraient de « réseau », les directeurs des études ont des parades qui fonctionnent bien, comme trouver des stages pour tous les élèves ou aller défendre certains dossiers au nom de l’ouverture. En cela, ces filières sont ouvertes à une plus grande diversité de profils. Pour ceux qui ont mené leur recherche d’emploi au plus fort de la crise, les établissements font tout pour les garder, soit en structurant un volontariat international en entreprise (VIE), soit en proposant un premier poste, même un peu éloigné des préoccupations premières des candidats.

Les étudiants, eux, font des efforts sur leur statut, acceptant parfois des prolongations de CDD pour rester en poste. Ils ont la maturité suffisante pour accepter des propositions de poste parfois décalées de leur projet professionnel initial.

Chacun raisonnant en compétences et cherchant à les valoriser, étudiants et entreprises parlent le même langage et se retrouvent sur le terrain commun pour construire un parcours professionnel adéquat.

INTERVIEW

CORPORATE FINANCE

Y a-t-il une baisse de l’intérêt pour les métiers de la corporate finance ?

Malgré la crise, l’appétence des étudiants pour les métiers ne s’est pas réduite. Au niveau de notre programme Grande École, nous n’avons pas constaté de réduction des effectifs inscrits aux cours de finance. Bien au contraire, il a fallu accroître le nombre de sessions de cours pour pouvoir satisfaire la demande de nos étudiants. Le même constat est fait pour le mastère spécialisé ingénierie financière. Celui-ci compte 54 étudiants pour la promotion 2010. Les candidatures n’ont pas été influencées par le contexte économique. Le profil des candidats n’a pas non plus changé. Les métiers du haut de bilan (fusions et acquisitions, financements structurés, financements de projets, capital investissement et origination sur les marchés de capitaux…) restent attractifs.

Pourquoi un tel succès ? Les étudiants sont-ils « étanches » à la crise financière ?

Au contraire, je pense qu’ils l’ont complètement intégrée et cela tient à plusieurs facteurs :

– ils font partie d’une génération à qui on a toujours dit qu’il faudrait s’adapter voire changer ;

– ils sont flexibles. Sans remettre en question leur projet professionnel, ils sont capables de chercher les passerelles qui leur permettent d’allier leur objectif à moyen terme et la réalité du terrain à court terme ;

– ils sont confiants et proactifs, ce sont là les forces de notre jeunesse. Ayant compris qu’ils rentrent dans des métiers cycliques, ils savent qu’il faut saisir des opportunités. Ils savent que pour gagner en expérience, en rémunération et en évolution professionnelle, leur parcours, à l’instar de leurs aînés, ne sera pas linéaire.

Il faut tout de même préciser que les parcours et les passerelles se font entre des métiers proches. Avoir une formation qui balance entre la finance d’entreprise et la finance de marché peut desservir.

Conséquence de la crise, les recruteurs ont renforcé leurs exigences en matière de maîtrise des connaissances techniques, de capacité de prendre du recul et exigent une réelle culture métier. Désormais, les recruteurs recherchent des spécialistes.

Quelles adaptations ont été réalisées en termes de contenu des cours ?

Notre force est de former des étudiants se dédiant à des métiers dont le socle de connaissances est commun. Nous formons des spécialistes des métiers du haut de bilan. Le programme donne une large part aux professionnels en activité. Pendant la 2e partie du programme, il est prévu un focus de 15 jours par métier, animé par des professionnels. Ces derniers interviennent pour sensibiliser les étudiants aux problématiques qu’ils rencontreront, tant sur la technique que sur les enjeux d’actualité économique. Nous donnons ainsi à nos étudiants le maximum d’atouts pour leur entrée dans la vie professionnelle.

Quelles évolutions constatez-vous au niveau de stages de fin d’études et d’embauches ?

Notre mission de fin d’études dure 6 à 9 mois et nous n’avons aucun cas difficile à déplorer, ni pour la promotion de l’an dernier, au plus fort de la crise, ni pour celle de 2010. En termes de débouchés, il y a classiquement des VIE, des CDI et des CDD, même lorsque tout va très bien. On peut constater une baisse des CDI, mais il en existe encore et surtout personne n’est resté sur le « carreau » ! Le marché de l’embauche est toujours tendu et concurrentiel. Mes fréquents contacts avec les opérationnels me permettent de constater que l’activité a nettement repris. En témoignent les dernières opérations annoncées ; les équipes étant « sous-staffées », on peut se montrer optimiste, car le recrutement va pouvoir reprendre.

INTERVIEW

CONFORMITÉ ET LUTTE ANTIBLANCHIMENT

La crise financière a-t-elle des effets sur le placement de vos étudiants ?

Notre master sort relativement gagnant de cette période, car nos étudiants acquièrent des compétences en conformité et en lutte antiblanchiment, qui sont très recherchées. Ils sont placés rapidement en alternance pour une durée de 13 mois, ce qui permet pour les établissements de bien les connaître. En fin de parcours, la promotion se place en CDD, en CDI et nous avons également des propositions de VIE. Avec la crise, l’embauche directe se fait plus rare, donc les équipes sont attachées à bien évaluer les candidats, et notre système d’alternance, éventuellement suivi d’un CDD ou CDI, donne du temps pour nouer des relations de qualité.

Au-delà des conséquences de la crise financière, nous sommes portés par les évolutions législatives, réglementaires et jurisprudentielles. La conformité se restructure dans les banques et ces dernières ont besoin de jeunes dans ces métiers.

Avez-vous adapté vos cours récemment ?

Nos cours sont faits à 75 % par des professionnels et nous nous adaptons à l’actualité et à la législation : la MIF, la 3e directive LAB… Nos étudiants sont stressés par la crise, par les bouleversements auxquels ils sont confrontés au sein des structures qui les accueillent. Certaines ferment, d’autres fusionnent… Nous les accompagnons régulièrement dans leur réflexion et adapter les cours à leurs préoccupations fait partie de notre travail.

Votre master est de création récente. Qu’est ce qui le distingue des autres cursus disponibles ?

Notre contenu est novateur par les sujets que nous traitons : conformité, responsabilité pénale des dirigeants, sécurité financière, délits et manquements boursiers… Mais notre originalité va au-delà. Tout d’abord notre recrutement porte sur d’excellents étudiants en droit et de l’Essec, issus de la diversité. Certains seront avocats, d’autres iront dans des banques, quelques assurances d’autres enfin chez les régulateurs (AMF, Acam). Le système proposé est exigeant en termes de rythme : après 6 semaines de cours à plein-temps, les étudiants passent 7 mois en alternance. Ils suivent leurs 24 heures de cours les lundis et mardis chaque semaine, puis rejoignent leur entreprise du mercredi au vendredi. Enfin, les 4 mois et demi restants, ils sont à plein-temps en entreprise, soit une formation de 13 mois au total. Ils sont dans l’ensemble satisfaits et, à l’issue de leur formation, ils sont très nombreux à reprendre directement un poste à plein-temps.

L’apprentissage vous semble-t-il un avantage ?

L’apprentissage tel que nous le concevons est un atout majeur pour nos étudiants qui hésiteraient sur leurs chances d’être retenus. Leur période d’alternance leur permet de ne pas avoir peur et de voir si ces fonctions leur plaisent. Et la finance au sens large est un monde moins fermé qu’il n’y parait.

INTERVIEW

FINANCE D'ENTREPRISE ET INGÉNIERIE FINANCIÈRE

Comment avez-vous ressenti l’arrivée de la crise financière au sein du master 225 ?

Depuis la création du master, en 1981, nous avons rencontré plusieurs crises financières significatives, dont nous avons tiré un certain nombre d’enseignements positifs !

En tant qu’universitaires, notre responsabilité est totale : nous devons former de jeunes esprits brillants aux derniers outils théoriques produits de la recherche en finance. Ce que nous faisons. Mais les crises montrent que, s’il ne faut pas remettre en cause ces outils (effet de levier, titrisation…), il faut en revanche poser le problème de l’usage que les acteurs financiers en font.

Ainsi, au sein du master 225, nous avons introduit – depuis plusieurs années – des problématiques épistémologiques et méthodologiques. L’objectif étant de former au bon usage de ces outils, tout en restant dans un cadre scientifique.

Pratiquer l’effet de levier comme moyen de création de valeur ajoutée est une bonne chose. L’utiliser au-delà des normes à des fins spéculatives est préjudiciable et conduit à tous les excès dont nous venons de constater les conséquences dramatiques. Ce qui vaut pour l’effet de levier, vaut également pour les produits de couverture des risques, la titrisation, etc.

En pratique, nous avons réagi en réaménageant certains enseignements de bas de bilan : en augmentant le volume horaire du cours de gestion de la trésorerie (De 48 à 60 h) et en faisant évoluer l’enseignement de crédit-management vers un cours d’optimisation de la gestion du besoin de fonds de roulement.

Comme toute crise financière, celle-ci met l’accent sur « le mode d’emploi » des connaissances scientifiques et sur l’importance du bas de bilan !

Comment vos étudiants ont-ils réagi ?

Nous recevons, chaque année, environ 200 candidatures pour 36 places. Nous n’avons pas constaté de baisse du nombre de postulants. L’attrait pour la finance d’entreprise et l’ingénierie financière n’a pas été affecté par la crise.

En revanche, nos étudiants diplômés ont fait preuve d’une plus grande flexibilité. Un plus grand nombre se tourne vers les métiers de l’entreprise, c’est-à-dire liés au financement de l’économie réelle. Ils sont donc moins nombreux à s’orienter vers les métiers plus spéculatifs, au sein des banques d’investissement. Je pense qu’il s’agit d’un mouvement conjoncturel qui a permis à tous nos diplômés de réussir leur insertion professionnelle dans un contexte difficile. Pour beaucoup, le passage par l’entreprise n’est qu’une étape avant de rejoindre les métiers des fusions-acquisitions.

TÉMOIGNAGE

MASTER FINANCE DE MARCHÉ

Notre première promotion termine son stage de fin d’études et rentre progressivement sur le marché du travail. La deuxième suit la partie théorique du master et recherche ses stages. Leurs démarches sont d’ailleurs plus faciles que pour la première promotion, on sent le marché plus réceptif. Globalement, tous nos étudiants trouvent des missions qui leur conviennent, souvent dans de grands groupes, notamment à l’étranger. Nous formons une vingtaine d’étudiants avec un programme qui s’appuie sur 3 axes : connaissances des produits, formalisation et modélisation mathématique et mise en œuvre par l’informatique. Cette formule est originale en France, elle s’inspire plutôt de certains programmes nord-américains. Nos étudiants sont en majorité des ingénieurs, dont la vocation est de devenir des spécialistes des marchés, mais pas nécessairement en trading. D’ailleurs, leur formation initiale est un bon tremplin pour poursuivre leur parcours professionnel : je pense à un ingénieur en électricité, actuellement en VIE à New York pour Société Générale, qui travaille sur les marchés de l’énergie.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº723