L’Afrique a vu se creuser un déficit de financement significatif en matière d’infrastructures. Dans les secteurs du transport, de l’énergie, des télécommunications, de l’eau et de l’assainissement, la Banque africaine de développement évalue les besoins annuels entre 130 et 170 milliards de dollars
Accord de Paris
Ces nouveaux projets seront les garants de la résilience du continent et doivent prendre rigoureusement en compte les risques physiques liés au dérèglement climatique. Cyclones, inondations, sécheresse : l’Afrique est extrêmement vulnérable face à la multiplication des événements climatiques extrêmes, et en particulier ses grandes métropoles. De Kinshasa à Lagos en passant par Bangui ou Monrovia, on compte huit villes africaines parmi les dix plus exposées aux menaces du changement climatique
Manques de nature institutionnelle
Face à ces immenses défis, le financement privé a un rôle essentiel à jouer. Force est de constater que son implication est jusqu’alors limitée, tant sur le volume des fonds engagés – avec 2,3 milliards de dollars sur les 81,6 investis en 2017
Enfin, la perception du risque sur les projets africains demeure un frein pour beaucoup d’investisseurs. Car c’est avant tout de perception dont il est question : en réalité, les taux de défaut des montages en financement de projets demeurent modestes en Afrique, avec un taux de 4,7 %, contre près de 8 % en Asie par exemple
Blended Finance
Afin d’encourager les porteurs de projets à consacrer du temps et des ressources au développement d’infrastructures résilientes en Afrique et à mobiliser massivement les capitaux privés – à commencer par l’épargne collectée par les investisseurs institutionnels (assureurs et fonds de pensions) –, l’utilisation d’outils de blended finance et d’atténuation du risque doit franchir un nouveau palier. Employée par les banques de développement et autres agences d’État, la blended finance désigne l’emploi de financements publics pour mobiliser des financeurs privés qui, en raison du niveau de risque, auraient été potentiellement découragés d’investir dans un projet. Elle rassemble une variété d’outils allant de l’octroi de dons au cofinancement, en passant par toute une palette de garanties et autres financements subordonnés, permettant de réduire le risque de l’investisseur privé sur un projet donné. L’utilisation de ces outils par les institutions publiques est encore trop modeste pour canaliser un montant suffisant des ressources privées disponibles vers le financement des infrastructures durables. Les institutions de financement du développement doivent s’en emparer davantage et faire preuve de créativité, pour faciliter leur articulation avec les autres instruments d’atténuation du risque mobilisables par les investisseurs.
La structuration des projets permet d’en diminuer le risque intrinsèque : les risques de prix et de demande peuvent être diminués grâce à des « power purchase agreements » adossés à un système de « take-or-pay », comme il est d’usage dans les projets de production d’énergie. Le risque de change peut être minimisé par des contrats en équivalent devises (EUR/USD) garantis par le gouvernement. Enfin, les risques politiques divers – comme l’expropriation, la guerre, les troubles civils, la rupture de contrat ou encore le défaut souverain – peuvent être couverts par des garanties spécifiques, à l’image du dispositif MIGA proposé par la Banque Mondiale.
Capacités administratives
Si la question de l’atténuation du risque est primordiale, rien ne se passera sur le terrain sans renforcer en parallèle les capacités administratives et institutionnelles des États africains, c’est-à-dire leur capacité à planifier, sélectionner, faire émerger, développer, conclure et suivre durant leur vie des projets complexes d’infrastructures. Il s’agit de combler les faiblesses des administrations locales, qu’il s’agisse de capital humain ou de moyens financiers. À ce titre, l’Africa Infrastructure Fellowship Program (AIFP), initié par le Global Infrastructure Hub du G20, le World Economic Forum et Meridiam, associe grandes universités, gouvernements, secteur privé et banques de développement, afin de développer des formations théoriques et pratiques à destination des cadres du secteur public des États africains, pour déployer plus vite et dans les meilleures conditions possible leurs projets et répondre aux besoins de leurs pays.
Les chantiers sont nombreux et les efforts de toutes les parties prenantes devront se coordonner afin de créer cet environnement favorable au sein duquel les investisseurs pourront consacrer les ressources nécessaires au développement de projets d’infrastructures résilientes, au service du développement africain.