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« Le crédit aux TPE et PME est encore essentiellement bancaire et fonctionne très bien »

Créé le

17.05.2017

-

Mis à jour le

24.05.2017

Les Banques Populaires, présentes sur le marché des TPE et PME, constatent une reprise de la demande et de la production de crédits depuis 2015. Son responsable du marché des entreprises évoque sa vision du financement des TPE et PME aujourd'hui.

Comment se porte le crédit aux TPE et PME aujourd’hui aux Banques Populaires ?

Le crédit aux TPE et PME se porte très bien aux Banques Populaires. Nous avons un taux de pénétration de 40 % sur les entreprises, avec 250 000 entreprises clientes ayant un financement moyen terme, et plus de 150 000 avec un financement long terme. 2016 a été beaucoup plus dynamique que 2015 : le crédit court terme, par exemple, a progressé de 8 % l’année dernière, contre 1 % en 2015. Nos encours de crédit moyen-long terme ont progressé de 1,5 % et leur production de 14 % en 2016. 2017 s’annonce encore meilleure, avec un encours de crédit moyen-long terme qui progresse de 2,8 % par rapport au premier trimestre 2016 et un encours de crédit court terme qui progresse de 12,5 %. Nos productions de crédits moyen-long terme progressent de 34 % au premier trimestre. Nous poursuivons cette logique de forte progression des crédits et des volumes, qui est commune à la Place.

Cette progression est portée par plusieurs facteurs. Les conditions de crédit sont extrêmement compétitives, en relation avec la politique monétaire européenne et avec le fait que les entreprises ont amélioré leur taux de marge. Cette consolidation financière a progressivement mis fin à l’inhibition qu’il y avait sur la demande de nouveaux crédits. En 2015, il y a eu un retournement de tendance concernant la demande d’investissement, après une période assez longue d’investissement faible ; depuis 2016, cette demande s’est accélérée. La mesure fiscale du suramortissement a aussi créé une dynamique qui a incité à l’investissement. Mais plus structurellement, les entreprises qui avaient décalé leurs investissements réinvestissent progressivement depuis 18 mois.

Est-ce que le paysage a beaucoup changé depuis la crise en termes d’octroi de crédit ?

En effet, beaucoup de choses ont changé. Après la crise de 2008, il y a eu une période où l’accès au crédit était probablement moins facile, à cause de la situation de liquidité sur le marché et de la crise économique. Le carnet de commandes des PME n’était pas plein et leur priorité était à la stabilisation de l’entreprise, à la sécurisation des fonds de commerce et au rétablissement des taux de marge, plus qu’à l’investissement et donc à l’endettement. C’est seulement à partir de 2015 que l’on a vu une croissance des productions de crédit, avec l’amélioration du contexte macroéconomique et des conditions de liquidité sur le marché.

Les règles prudentielles ont-elles ou pourraient-elles avoir un impact sur l’octroi de crédit ?

Nous entendons souvent dire que la réglementation s’est durcie et demande plus de fonds propres, et qu’il y a un impact sur le financement. Certains financements de grands corporates sont probablement contraints par la réglementation et se placent désormais davantage dans une logique « originate to distribute ». Mais il y a beaucoup moins d’impact sur le financement des TPE et PME. Le poids des investisseurs institutionnels sur ce segment est très faible, voire inexistant, et le crédit aux TPE et PME est encore essentiellement bancaire et fonctionne très bien.

Est-ce qu’il reste des demandes de crédit qui ne sont pas satisfaites, des risques plus difficiles à prendre que d’autres ?

Selon les chiffres de la Banque de France, l’accès au crédit est très bon. Au premier trimestre, 94 % des PME ont obtenu les crédits d’équipement demandés. Les 6 % restants sont des entreprises qui n’ont pas forcément la capacité bénéficiaire suffisante pour rembourser ; or c’est le rôle du banquier de s’assurer qu’un client a cette capacité à s’endetter.

Il y a par ailleurs des domaines pour lesquels l’accès au crédit est plus compliqué. C’est le cas de certains secteurs comme le BTP et la construction, même si leur situation s’est progressivement améliorée. D’autre part, l’immatériel est un domaine qui n’est habituellement pas facile à financer par de la dette. Et il y a aussi des domaines, lié à la maturité ou au profil de remboursement, par exemple le financement in fine, où le crédit bancaire n’est pas le financement le plus simple à obtenir ou le plus compétitif.

L’immatériel ne concerne pas uniquement le numérique et a toujours eu besoin d’être financé. Comment les banques le financent-elles ?

Historiquement, une dépense immatérielle est généralement passée en charges, avec une petite partie qui peut être immobilisable. Globalement, cette dépense n’est pas financée par du crédit bancaire moyen terme, parce que l’approche classique consiste à dire que ce qui passe en charges est autofinancé. Dans l’immatériel, il n’y a quasiment pas de garantie ; or l’octroi de crédit moyen terme est plus simple avec une garantie. Jusqu’à récemment, les entreprises savaient que les banques finançaient peu l’immatériel en général. Elles puisaient dans leur trésorerie, et les banques finançaient donc indirectement l’immatériel par du crédit de trésorerie. La capacité de financement de l’immatériel était limitée puisqu’on ne pouvait y investir qu’à hauteur de ses capacités bénéficiaires.

Fin 2013, à partir de ces constats, nous avons créé le prêt Innov&Plus pour faciliter l’investissement dans l’immatériel. Ce prêt à l’innovation est soutenu par la garantie du Fonds européen d’investissement (FEI). Il permet de financer sur du long terme des projets de TPE, PME et ETI pour des montants compris entre 25 000 et 7,5 millions d’euros sur des durées de 2 ans à 10 ans, avec deux ans de différé possible. Avec ce prêt, nous avons accordé près de 300 millions d’euros d’investissements à 1 200 entreprises depuis début 2014. Le FEI nous demande de restituer le bénéfice de sa garantie au client en termes de tarification, donc ce financement est compétitif. Nous avons été précurseurs en lançant Innov&Plus fin 2013 avec Bpifrance, qui propose par ailleurs ses prêts Croissance en complémentarité avec d’autres banques.

Quelle est la place de Bpifrance dans le paysage du crédit aux PME et comment travaillez-vous avec elle ?

Nous avons une délégation d’octroi de Bpifrance qui contre-garantit un certain nombre de financements aux TPE et PME. Dans certains cas, les règles de bonne gestion font que l’on préfère partager le risque, donc il est parfois judicieux de partager le risque avec Bpifrance. Le partage est ancré dans la relation de la banque avec les entreprises. À partir d’un million d’euros de chiffre d’affaires, une PME a souvent deux, trois ou quatre banques. Pour les grosses PME et les ETI, nous pouvons travailler en partage avec Bpifrance en cofinancement.

Des outils alternatifs de financement ont émergé, notamment le crowdfunding pour les TPE et PME…

Le crowdfunding est essentiellement utilisé par les TPE. Les volumes restent très faibles par rapport au total des engagements : ils représentent moins de 0,5 % des financements d’entreprises en France, mais ils progressent vite. Ce qui est très intéressant dans le crowdfunding, c’est l’innovation en termes de parcours client, la rapidité avec laquelle les plates-formes réussissent à octroyer un crédit. Il y a une expérience de la rapidité, de l’instantanéité et du « self care » qui créé de nouveaux standards de qualité sur la Place et va nécessairement faire bouger la profession. Dans le monde digital, l’expérience client, le parcours, l’autonomie sont des points cruciaux. Ces concepts vont s’imposer en termes de relation client dans la banque et dans l’industrie de services en général.

Banque Populaire Atlantique opère une plate-forme de financement participatif en equity, Proximea. Nous sommes convaincus que le financement participatif est plus pertinent sur l’equity que sur la dette parce que les entreprises françaises manquent de fonds propres, cela peut donc être un complément intéressant en termes de solutions. Sur la dette, jusqu’à maintenant je ne trouve pas l’offre extrêmement compétitive. Proximea est un laboratoire pour tester, comprendre la relation avec le client.

Que pensez-vous des résultats de l’étude de l’UFC Que Choisir sur le crowdfunding ?

Le diagnostic de cette étude était assez dur mais ce secteur est très récent et doit être diagnostiqué dans le temps. Le crowdfunding repose sur le fait de ne pas demander de garantie pour être rapide. Mais il y a un sujet sur les rendements. Et la fiscalité et le taux de défaut potentiel sur un portefeuille font que ce n’est pas forcément un financement compétitif. Or le vrai sujet est de savoir si une solution est compétitive pour l’entreprise.

Les banques se digitalisent et commencent à rationaliser leurs réseaux d’agences. Cela pourrait-il remettre en cause le modèle du conseiller de proximité pour les entreprises ? Proposez-vous du crédit en ligne pour les TPE ?

La digitalisation a un impact très différent pour les particuliers et pour les professionnels et entreprises. La relation humaine est très importante dans une relation banque/entreprise. Ce n’est pas pour cela que l’on ne réfléchit pas à l’octroi de crédit totalement digital, sur lequel nous travaillons pour proposer quelque chose dans les mois et années à venir.

Aux Banques Populaires, nous avons 3 500 conseillers clientèle pro et 1 000 conseillers de clientèle entreprise. Nous avons 155 centres d’affaires pour les PME, ce qui procure un bon niveau de proximité. L’essentiel des rendez-vous se fait chez le client : la proximité n’est pas un sujet de nombre d’agences, mais de proximité du conseiller.

De nouveaux outils de scoring utilisent des données non conventionnelles pour analyser le risque. Est-ce que vous vous intéressez à ce type d’outils ?

Cela peut évidemment intéresser les banques et nous menons des recherches sur le sujet. Cela ne sera pas exclusif d’une analyse de risque classique, mais cela peut être un complément à vraie valeur ajoutée. Mais pour qu’un modèle soit parfaitement prédictif, il faudra le tester dans le temps.

Des outils de financement alternatifs ont été lancés. Imaginez-vous, à terme, plus de diversification dans le financement des TPE et PME ?

Ces outils peuvent compléter le financement bancaire, mais pas le remplacer. Nous avons en France un des crédits bancaires au coût le plus bas d’Europe, avec un octroi de crédit qui est très bon. Les Pouvoirs Publics et les observateurs se demandent si le crédit bancaire marche bien : la réponse est oui ! Il y a un paradoxe sur le marché, qui est que l’on cherche à remplacer quelque chose qui marche bien.

L’argument est que les banques devraient restreindre le crédit pour se conformer à l’évolution des règles prudentielles…

Plus les corporates sont grands, plus la part du crédit bancaire est faible. Il n’est pas forcément la solution la plus adaptée ou la plus compétitive pour ces grands corporates. En revanche, pour les TPE et PME, nous avons en France un crédit bancaire très compétitif, très liquide, dont on peut probablement encore améliorer l’expérience client en s’inspirant des meilleures solutions digitales. C’est ce que les banques vont faire et ce que nous allons faire aux Banques Populaires. Mais le crédit bancaire représente une solution de marché idéale pour les TPE et PME. À l’avenir, il y aura peut-être d’autres formes de solutions qui vont permettre aux banques d’alléger leurs bilans en termes de refinancement, ou de titrisation… C’est un sujet très complexe de gestion des bilans bancaires, il ne concerne pas les relations avec les chefs d’entreprise.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº809